Bruxelles redoute une pénurie de médecins généralistes en 2027

Bruxelles pourrait bientôt manquer de médecins généralistes. Selon une étude réalisée par l'Observatoire de la santé et du social (à retrouver en intégralité ci-dessous), on a même calculé que d'ici dix ans, la région aura besoin de 486 généralistes supplémentaires. Et en 2037, les besoins sont estimés à 835. Mais d'ores et déjà, la pénurie se fait sentir dans certains quartiers.

Le docteur Lawrence Cuvelier travaille dans une maison médicale du centre de Bruxelles et le constate : "Il y a clairement des quartiers qui connaissent une pénurie de généralistes, même si dans le même temps, d'autres quartiers en ont trop". Dans certaines zones très densément peuplées, où vit une population plus précarisée, les patients ont parfois des difficultés à retrouver un médecin lorsque l'un d'entre eux prend sa retraite. D'autant que la manière de pratiquer la médecine a bien changé.

Une profession qui se féminise très vite

Aujourd'hui, un médecin sur deux à Bruxelles est une femme. Mais ce chiffre évolue rapidement. Dans la tranche d'âge 25-34 ans, 70 pourcent des généralistes sont de sexe féminin et parmi celles-ci, près de 90 pourcent ont une pratique de groupe, c'est à dire qu'elles partagent un cabinet médical. Un quotidien bien différent de leurs prédécesseurs et qui leur assure une charge de travail plus facilement compatible avec la vie privée ou familiale. Mais cela ne serait pas sans incidence sur les besoins futurs de généralistes. Car selon le docteur Cuvelier, les jeunes médecins qui travaillent en groupe voient en moyenne moins de patients qu'un médecin "solo". Selon certaines estimations, il faudrait un médecin et demi pour remplacer un généraliste qui prend sa retraite.

Pénibilité du métier

Vanessa Schiemsky est une jeune médecin qui a choisi de travailler à Bruxelles. Elle voulait se sentir utile en aidant des patients en situation précaire. Comme beaucoup d'autres jeunes femmes médecins, elle ne souhaitait pas travailler dans un cabinet individuel : "Pour moi, la santé, c'est une prise en charge globale, y compris la santé mentale, et faire cela toute seule dans mon coin, c'était inimaginable". Après six mois de pratique dans des quartiers défavorisés de Bruxelles, sa motivation est intacte. Mais après quelques années, certains jettent le gant. Le docteur Cuvelier le confirme. D'autant qu'à la complexité des pathologies, s'ajoutent aussi la pénibilité du métier en ville. Difficulté de se déplacer en voiture, de se garer, de trouver des locaux ou un logement financièrement accessible, des écoles pour les enfants. Alors, parfois, certains renoncent et quittent le centre de Bruxelles.  

La moitié des généralistes a plus de 55 ans

En 2027, la région bruxelloise devrait compter 1.288.570 habitants, soit près de 100.000 de plus qu'aujourd'hui. Elle aura donc logiquement besoin de plus de médecins. Mais elle devra aussi attirer des effectifs pour compenser ceux qui prendront leur pension. Aujourd'hui, la moitié des généralistes a plus de cinquante-cinq ans. Dans 10 ans, ils devraient donc être nombreux à penser à la retraite. Il faudra alors attirer 372 médecins pour compenser leur départ, estime l'Observatoire de la santé et du social.

Didier Gosuin, ministre bruxellois en charge de la santé est bien conscient du chemin à parcourir pour convaincre les jeunes généralistes de s'installer à Bruxelles. Et ce n'est pas les primes Impulseo, (prime à l'installation de 25.000 euros, intervention dans les frais salariaux d'un employé d'accueil ou dans les services d'un télésecrétariat) qui y suffiront. "Nous devrons apporter des aides complémentaires par exemple pour la gestion économique du cabinet, ou la recherche de locaux adaptés aux pratiques communautaires". 

Des aides d'autant plus nécessaires qu'actuellement, un tiers des bruxellois n'a pas de généraliste attitré. Un chiffre deux fois plus élevé que dans les autres régions.

L'étude de l'observatoire de la santé et du social en intégralité

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