C'est la faillite pour les cristalleries du Val Saint-Lambert

Une histoire de 187 ans
5 images
Une histoire de 187 ans - © GUY MOSSAY - BELGA

Depuis un an, l'entreprise était en réorganisation judiciaire, une procédure qui vise à protéger les entreprises contre leurs créanciers le temps de trouver une solution aux problèmes financiers. Mais cela, semble-t-il, n'a pas suffit.

La solution aurait pu venir d'une reprise mais aucune offre n'a été remise dans les temps. Les cristalleries du Val Saint-Lambert ont donc fait aveu de faillite ce vendredi après midi. Dans la foulée, les 52 travailleurs ont été prévenus.

Pourtant des pourparlers de reprise existent avec une cristallerie française. Ils devraient reprendre avec la curatelle.

Une histoire de 187 ans

C'est en 1826, que la S.A. "Verreries et Etablissements du Val Saint-Lambert" a vu le jour à Seraing. Profitant de la disparition de la verrerie Vonêche, la société sérésienne s'est imposée au niveau international.

Ce n'est cependant qu'au milieu du 19e siècle que le Val, dans lequel avait investi la Société Générale de Belgique, a débuté l'activité qui le rendra connu internationalement, en l'occurrence la taille du cristal.

La SA "Cristalleries du Val Saint-Lambert" a été créée le 1er août 1879, marquant ainsi l'indépendance de l'entreprise. C'est entre 1888 et la Première Guerre Mondiale que la société a connu son plus grand succès, employant quelque 5000 ouvriers hautement qualifiés et comptant huit halles de fusion d'une superficie de 8000 m² avec 20 fours en activité. L'entreprise disposait également d'une importante infrastructure sociale sur le site.

L'économie peu prospère des années 30 a pesé sur le développement de la société, qui a quand même maintenu 3000 emplois sur le site, ainsi notamment qu'un pensionnat d'apprentis verriers, une infirmerie et un magasin d'alimentation.

Après les difficultés liées à la deuxième guerre et une remise à flot dans les années 50, le Val s'est retrouvé en position délicate à la fin des années 60, en raison notamment de la concurrence étrangère.

La Région voulait sauver l'outil

En 1971, l'Etat a racheté la cristallerie puis l'a cédée en 1975 à la Région wallonne qui l'a elle-même cédée en 1987 à l'homme d'affaires Patrick Depuydt. Celui-ci a cependant dû s'en débarrasser en 1995 et le Val est de nouveau retourné dans les mains de la Région qui a créé la nouvelle S.A "Cristallerie du Val Saint-Lambert".

La Région, qui voulait sauver l'outil de renommée mondiale, a investi dans la société dans l'attente d'un repreneur. Mais celui-ci ne s'est pas manifesté et en 2002, l'entreprise a été déclarée en faillite.

Le repreneur est arrivé en 2003 dans le chef de Sylvie Henquin et de son époux, qui ont créé la société Cristallerie du Val Saint Lambert, acquérant progressivement les bâtiments, les terrains, la marque déposée, etc. Le 7 novembre 2005, la Cristallerie du Val Saint Lambert s'est glissée dans la société nouvellement créée Val Saint Lambert International, qui a été introduite en Bourse.

Sylvie Henquin a développé l'activité, créant notamment une ligne de bijoux. Même si celle-ci a connu une croissance importante, les comptes du Val sont restés sombres.

En 2007, la directrice a mandaté la Banque Degroof et le cabinet d'avocats Stibbe dans la recherche d'un partenaire stratégique auquel s'adosser. Des contacts ont été noués mais aucun n'a pu être concrétisé.

En 2007 toujours, alors que la directrice avait annoncé des projets d'ouverture de magasins aux quatre coins du monde, la société, qui a présenté un chiffre d'affaires de 605 567 euros, a enregistré une perte de 33 650 euros. La direction a expliqué ce mauvais résultat par des retards techniques qui ont eu un impact sur le chiffre d'affaires, le taux de change négatif entre le dollar et l'euro, la hausse du prix des matières premières et le contexte économique défavorable.

En 2008, dépôt de bilan

Acculée, la directrice déposé le bilan en août 2008. A l'époque, la Cristallerie emploie 63 personnes, dont 55 ouvriers.

Trois mois plus tard, Justin Onclin, homme d'affaires limbourgeois spécialisé dans le négoce de vins, et Pierre Grivegnée, patron liégeois, s'associent pour reprendre la Cristallerie du Val Saint-Lambert. Justin Onclin est actionnaire majoritaire avec 70% des parts.

Les deux nouveaux patrons prévoient un investissement de 4 millions lors des 4 premières années. Rénovation des outils et repositionnement de la marque grâce à un marketing porteur font partie des projets des nouveaux investisseurs. Ils souhaitent amener après 5 ans de gestion, les finances de la Cristallerie du Val Saint-Lambert à l'équilibre. Dans le cadre de ce projet de reprise, les actionnaires de la S.A. Val Saint Lambert ont sollicité la Région wallonne qui, en mai 2009, décide de soutenir le projet à hauteur de 1 500 000 euros sous la forme d'un prêt hypothécaire.

En 2010, l' entreprise réalise un chiffre d'affaires d'environ 2,5 millions d'euros.

Début 2011, faisant suite à des difficultés financières liées notamment à la crise financière et économique, la société a sollicité de la Région wallonne une augmentation de capital de 2 500 000 euros ainsi que la conversion en capital du prêt hypothécaire régional de 1 500 000 euros. Cette intervention a été conditionnée à la conversion en capital d'une partie importante du compte courant des actionnaires.

En février 2012, l'entreprise fait l'objet d'une réorganisation judiciaire. La société sérésienne a du mal à forcer les portes des pays émergents qui devaient lui permettre d'assurer une assiette financière.

Dix-huit mois plus tard, la situation ne s'est pas améliorée. Une nouvelle réorganisation judiciaire protège les actionnaires. Mais le 11 octobre 2013, elle fait aveu de faillite devant le tribunal du commerce de Liège. A ce jour, 52 personnes travaillent au sein de la Cristallerie du Val Saint-Lambert.

F. Dubois et Belga

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir

L'actualité des régions en vidéo