Calysto, le récit fantastique d'un homme enfermé dans son corps

Calysto, le récit fantastique d'un homme enfermé dans son corps
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Calysto, le récit fantastique d'un homme enfermé dans son corps - © Tous droits réservés

"Déchiqueté, en sang, fou de rage, Calysto rassemble ses forces et se bat avec courage mais la lutte reste inégale."

Cette phrase est extraite du roman, "Calysto, l’inachevé en Ark’otem". Un livre hors du commun à plus d’un titre. D’abord en raison de la personnalité de son auteur. Massimo Farrauto, un habitant de Colfontaine, décédé en août 2011, à l’âge de 39 ans. Massimo était atteint d’une maladie dégénérative des muscles, une myopathie qui lui a pris, petit à petit, ses forces et sa vie. Figé dans son fauteuil, emprisonné dans son corps, le souffle rythmé jour et nuit par un respirateur, le jeune homme ne pouvait compter que sur son pouce et son index pour manipuler son ordinateur. Ça, c’était l’enveloppe extérieure, car pour ce qui était de l’univers intérieur, il n’était fait que de liberté, de fantaisie et d’érudition. On le comprend en lisant son récit. Une histoire peuplée d’êtres fantastiques évoluant dans un monde imaginaire où certains personnages, inachevés, disposent d’une seconde chance pour réaliser leur mission. La littérature, c'est cette seconde chance de Massimo Farrauto, car l’écriture lui a permis, à travers son alter ego Calysto, de bouger, de crier, de communiquer. De réaliser ses rêves.

Trouver la main et l'ami

Mais comment écrire quand les idées se précipitent et que les doigts sur le clavier ne peuvent pas suivre? Massimo avait besoin d’une aide. Sa mère – Giovanna Sallustio – et lui ont fait de nombreuses tentatives pour trouver "la main" qui devait écrire l’histoire. Après plusieurs échecs, la solution est arrivée enfin. Elle est venue d’un programme dont Massimo a été l’un des premiers bénéficiaires : le BAP. Ce "Budget d’assistance personnelle" est une somme d’argent octroyée par la Région wallonne à des personnes porteuses d’un handicap lourd, afin qu’elles puissent être maintenues à domicile et recevoir une aide sur mesure, en fonction de leurs besoins et de leurs projets personnels. Un programme qui devrait être bientôt remplacé, au grand dam des associations de personnes handicapées. Dans le cas de Massimo, le BAP aura donc servi, entre autres choses, à rémunérer le travail de Pierre Adam, c’est lui qui a écouté le récit et l'a couché sur papier.

Pendant neuf mois, trois heures par jour, Pierre Adam et Massimo Farrauto construisent et écrivent ensemble les aventures de Calysto. Le jeune auteur peut enfin livrer les histoires qui débordent de son imagination. Comme l’explique sa maman, Giovanna : "une des grandes frustrations de Massimo, c’était la communication, on ne l’entendait pas. Il était couché sur son lit, avec son respirateur et son émetteur. Et Pierre était assis à côté de lui avec des écouteurs pour pouvoir l’entendre" car il fallait capter les phrases entre les impulsions de la machine. "Ils avaient trouvé le moyen de communiquer et Massimo en était très heureux, je crois que ces derniers mois de sa vie ont été les plus beaux même si cette maladie avançait au galop…".

Pierre Adam se souvient avec émotion de cette période intensive de création. Il décrit l’urgence d’écrire, les idées qui affluent et ce rythme, cadencé par le respirateur. Quant au personnage, le double de l’auteur, il se dessine comme un portrait en creux. Calysto a le caractère espiègle, curieux et intrépide de son auteur mais physiquement, c’est son négatif. Calysto, court, saute, mange et crie à pleins poumons. Calysto se bat contre des monstres et vit une histoire d’amour avec une belle… "Ce livre c’était le contraire de la pompe à frustrations – explique Pierre Adam. Ça a permis de vivre toute cette période dans une énergie positive".

Calysto, tu as reçu la chance de redessiner et de remodeler ta vie. Laisse libre cours à toutes tes envies, cherche, expérimente, bats-toi...

Editer l'inachevé

Malheureusement, quand l’auteur quitte ce monde en 2011, le livre n’est pas achevé. S’il est publié aujourd’hui, incomplet mais commenté, c’est grâce au travail poursuivi par Pierre Adam et grâce à la persévérance de Giovanna Sallustio. Elle a toujours emmené son fils partout où ses projets le poussaient. Et elle savait à quel point ce livre était le voyage le plus important du jeune homme : "Il avait cette envie de laisser une trace de lui, il me disait, maman, j’aimerais quand même faire quelque chose. Il aurait été heureux de voir son livre et surtout de le toucher. Massimo était immobile mais pas insensible !".

"Calysto , l’inachevé en Ark’otem" est édité via le site internet "Le livre en papier". Illustrations de Michel Di Nunzio.

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