Billets d'avion taxés: Ryanair menace de réduire la voilure à Charleroi

Budget wallon: Ryanair menace de désinvestir l'aéroport de Charleroi
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Budget wallon: Ryanair menace de désinvestir l'aéroport de Charleroi - © Tous droits réservés

Parmi les mesures adoptées par le gouvernement wallon, la taxe de trois euros sur les billets d'avion au départ de Liège et Charleroi passe mal. Une mauvaise décision, pour Jean-Jacques Cloquet, le patron de l'aéroport de Charleroi. Ryanair menace de réduire son activité à Charleroi. Avec un argumentaire balayé par le ministre wallon André Antoine (cdH).

La taxe devrait être introduite au 1er janvier 2014.

"C'est une réaction de totale incompréhension quand on sait que la plupart des autres pays qui avaient lancé ce type de taxe ont fait marche arrière vu l'impact hyper négatif sur le développement" lance l'administrateur délégué du Brussels South Charleroi Airport.

"A partir du moment où on a un modèle low cost, les prix ont beaucoup d’influence. Quand je vois déjà comment les parking pirates se développent, que les gens pour quelques euros vont se garer ailleurs, et bien ça se passera comme ça pour l'aviation aussi". Jean-Jacques Cloquet espère un revirement du gouvernement. "Ces questions ont été abordées au niveau du fédéral et je pense que le fédéral a réagi en se disant que cela allait avoir un effet néfaste. Donc le fédéral n'a pas pris de position". Et de se demander dès lors pourquoi la région wallonne devrait prendre ce genre de décision. "On va en plus être défavorisés par rapport à d'autres aéroports tout proches".

"Pour moi ce n'est pas une bonne décision", conclut Jean-Jacques Cloquet. "C'est une décision qui fera beaucoup de tort à la région de Charleroi".

Les menaces de Ryanair

Ryanair menace pour sa part de réduire de 17% sa capacité à sa base de Charleroi si le gouvernement maintient sa taxe sur les billets. Selon le transporteur "ultra low cost", ceci se traduirait par une perte d'un million de passagers par an et donc une perte de 1000 emplois.

La compagnie cite à l'appui l'exemple d'autres Etats de l'Union européenne qui ont décidé une taxe similaire et rappelle que depuis l'abandon de projet de taxe au niveau fédéral, le trafic de Ryanair a plus que doublé à Charleroi.

"Le gouvernement belge a abandonné en 2008 le projet d'une taxe similaire en 2008 et depuis lors, le trafic de Ryanair à Brussels Charleroi a plus que doublé, passant de 2,5 millions à plus de 6 millions de passagers en 2013. Une taxe par passager introduite aux Pays-Bas en 2008 a été abandonnée par le gouvernement néerlandais en 2009 (...). Le Danemark a également abandonné sa taxe par passager et par la suite renoué avec la croissance", explique dans un communiqué Ryanair.

Le gouvernement wallon balaie l'argumentaire de Ryanair

"Je rappelle que la Wallonie a investi dans les deux aéroports régionaux (Liège et Charleroi) plus d’un milliard, avec à la clef un succès prodigieux. Il y a dix ans nous étions à moins d’un million de passagers, nous sommes actuellement à 6,7 millions de passagers annuels pour les deux aéroports".

C'est un André Antoine sûr de son bon droit et nullement ébranlé par les menaces de Ryanair qui a répondu cette après-midi aux questions de notre journaliste Himad Messoudi. Les investissements mentionnés ont servi notamment à augmenter l'attractivité des aéroports et à en réduire les nuisances sonores pour les riverains.

"En outre, Ryanair vient de réaliser des bénéfices considérables, exceptionnels, dont s’est félicité Monsieur O’Leary (patron de Ryanair, ndlr). Or, ici, il n’y a aucune pénalité pour Ryanair, tout au plus, là où ils demandaient une trentaine d’euros pour des vols, et bien ils devront ajouter trois euros", a également tenu à faire remarquer le ministre wallon du Budget.

Ryanair prétend qu’on met en jeu 1000 emplois et un million de passagers ? Le ministre André Antoine balaie cet argumentaire d'un revers de main et indique que "la redevance d’atterrissage est de 2,3 euros à Charleroi alors qu’est autour de 28 euros à Zaventem. Même en ajoutant trois euros, je pense que M. O’Leary aura vite fait ses comptes entre les deux aéroports".  

Liège s'inquiète

Le directeur général de Liege Airport, Luc Partoune, estime que la taxe crée une nouvelle insécurité juridique. Il dénonce une absence totale de concertation dans ce dossier et juge cette taxe contraire à la réglementation en vigueur. Il souligne enfin que cette taxe s'élèvera en réalité à 6 euros par passager, puisque elle serait réclamée d'après lui tant à l'embarquement que lors du débarquement.

"Les aéroports wallons étaient considérés comme des pôles de reconversion et de développement économique. Les différents niveaux de pouvoir les perçoivent aujourd'hui comme des poules aux oeufs d'or", commente Luc Partoune. Celui-ci dénonce avant tout le principe d'instaurer une taxe sans concertation préalable.

"Les accords négociés avec les compagnies aériennes sont chamboulés car cette taxe n'a pas été annoncée. Cela crée une nouvelle fois une insécurité juridique, après celle liée à la gestion du dossier des panneaux photovoltaïques. Je n'ai vent d'aucun projet de taxe et la surprise est donc totale. Dans d'autres secteurs, on organise des concertations", s'indigne le directeur général de Liege Airport.

Ce dernier estime que la décision du gouvernement wallon ne respecterait pas une réglementation de 2009 qui octroie aux sociétés de gestion, en l'occurrence les aéroports eux-mêmes, le privilège de fixer librement les redevances.

M. Partoune estime qu'une taxe de 3 euros par billet fragiliserait les aéroports wallons, dans un contexte concurrentiel déjà rude. "Nous sommes même considérés comme concurrent déloyal par Brussels Airport", épingle le CEO de Liege Airport.

RTBF

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