Bruxelles: manque de place criant pour les personnes souffrant d'autisme

Le premier centre bruxellois spécialisé pour les personnes souffrant de grande dépendance ouvrira prochainement ses portes mais pour 15 personnes seulement.
Le premier centre bruxellois spécialisé pour les personnes souffrant de grande dépendance ouvrira prochainement ses portes mais pour 15 personnes seulement. - © Belga

À Bruxelles, près de 650 adultes sont autistes de grande dépendance et plus de la moitié est encore et toujours à charge de leurs parents. En crise, ces autistes peuvent être violents et même incontrôlables. À Bruxelles, il n'existe pas de centre spécialisé pour ces adultes. Alors il arrive qu'ils soient envoyés, par défaut, dans des centres psychiatriques.

Maria Van den Broek est la maman de Saioa, une jeune fille autiste de 26 ans. De temps à autre, elle place sa fille dans une clinique mais elle avoue que ce n’est pas le type d’accompagnement adéquat : «Il s’agit d’une clinique qui accueille des personnes en détresse qui ont tenté de se suicider ou qui éprouvent des difficultés à vivre seules par exemple.  Si ma fille y séjourne de temps en temps, c’est parce que c’est un cas à part.  Ils l’accueillent le temps qu’elle se calme, et le temps pour moi de me reposer et de reprendre mon souffle…  Mais la clinique ne l’aide pas à résoudre ses problèmes.  Ce qu'il lui faudrait, c’est un centre adéquat pour son handicap.  Un centre où elle pourrait faire des activités adaptés à ses troubles et surtout où elle pourrait avoir un suivi logopédique pour continuer à l’aider à parler ainsi qu’un psychologue et un psychiatre pour la calmer et lui apprendre à vivre sa vie… ».

Quand elle n’est pas dans un centre, Saioa dépend entièrement de sa mère, Maria.  Voici son témoignage : « Si Saioa va près de la fenêtre, si elle va à la terrasse, il faut que je la suive et que je sois avec elle.  Si elle va à la toilette, j’y vais également et je reste derrière la porte pour la surveiller.  Si elle va dans son bain, il faut la surveiller aussi car une fois, elle a fait une crise d’épilepsie et elle a failli se noyer. Imaginez-vous un instant…  C’est une surveillance 24 heures sur 24.»

L'épilepsie, la déficience mentale sont les caractéristiques de l'autisme de grande dépendance. De même que les troubles du comportement. Anne, mère de Nathan, 17 ans nous raconte son vécu : « Nathan est très fusionnel avec moi. S’il reste en ma compagnie, il veut absolument gagner cette fusion. Mais c’est une fusion à tous les niveaux, donc Nathan souhaiterait aussi que je sois sa femme, alors que je suis sa maman.»

Dans des accès de colère, Nathan peut également frapper sa mère. Catherine, quant à elle, tourne sa violence contre elle-même. Elle est dans un centre. Marie-Christine, sa maman, nous explique ce qu’elle s’inflige : « Elle rentre avec des bleus parce qu’elle n’arrive pas à se faire comprendre et on n’arrive pas à l’empêcher de se frapper. Pour nous, ça nous fend le cœur et nous avons l’impression qu’elle aurait besoin d’un centre plus spécialisé afin d’être mieux prise en charge.»

Il y a donc un réel besoin de services spécialisés à Bruxelles. La problématique du manque de places a déjà été maintes fois soulevée par le GAMP, le Groupe d’Action qui dénonce le Manque de Places pour personnes handicapées de grande dépendance. Il faut aussi savoir que les listes d’attente pour ce type de centre sont souvent interminables, au grand dam des familles.

Notons tout de même que le premier centre bruxellois spécialisé pour des personnes souffrant de grande dépendance ouvrira prochainement ses portes mais pour 15 personnes seulement.   

Anne-Emilie Arnault, Delphine Hotua

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