Centres Fedasil : "La crise sanitaire s'ajoute à celle de la surpopulation"

Les mesures de distanciation et de confinement difficiles à faire appliquer dans les centres d'accueil
Les mesures de distanciation et de confinement difficiles à faire appliquer dans les centres d'accueil - © Jonas Roosens - BELGA

La population des demandeurs d’asile n’est pas considérée comme une population particulièrement plus à risque que le reste de la population belge. Mais la situation dans les centres d’hébergement qui les accueillent complique la donne en matière d’application des mesures de prévention. "Ce sont des personnes qui doivent être informées en permanence, mais aussi dans une langue qu’elles comprennent, rappelle Benoit Mansy, porte-parole de Fedasil. Elles doivent aussi vivre dans des logements de type collectif, ce qui demande certaines adaptations". Difficile d’y respecter en effet à la lettre les règles de distanciation sociale en vigueur, d’autant que les centres d’accueil de Fedasil connaissent depuis près d’un an un phénomène de saturation.

Faire preuve de créativité

Depuis le début du confinement, des mesures adaptées ont été prises dans les structures d’accueil pour le personnel et les résidents. "Cela demande plus d’organisation et de créativité que dans un logement individuel, souligne Benoit Mansy. Nous avons ainsi apposé des affiches, qui rappellent dans les langues de nos résidents les règles de base pour lutter contre la propagation du virus. Nous avons augmenté le nombre de points d’eau pour se laver les mains, mis des marquages au sol pour indiquer les distances à respecter. Pour les réfectoires, en fonction des centres, on a soit diminué le nombre de personnes présentes en même temps, soit fermé la cuisine et instauré la distribution de barquettes individuelles que les résidents vont manger dans leur chambre". Les résidents malades ou porteurs de symptômes sont pour leur part isolés dans une aile spécifique du centre. Les personnes les plus fragiles, comme les seniors ou les femmes enceintes, ont été regroupées dans une même structure.

On est presque obligés de jouer aux flics

Pas toujours facile pour autant pour le personnel sur place de faire respecter les règles de distanciation et de confinement. "On est presque obligés de jouer aux flics, regrette Eric Van Overbeke coordinateur et délégué CGSP au centre d’accueil de Jodoigne. Si une dizaine de personnes jouent au foot sur le terrain de sport ou qu’un petit groupe discute, on doit les séparer, leur rappeler les règles de distanciation, alors que certains occupent parfois la même chambre". Le délégué reconnaît que la situation est parfois tendue : "Les entrées et sorties sont forcément plus limitées, les activités sont suspendues, les décisions arrivent au compte-gouttes. Tout le monde attend et s’ennuie. Cela crée des tensions. La qualité des repas a baissé aussi, les résidents ne sont pas contents. Dans la situation de stress et de précarité qu’ils vivent, ce n’est pas évident de leur demander ça en plus". Une émeute a même éclaté entre deux groupes de résidents du centre la semaine dernière.

Comité de concertation

La CGSP dénonce ces difficultés à faire appliquer les mesures, liées notamment au manque de place dans les centres, et à l’ouverture retardée de certaines structures d’accueil. Le syndicat réclame également davantage de matériel de protection, même si le personnel médical ou en contact direct avec les malades dispose de masques médicaux, de visières et de gants. Pour les autres membres du personnel et les résidents, plusieurs centres ont bénéficié de dons de masques en tissu. "Mais encore faut-il que tout le monde les utilise correctement", suggère Eric Van Overbeke. Cela dit, le personnel ne se sent pas forcément plus en danger que celui des supermarchés, par exemple. Il regrette surtout que les mesures adoptées soient parfois en contradiction avec la réalité de terrain. Un comité de concertation est d’ailleurs prévu ce vendredi pour tenter de clarifier les choses. Pour sa part, Fedasil annonce l’ouverture de structures d’accueil supplémentaires, à Marcinelle et à Herbeumont notamment. De quoi soulager les centres aujourd’hui saturés.