Char accusé d'être antisémite: Alost retire son carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l'Unesco

Alost retire son carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l'Unesco
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Alost retire son carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l'Unesco - © JONAS ROOSENS - BELGA

Le bourgmestre d’Alost Christoph D’Haese (N-VA) a lui-même retiré le carnaval alostois de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco, a-t-il annoncé dimanche à TV Oost Nieuws et VTM NEWS. La ville a pris cette décision car elle s’attend au retrait de cette reconnaissance mi-décembre, à cause d’un char accusé de véhiculer des clichés antisémites.

L’année dernière, un char de la compagnie Vismooil’n avait entraîné l’événement folklorique sur le chemin de la polémique. Il transportait des personnages juifs caricaturaux défendant un coffre que l’on supposait rempli d’argent. Malgré plusieurs rencontres entre les parties concernées et une visite du bourgmestre d’Alost à l’Unesco, à Paris, aucun compromis n’a été trouvé.

Alost est donc convaincu que son carnaval sera exclu de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité mais ne veut pas être censuré, explique Christoph D’Haese. "Les habitants d’Alost ont subi des reproches grotesques", ajoute-t-il dans un communiqué de presse transmis à TV Oost Nieuws. "Nous ne sommes ni antisémites ni racistes. Tous ceux qui soutiennent cela sont de mauvaise foi. Alost restera toujours la capitale de la moquerie et de la satire." La ville a donc décidé de retirer elle-même son carnaval de la liste de l’Unesco.

Un choix navrant

Pour l’ambassadeur d’Israël, Emmanuel Nahshon, l’annonce du bourgmestre d’Alost n’est qu’une "déclaration aux médias et rien de plus. Ce n’est absolument pas dans ses compétences de retirer le carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité car c’est la Belgique qui l’a inscrit donc il faut que ce soit la Belgique qui annonce formellement à l’Unesco qu’elle l’enlève de la liste".

Le représentant d’Israël en Belgique a été choqué en mars dernier par un char présentant "des juifs assis sur des sacs d’argent, caricaturés de manière particulièrement laide. On est en plein dans le stéréotype raciste et dangereux. Il ne faut pas oublier qu’en Belgique et en Europe, il y a maintenant une recrudescence de l’antisémitisme. Il y a des synagogues qui sont attaquées, des gens qui sont blessés dans les rues, en Allemagne, en Angleterre, en France,… Alors en propageant ces stéréotypes antisémites, le bourgmestre d’Alost ne fait qu’augmenter le danger et la violence potentielle par rapport à la population juive de son pays".

Le retrait du Carnaval d’Alost de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité doit être débattu lors de la prochaine rencontre de l’Unesco à Bogota à partir du 9 décembre. Christoph D’Haese a préféré prendre les devants en déclarant quitter l’Unesco. Un choix regrettable pour l’ambassadeur d’Israël. "Ce qui est particulièrement navrant et affligeant", explique Emmanuel Nahshon. "C’est qu’entre les biens culturels de l’Unesco, de l’humanité, et le droit de présenter telle ou telle effigie antisémite, le maire d’Alost a fait son choix. Son choix n’est pas en faveur de la culture, il n’est pas en faveur de la tolérance, il n’est pas en faveur de l’humanité, il est en faveur de son petit droit de présenter des juifs caricaturaux tel qu’on les voyait dans la pire presse nazie dans les années trente. C’est lamentable".

Pas contraire à la loi

C’est une tradition séculaire à Alost de croquer l’actualité de façon féroce lors du carnaval. Chaque année, des personnalités politiques locales et internationales en prennent pour leur grade.

Les chars irrévérencieux, et notamment celui qui caricaturait des Juifs l’an dernier, ne sont pas contraires à la loi expliquait Patrice Charlier, directeur d’UNIA, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances. "La loi punit l’incitation à la haine, la violence ou la discrimination. Mais dans un contexte de carnaval, on peut difficilement estimer qu’il y a vraiment une volonté des organisateurs de ce char de pousser des personnes à commettre des actes à caractère antisémite".

Si on sort de ce contexte de carnaval, c’est autre chose. "Ces images sont alors totalement scandaleuses et condamnables. La question est de savoir si on peut estimer que dans un cadre carnavalesque ce genre de choses a sa place alors qu’on sait qu’aujourd’hui avec les réseaux sociaux, des images risquent de sortir de ce cadre relativement local. Il y a une réflexion et une responsabilisation à avoir des organisateurs du carnaval et du char."

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