Certaines communes liégeoises sont bel et bien au bord du gouffre

LIEGE

Pour la deuxième année consécutive, la ville de Liège va puiser dans ses réserves. Vieille rengaine. Déjà, dans les années 80, la ville a eu de gros soucis d'argent. William Ancion, l'ancien échevin des finances, s'en souvient très bien: "C'était la faillite. Pendant trois mois, on n'a plus ramassé les poubelles, on ne payait plus le personnel communal. Tout était arrêté. Il a fallu prendre des mesures dramatiques. L'administration qui était devenue pléthorique a été réduite d'un tiers pratiquement".

L’État fédéral et puis la Région Wallonne sont intervenus à quatre occasions pour soulager Liège de sa dette. Depuis 2008, ça allait mieux. La ville s'était même constitué une cagnotte. Mais depuis 2012, l’État réclame à Liège de l'argent pour les pensions des agents communaux: 16 millions par an.

Pour garder l'équilibre, Liège va limiter les subsides et dotations, elle va vendre 15% de ses bâtiments et ne remplacera pas tous les retraités. Et, comme l'année dernière, elle va puiser dans ses réserves: près de 24 millions au total pour équilibrer le budget 2014.

L'opposition libérale s'en alarme: la ville va replonger. Les écolo, eux, parlent d'une bombe à retardement.

Pour la majorité socialiste-centriste liégeoise, ce sont ces dépenses de pension inattendues qui sapent les finances communales.

FLEMALLE

En Wallonie, 40% des communes ont rendu un budget en déficit l'an dernier. Ce n'est pas le cas de Flémalle, dont les prévisions sont à l'équilibre, malgré la perte de revenus liés à la fermeture de plusieurs usines d'ArcelorMittal. Mais le prix à payer de l'équilibre est cher.

Pour le directeur général de la commune, Pierre Vryens, la fermeture d'une ligne de galvanisation et de la centrale électrique des Awirs se paie cash à Flémalle: "Pour l'ensemble, c'est-à-dire Electrabel et Arcelor en même temps, ça s'élève à un montant d'1 650 000, ce qui représente grosso modo 5% du budget. Si on fermait toute la ligne à froid, le montant global de la perte s'élèverait à 3 500 000 environ, c'est-à-dire 10% du budget récurrent de la commune".

La commune serre les boulons dans tous les domaines. Elle revend des bâtiments, un ancien commissariat, un entrepôt administratif. La bourgmestre licencie 10 membres du personnel. Pour des raisons de dysfonctionnements, affirme-t-elle. Mais selon Isabelle Simonis, l'économie est relative: "D'une part, on a quand même remplacé une partie des personnes, et d'autre part, le coût pour les revalorisations fait bouffe".

Hall omnisports, rénovation des bâtiments communaux. A Flémalle, tous ces projets sont suspendus. Le pouvoir communal vit le couteau sous la gorge budgétaire. L'initiative en politique locale paralysée: "Les 95% de montants sont affectés à gérer les finances communales et à essayer de pallier aux mauvaises nouvelles que nous avons".

Auparavant, le budget communal était réajusté deux fois par an. Aujourd'hui, à Flémalle, il est réadapté tous les quinze jours.

JALHAY

A côté des communes, de plus en plus nombreuses, où les finances sont dans le rouge, il y en a d'autres qui s'en sortent bien financièrement. Et cela se traduit notamment par des taxes très faibles. Dans la partie francophone de la Province de Liège, la championne, c'est Jalhay, avec des additionnels à l'impôt des personnes physiques à 6% et ceux au précompte immobilier à 1900 centimes, des montants inchangés depuis 10 ans.

Il faut dire que la commune rurale de Jalhay, plantée au sommet de la Belgique, a un atout particulier: son or vert. Mais ce n'est pas sa seule caractéristique avantageuse. Eric Laurent, échevin des finances: "Le premier, c'est le fait que la commune possède des bois. Un deuxième élément, c'est le profil sociologique de la commune de Jalhay qui est assez favorable. Et nous avons une bonne trésorerie, 2 500 000 euros, ce qui nous donne certaines marges de manœuvre".

Financièrement, la commune se porte donc bien, mais l'avenir pourrait lui réserver de mauvaises surprises: "Les dépenses de transferts par exemple ne cessent d'augmenter. Pour le service incendie, les dépenses explosent. A titre d'exemple, elles représentent 21% des dépenses de transferts alors que pour la Région wallonne, c'est 6,4%. Autre difficulté: on a des recettes de bois qui sont importantes mais comment le marché va-t-il se comporter? Une tempête pourrait aussi fortement réduire nos recettes de bois".

Et si Jalhay a un niveau très bas de taxe, la médaille a aussi un revers: cela la pénalise dans les subsides que lui octroie le Fonds des Communes. Mais à Jalhay, on le clame: c'est un choix politique.

SPA

A Spa, la "belle époque" c'est définitivement du passé. Pour retrouver l'équilibre financier en un an, la ville d'eau vient d'augmenter ses principaux impôts. L'IPP est passé de 6 à 7,5% et les additionnels au précompte immobilier de 2100 à 2500 centimes. Une fiscalité qui reste modérée mais les strass et paillettes de ce qui fût le "café de l'Europe" ont pâli. Pourquoi?

Balmoral, la corniche qui surplombe Spa ... les luxueux immeubles à appartements pour très bons contribuables poussent comme des champignons. Mais il y a un hic, comme l'explique Joseph Houssa, bourgmestre: "Nous avons raté la fusion des communes en 1975. Nous sommes à l'étroit, c'est clair. Voyez toutes les constructions qui se font sur les communes voisines".

Coincée entre ses collines, Spa attire par contre une population vieillissante ou précaire: "Le taux de vieillissement est de 22%. Ce sont des gens qui ont de faibles revenus. D'autre part, on assiste quand même à un chômage important. Après Verviers et Dison, Spa est la commune qui a le plus grand taux de chômage qui est dû principalement aux bâtiments anciens transformés en kots, etc".

En 2008, Spa disposait d'un bas de laine de 8 millions. Ces réserves ont fondu. Pour la majorité, l'augmentation des taxes était inéluctable, un audit du personnel est également en cours. Du côté de l'opposition Osons Spa (tendance CDH), on ne conteste pas une diminution des rentrées de l'impôt (-9,6% entre 2011 et 2012) ou des subsides mais cela ne justifie aucunement 900.000 euros d'augmentation des taxes. Osons Spa pointe plutôt du doigt la gestion du bourgmestre et de sa majorité. Et l'opposition spadoise en veut pour preuve une multiplication des emprunts et donc une augmentatioon de la charge de la dette ou encore une distribution importante de subsides pour des manifestations diverses qui ne relèvent pas des missions obligatoires des villes. Osons Spa rappelle enfin que malgré une diminution, la redevance payée par Spa Monopole à la ville est de 5 millions soit 26,7% des recettes spadoises prévues pour 2014.

RTBF

 

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