Bruxelles: les mères célibataires plus exposées à la précarité

Mère et son fils
Mère et son fils - © Flickr - jean-louis Zimmermann

A Bruxelles, quand un couple avec enfant(s) se sépare, dans 86,6% des cas, ce sont les mères qui prennent les enfants à charge. Ces femmes sont particulièrement exposées à la précarité. C'est un des constats du "Rapport bruxellois sur l'état de la pauvreté 2014", intitulé "Femmes, précarités et pauvreté en Région bruxelloise".

"J'ai trois enfants qui ont 14, 15 et 16 ans, je suis seule avec eux depuis des années (...) Financièrement, je dois vraiment me battre pour garder la tête hors de l'eau". Élise (prénom d'emprunt) est une mère célibataire. Depuis quelques années, seul son salaire permet de faire vivre toute la famille. Avant ça, ses enfants étaient trop petits. Impossible de conjuguer la vie à la maison, les trajets vers l'école, les devoirs, les courses, les bobos et les jours de maladie avec un emploi stable. Un véritable casse-tête pour tout faire entrer dans une seule journée. "L'aspect financier intervient aussi sur l'organisation. L'argent, ça permet, par exemple, de les faire garder régulièrement. Du coup, ça permet de sortir, on est plus détendu, on voit les choses sous un autre angle". Élise et ses enfants ont une chance : ils habitent dans un logement social. "Si je devais payer un loyer dans le privé pour une surface acceptable qui pourrait accueillir toute la famille... non, je ne pense pas que ce soit faisable. En tout cas pas sur Bruxelles".

En 5 ans, le nombre de mères seules a augmenté de 8%

Cette vie, toujours sur la corde, Élise la partage avec des milliers d'autres femmes. A Bruxelles, quand un couple avec enfant(s) se sépare, dans plus de 86 % des cas, ce sont les mères qui prennent les enfants à charge. Elles deviennent les chefs de ménage de ces familles monoparentales. Et le phénomène s'amplifie. D'après le "Rapport sur l'état de la pauvreté 2014", entre 2009 et 2014, le nombre de ces mères a augmenté de 8% et ces femmes sont particulièrement exposées au risque de vivre des situations de précarité. Parce qu'elle font face aux discrimination habituelles auxquelles les femmes doivent répondre, mais aussi parce qu'avoir des enfants est un facteur précarisant. "Effectivement, les enfants coûtent cher", explique Laurence Noël de l'Observatoire de la Santé et du Social. "Il y a les coûts scolaires, ou encore l'adaptation du logement". Et pour ces mères seules, le fait d'avoir un salaire ne permet pas de répondre à tous les besoins : "Avoir un emploi ne protège plus forcément de la précarité, reprend Laurence Noël, parce qu'il y a tellement d'emplois à temps partiel ou peu rémunérés, qu'on peut avoir un emploi et être en situation de précarité".

"Moins en poche en travaillant à temps plein que si j'étais au chômage"

Élise a la chance d'avoir trouvé un emploi stable, à temps plein. Pourtant les fins de mois sont toujours compliquées : "J'ai moins en poche en travaillant à temps plein que lorsque j'étais sans emploi ou au chômage. Parce que je n'ai plus droit aux avances sur pension alimentaire, les allocations familiales diminuent, elles ne sont plus majorées. Je suis dans un logement social, donc mon loyer est calculé d'après mes revenus, il a quasiment doublé. Au final, je gagne moins d'argent qu'avant". Pour Élise, comme pour la majorité de ces mères seules, le quotidien est une course minutée... et un perpétuel calcul pour sortir le budget du ménage du rouge.

Hélène Maquet

 

 

 

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