Ceinture énergétique namuroise : "il faut relocaliser d'urgence notre énergie"

Quelle seront nos sources d'énergie en 2050 ? Quelles seront leur provenance et dans quelles conditions seront-elles produites ? Alors qu'aujourd'hui nous en importons la majeure partie, plusieurs collectifs citoyens appellent, depuis plusieurs années déjà, à une relocalisation de la production d'énergie. Objectif, réduire notre double dépendance actuelle : celle envers les pays voisins qui contrôlent les leviers de décision, et celle envers les énergies fossiles et nucléaire dont la part devrait diminuer au cours des prochaines décennies (les unes par raréfaction, l'autre par choix politique). Ainsi, aux quatre coins de la Wallonie, des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques ont été construits afin de fournir en électricité "verte" une communauté grandissante de consommateurs. Ce défi de l'autosuffisance, une poignée de Namurois ont décidé de le relever à leur tour et de s'unir au sein de la Ceinture énergétique namuroise (CEN). La coopérative entend pouvoir lever des fonds et construire rapidement des unités de production, mais également susciter un débat et inciter les citoyens et les politiques locaux à se saisir de la question énergétique. Xavier Gilon en est l'un des coordinateur, entretien.

Que signifie une "ceinture énergétique" ? Est-ce comparable à une ceinture alimentaire ?

Une "ceinture", on peut la voir comme un partenariat entre une ville et ses alentours plus ruraux, soit pour produire son alimentation, soit son énergie. C'est en s'inspirant de ce modèle là qu'on a décidé d'avancer. On avait envie d'agir sur la commune de Namur et sur les dix communes voisines (Floreffe, Andenne, Gembloux, Eghezée, Profondeville, Gesves, Assesse, Jemeppe-sur-Sambre, Fernelmont et La Bruyère).

D'autres coopératives sont déjà présentes sur ce territoire (Nosse Moulin, Champs d'Energie, Eole Lien), n'y a t-il pas un risque de concurrence ? 

Le modèle coopératif est merveilleux et son nom le dit bien : il s'agit avant tout de coopération. Les seize coopératives citoyennes qui existent dans toute la Wallonie collaborent déjà sur certains projets. Dès qu'un projet est possible, on entre en contact et on essaye de monter les projets dans une culture globale d'échange, ou de se les répartir, mais il n'y a pas de concurrence entre nous. 

Quelles seront les premières réalisations concrètes de la CEN ?

On a deux objectifs assez clairs. Le premier, c'est qu'on veut tirer une sonnette d'alarme sur la question de l'autosuffisance énergétique qui ne sera pas facile à atteindre avec les énergies renouvelables. Deuxièmement, on a envie de participer activement à la production de cette énergie renouvelable. Ca veut dire qu'on va financer et faire bâtir des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des centrales biomasse et peut-être aussi des centrales hydrauliques. Pour y arriver, on n'y va pas n'importe comment, on a décidé de devenir l'antenne locale d'une coopérative citoyenne qui existe déjà depuis plus de dix ans, qui s'appelle Emissions Zéro et qui est la seule coopérative wallonne à avoir réalisé des projets dans ces quatre sources d'énergies renouvelables. 

Pourquoi faudrait-il produire davantage notre énergie au niveau local ? Est-ce vraiment un problème de l'acheter à l'étranger ? 

Aujourd'hui, il faut savoir que 95% de notre énergie provient de l'étranger. Aujourd'hui, on peut encore se permettre d'être très dépendants du charbon, du gaz, du pétrole et de l'uranium, parce que des pays extraient encore ces minerais et ces ressources chez eux et les revendent à l'étranger. Demain, si tous les pays du monde passent au renouvelable, pour pouvoir nous vendre de l'énergie excédentaire il faudrait qu'ils installent plus d'éoliennes, de panneaux etc. Ils vont peut-être le faire, mais probablement pas pour continuer à nous fournir 95% de notre énergie comme c'est le cas actuellement. Nous pensons que c'est un pari qu'on ne peut pas faire et qu'on doit être proactif. Produire soi-même, c'est donc un enjeu crucial de sécurité d'approvisionnement. Nous pensons qu'il faudrait, a minima, produire nous même 50% de notre consommation, idéalement jusqu'à 75%. 

Pourquoi pas jusqu'à 100% ? Ne souhaitez-vous pas l'autosuffisance complète ? 

On ne veut pas être 100% autonome, même si on le voulait ce serait assez difficile. Pour être résilient, donc capable d'affronter des problèmes dans notre approvisionnement, c'est mieux de garder un lien avec l'extérieur. Tout ne doit pas dépendre exclusivement de nous-mêmes. Ce serait utopique à l'heure de la mondialisation de vouloir vivre en complète autarcie. 

Une ville comme Namur a t-elle la capacité d'atteindre ces 50 ou même 75% d'autosuffisance énergétique ? 

On est parti du constat que Namur ne pourra a priori pas le faire seule, à moins d'envisager un partenariat plus large avec les communes environnantes qui ont plus de ressources agricoles pour produire du biométhane et plus de place pour installer des éoliennes. La difficulté pour une ville, c'est le nombre d'habitants sur le territoire. Namur a une densité de 600 habitants par kilomètres carrés, alors que les dix communes autour sont à seulement 200. Et donc c'est beaucoup plus facile d'implanter une éolienne en périphérie puisque ces éoliennes ne peuvent pas être construites à 400 voire 600 mètres des zones d'habitat.  

Ne craignez-vous pas une opposition de la part d'une partie de la population si les éoliennes devaient se multiplier ? 

En fait, on a le choix ! Soit on continue de consommer autant d'énergie qu'aujourd'hui, et alors il faudra accepter que des éoliennes soient bâties à 100 mètres des habitations, que toutes les toitures de tous les bâtiments et même certains champs soient couverts de panneaux. Nous, dans la Ceinture énergétique namuroise, nous pensons que c'est excessif et qu'il est plus intelligent de réduire notre niveau de consommation, surtout que de nouvelles technologies d'isolation, de mobilité électrique ou de pompe à chaleur vont nous y aider. Si on diminue fort notre consommation, alors on pourra placer moins d'éoliennes, moins près des maisons et on pourra moins abimer notre paysage. Nous non plus nous n'avons pas envie que notre paysage soit entièrement consacré à de l'éolien, on préfère être raisonnable.

L'énergie que vous produirez sera acheminée vers les futurs clients par le fournisseur COCITER et donc reversée dans une sorte de "pot commun" avec celle des autres coopératives wallonnes… Peut-on vraiment garantir le caractère namurois de l'énergie qui sera consommée dans les 11 communes ? 

Les électrons qui constituent le courant électrique, on ne peut pas leur donner une garantie d'origine contrôlée, on ne peut pas assurer que ce sont les électrons de notre coopérative qui rentreront dans votre maison, tout simplement parce que l'électricité c'est un peu comme une rivière. Si plusieurs producteurs mettent de l'eau dans une rivière et que vous allez puiser en aval, vous ne saurez pas exactement de qui elle provient. Par contre, plus vous êtes proche d'une source, d'eau ou d'énergie, plus il y a des chances que vous soyez approvisionné par cette source. Tout comme une rivière ne fait pas de détour pour le plaisir, l'électricité ne va pas faire de détour pour le plaisir, c'est l'électricité la plus proche de chez vous qui viendra chez vous. 

 

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