Bruxelles: un élève radicalisé fiché Ocam de retour dans son école après un séjour en IPPJ

Le jeune a été interpellé juste après les attentats du 13 novembre 2015. Il poursuit désormais sa réinsertion en famille et dans son école.
Le jeune a été interpellé juste après les attentats du 13 novembre 2015. Il poursuit désormais sa réinsertion en famille et dans son école. - © BELGA

La récente rentrée scolaire a soulevé une série de questions dans une école secondaire d'un quartier populaire du Nord-Est de la Région bruxelloise. Etablissement que la RTBF a choisi de ne pas nommer. La semaine dernière, un élève au profil sensible y a effectué son retour après deux mois de vacances et six mois en centre fermé à Braine-le-Château. Âgé de 16 ans, celui-ci a tenté par deux fois de se rendre en Syrie pour rejoindre les rangs du groupe terroriste Etat islamique. Fin 2015, une semaine après les attentats du 13 novembre, ce Molenbeekois est interpellé. La Police fédérale craint une nouvelle tentative de départ. Le but est également de connaître ses relations avec les filières de recrutement djihadiste au lendemain des attaques de Paris.

Des résultats "satisfaisants" à ses examens

Il sera donc envoyé en IPPJ. Sur place, l'adolescent se tient à carreau. Il y passe même ses examens de décembre. Les questions sont envoyées par son école, sa scolarité est supervisée par un éducateur. Au printemps, famille et services de la jeunesse avancent que le jeune aspire à retrouver une vie normale. Début juin, il revient une première fois physiquement dans son école pour passer ses examens de fin d'année. "Il obtiendra des résultats satisfaisants et son attestation de réussite", réagit la direction qui parle d'un "bon élève". Le 27 juin, la Cour d'appel émet un arrêt confirmant un retour en famille du jeune malgré l'opposition initiale du parquet.

Mais alors que certains au sein de son établissement et parmi les parents d'élèves s'attendaient à ce que le condisciple change d'établissement pendant les congés scolaires, il y revient en septembre. "Pourtant, ce retour me semble être bien vécu. Ce retour n'a pas fait l'objet d'une tempête", rétorque de son côté la direction. Selon nos informations, l'ado est toujours repris sur la liste Ocam, qui fiche les Belges partis en Syrie, de retour dans notre pays ou ayant tenté un ou plusieurs départs.

Un suivi strict et de "solides" conditions

La direction tempère à nouveau. "Si la justice a estimé que ce jeune pouvait retrouver une vie normale, qu'il ne présentait plus aucun danger pour la société, c'est qu'il y a des raisons. Elle ne ferait pas courir un risque à une école, des enseignants et des centaines d'élèves." Liliane Briers, au Parquet général, confirme la mise en place d'un "solide encadrement" type API (Accompagnement post-institutionnel) pour ce jeune. "Le retour en famille se fait aussi sous de solides conditions", ajoute Liliane Briers. Lesquelles? Celles-ci ne sont pas détaillées. Mais la justice a estimé que ce suivi offrirait le plus de garanties en vue de la réhabilitation du jeune que le placement dans une section ouverte par exemple, étape intermédiaire. "Il n'empêche: si le jeune ne respecte pas ses conditions, il peut comparaître à nouveau devant le tribunal de la jeunesse" qui peut décider le placement dans un centre.

"Déradicalisation" en vue?

Selon nos informations, l'élève, dont le dossier est toujours à l'instruction, est étroitement suivi par les services de police de la zone Bruxelles-Ouest (Molenbeek). Mais à l'inverse, le bourgmestre de la commune où se trouve l'établissement scolaire n'a pas été tenu informé du dossier. "Nous ne sommes pas sa commune de résidence. C'est peut-être pour cela", précise ce bourgmestre.

Ce dossier délicat amène une interrogation: l'intéressé est-il en voie de "déradicalisation"? "Impossible à dire", répond la direction. "Je rappelle qu'au départ, nous n'avions jamais détecté le moins signe de radicalisation. Nous sommes tombés de haut lorsque nous avons appris ses intentions. Ce jeune avait un comportement exemplaire. Mais aujourd'hui, nous voulons le considérer comme un jeune parmi les autres, qui fait son travail. Notre devoir est de travailler avec lui pour le faire grandir, lui permettre de prendre des distances avec son passé, le faire avancer dans sa reconstruction. Et ce n'est certainement pas en regroupant toutes les personnes qui ont le même profil dans un même lieu que ça ira mieux."

A ce stade, l'école se dit "confiante" quant à l'avenir. Et tient à rassurer. "Nous n'avons jamais constaté de sa part la moindre tentative d'embrigadement d'autres camarades de classe." Nombre de parents espèrent qu'il en sera toujours ainsi à l'avenir.

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