Centres Fedasil saturés : "C'est du jamais vu depuis la crise migratoire de 2015"

Six tentes militaires, d’une capacité de six personnes ont fait leur apparition depuis début septembre dans la cour du centre Fedasil de Rixensart. "Je ne vais pas dire qu’on y est bien, mais on y est à l’abri des intempéries", reconnaît le directeur adjoint du centre, Hippolyte Kisonde. Le centre doit faire face depuis le début de cet été à un important afflux de demandeurs d’asile. Il peut en temps normal héberger 170 personnes, aujourd’hui elles sont un peu plus de 200. "Tous les nouveaux arrivants ne logent pas dans des tentes, nuance-t-il : les femmes les plus vulnérables, avec des enfants en bas âge, ont été installées dans le bureau du directeur ou dans la salle de réunion, qui ont donc déménagé temporairement sous tente". Mais accueillir plus de demandeurs d’asile, ça ne se traduit pas que par des lits supplémentaires : l’équipe a également dû s’adapter. "Il y a une grosse pression en termes de masse de travail, de promiscuité, constate également le directeur adjoint. Ça devient difficile au quotidien". Les heures d’ouverture du réfectoire ont dû être étendues. Le service médical doit aussi faire face à plus de demandes. Une infirmière sera d’ailleurs recrutée pour lui permettre de continuer à travailler de manière efficace. "Je n'ai jamais vu ça depuis la crise migratoire de 2015", poursuit-il.

Tentes, containers et réouvertures de centres

Le centre Fedasil de Rixensart n’est pas le seul à se retrouver dans cette situation. Depuis un an, l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile fait face à un afflux croissant de demandes. On en dénombre actuellement près de 2000 par mois, soit 500 de plus qu’il y a un an au même moment. "Tous les centres sont aujourd’hui remplis, et même plus remplis que la normale, vu que des lits ont été installés à des endroits où on n’héberge pas les personnes, confirme le porte-parole de l’agence, Benoît Mansy. On est à saturation. Chaque jour, on a de nouvelles personnes à accueillir et chaque jour, on trouve des solutions pour créer des places supplémentaires". Des tentes ont donc été installées à certains endroits, des centres qui avaient été fermés, comme ceux de Couvin ou de Mouscron, ont rouvert leurs portes, et Fedasil cherche de nouveaux bâtiments, voire des containers, où installer les nouveaux demandeurs d’asiles qui pourraient arriver chez nous.

Un an pour traiter une demande

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. La hausse des demandes d’asile, bien sûr, mais aussi un allongement de la durée de traitement des dossiers et donc du séjour en centre d’accueil. "Ils doivent attendre plus longtemps, souvent près d’un an, avant de recevoir une réponse à leur demande. Et quand on compare le nombre d’entrées et de sorties dans nos structures, on se rend compte qu’on doit accueillir chaque mois 500 personnes supplémentaires. On a donc moins de places qui se libèrent", explique le porte-parole de Fedasil. "On n’en est pas encore à la situation qu’on a connue lors de la crise migratoire de 2015, mais peu de gens se rendent compte de la menace d’une nouvelle crise dans l’accueil des demandeurs d’asile", ajoute-il. Le soulagement pourrait venir du recrutement de personnel à l’Office des Étrangers et au CGRA. "On espère du coup que le traitement des dossiers pourra être accéléré et que le nombre de places libres augmentera ainsi dans nos structures", conclut Benoît Mansy.

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