Bruxelles : une place Royale piétonne à 80% et qui n'est plus un rond-point

La place Royale avec des trams qui ne passent plus de part et d'autre de la statue de Godefroid de Bouillon.
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La place Royale avec des trams qui ne passent plus de part et d'autre de la statue de Godefroid de Bouillon. - © Tous droits réservés

Enfin le bout du tunnel pour la place Royale? Beliris (accord de coopération Fédéral-Région bruxelloise), la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles ont trouvé un accord dans le cadre du réaménagement de la place Royale, qui fait le lien entre la rue de la Régence, la rue Royale et la rue Montagne de la Cour. Une nouvelle demande de permis d'urbanisme a été déposée pour un projet modifié.

Principal changement: la place va devenir piétonne à 80% et ne sera plus un rond-point. C'est une révolution pour cet espace où la voiture est reine.

Les zones réservées aux piétons sont fortement élargies devant le musée Magritte, à hauteur du BIP (la Maison de la Région bruxelloise) et de manière encore plus considérable devant l'église. Des bancs en pierre seront installés au pied de la statue, d'autres seront plantés devant le musée Magritte et le BIP.

C'est bien simple: les voitures ne circuleront plus entre Saint-Jacques-sur-Coudenberg et Godefroid de Bouillon. La voiture a encore le droit de traverser la place Royale notamment pour rejoindre la rue de la Régence, la rue Royale, la rue Montagne de la Cour ainsi que la rue de Namur vers le haut de la Ville. Son trajet sera délimité par deux rangées de poteaux d'une hauteur d'un mètre. 

Les trams, eux, ne passeront plus non plus de part et d'autre de la statue mais uniquement côté Montagne de la cour, tant en direction du palais de Justice que du parc royal.

Un concours international

La rénovation de la place Royale, au cœur du Bruxelles historique, connue pour sa statue de Godefroid de Bouillon, son musée Magritte et son église Saint-Jacques-sur-Coudenberg est un dossier qui traîne depuis plusieurs années. Cet axe manque de lisibilité pour les automobilistes au niveau des priorités. Les piétons bénéficient d'un espace restreint. Les cyclistes roulent sur des pavés en très mauvais état. Pour ces usagers faibles, la place Royale est dangereuse. Les trams, eux, doivent parfois composer avec une circulation très dense.

Des discussions avaient été entamées en 2009 avant d'aboutir en 2014 à un concours international. Une demande de permis est déposée en 2017. Une enquête publique est lancée avec l'espoir d'un chantier pour 2019. Quelles sont alors les nouveautés promises? Des trottoirs plus grands et des façades néoclassiques datant du 18e siècle mises en lumière notamment.

Mais ça coince. La Ville de Bruxelles sous majorité PS-MR à l'époque propose des modifications. “Le projet a été dilué pour ne plus être ce à quoi il devait ressembler à la base”, explique l'été dernier dans une réponse parlementaire le secrétaire d’État à l'Urbanisme Pascal Smet (sp.a, one.brussels). La Commission de concertation remet un avis favorable mais sous conditions. "Il faut créer un espace agréable dans le respect de l’urbanisme néo-classique. On veut rendre la place à la population, où le trafic automobile est réduit, et où la statue est facilement accessible."

Une nouvelle demande de permis

Entre-temps, la Ville de Bruxelles change de majorité politique avec l'arrivée d'Ecolo/Groen. Pascal Smet décide de réunir une nouvelle fois les acteurs concernés dont la Stib et l'agence régionale de l'urbanisme Urban.brussels. Une étude d'incidences est menée. De nouveaux plans ont été imaginés. Comme le prévoit également les procédures légales quand on souhaite modifier un projet soumis à enquête publique, il faut déposer un article 191 (du Code bruxellois de l’aménagement du territoire).

Aujourd'hui, une nouvelle demande de permis a été introduite par Beliris qui finance ce projet à hauteur de quatre millions d'euros. Dans la précédente version des plans, les voitures pouvaient circuler de part et d'autre de la place. On l'a dit: la nouvelle mouture ne l'autorise plus. Les trottoirs seront par conséquent encore plus larges que dans la première version. 

La demande de permis vient d'être déclarée complète. Comme le laissait entendre le Soir le mois dernier, la nouvelle enquête publique devrait donc démarrer dans quelques semaines. C'était une demande de l'Arau, l'Atelier de recherche et d'action urbaines qui réclame un débat public sur le dossier. Pour l'association, il est notamment essentiel de protéger les trottoirs de la place Royale, les premiers en Belgique selon les historiens du patrimoine.

Pascal Smet se déclare aujourd'hui "très satisfait de voir aujourd’hui la Ville valider le projet qu’avec Urban.brussels, nous avons élaboré avec Beliris. Nous avons estimé que les modifications apportées nécessitaient un nouvelle enquête publique. Ce sera l’occasion d’aborder la question des cyclistes et des trottoirs. C’est le fruit d’une excellente collaboration entre les cabinets Smet, (du bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe) Close et (de l'échevine bruxelloise de l'Urbanisme Ans) Persoons".

Il est toujours question de récupérer une très grande partie des pavés de la place dans le cadre de la rénovation.

Un espace gigantesque sera libéré

"Au cours de cette législature, nous nous engageons pleinement à améliorer la liaison entre le haut et le bas de la Ville pour les piéton.ne.s et les cyclistes. Le réaménagement de la place Royale s’inscrit absolument dans cette ambition", réagit de son côté Ans Persoons. "Actuellement, les voitures occupent tout l’espace et la circulation y est chaotique pour les usager.e.s faibles. En délimitant l’espace de circulation automobile, un espace gigantesque sera libéré. La Place Royale est une place néoclassique unique à Bruxelles. Après son réaménagement, on pourra enfin s’y poser pour profiter de toute sa splendeur patrimoniale.

Pour le bourgmestre Philippe Close (PS), ce projet de rénovation permettra "de faire de ce lieu une vraie place. Il faut le reconnaitre, ce n’est, pour le moment, pas une place dans les usages. En augmentant l’espace public, de nouveaux espaces de qualité et apaisés pourront être créés. (...) De par son envergure et avec ses façades, cette place fait aussi partie de l’itinéraire des visiteurs de notre capitale, puisqu’elle se situe à proximité de grands musées tels que celui de Magritte."

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