Bruxelles: le dossier de la station de biométhanisation relancé

Y aura-t-il un jour une usine qui permet de transformer les déchets verts et les déchets alimentaires des Bruxellois en gaz de ville ? La semaine dernière (le 6 octobre), le gouvernement bruxellois a décidé de relancer l'idée d'un centre de biométhanisation. La Ministre de l’Environnement et de l’Energie, Céline Frémault, et la Secrétaire d’Etat à la Propreté publique, Fadila Laanan sont chargées de faire réaliser "une étude relative à l’opportunité économique, sociale, environnementale, spatiale, énergétique et en matière de gestion des déchets bruxellois et de santé publique, d’implanter une unité de biométhanisation dans le cadre de la future stratégie renouvelable 2030". L'idée semblait pourtant avoir été abandonnée faute d'un terrain où construire une telle usine, et par crainte des nuisances olfactives.

Des députés en visite au centre de méthanisation des déchets de Lille.

Hasard de calendrier ? Cette semaine, plusieurs députés bruxellois de la Commission Environnement et Énergie se sont rendus dans le Nord de la France, visiter un tel centre (le CVO, pour Centre de Valorisation Organique). Il faut rouler jusqu'au sud de Lille pour trouver cette usine, installée en bordure de cours d'eau à 200 mètres des premières habitations. Ici arrivent des tonnes de déchets organiques produits par les 1,3 millions d'habitants de la Métropole. Pour la moitié d'entre eux environ (ceux qui vivent en zone plus rurale), le tri est obligatoire. "Il s'agit de restes de préparation de repas, les épluchures de patates, de bananes, par exemple. Et puis les déchets verts, les déchets de jardin", explique Nathalie Lebrun, directrice de Carbiolane, société privée qui exploite le centre. Au bout de la chaîne, les déchets sont transformés en biogaz et en compost.

Presque plus d'odeurs...

Autour de l'usine, très peu d'odeurs, rien de vraiment dérangeant. Les premières habitations ne sont d'ailleurs qu'à 200 mètres. Mais ça n'a pas toujours été le cas ! Il y a quelques années, au démarrage de la station, les voisins racontaient qu'il était impossible de faire sécher le linge dehors. Aujourd'hui, une solution a été trouvée. "Tous les remèdes ont été apportés", explique la directrice de Carbiolane. Des ajustements qui ont fortement augmenté le coût de la station : de 50 millions d'euros, il passe à 70, voire 75 millions. Mais malgré ces surcoûts, le projet conserve le soutien des élus locaux.

Les bus roulent avec le gaz issu des déchets des Lillois

"C'est formidable!", s'exclame Bernard Debreu (PC), Vice-Président de la Métropole Européenne de Lille, en charge de la Propreté et de la question des déchets. "Au lieu, comme avant, de mettre des déchets ménagers en incinération uniquement, ou en enfouissement, nous pouvons utiliser les déchets pour créer des énergies que nous allons pouvoir utiliser". Comment ? En plus du compost revendu à bas prix aux agriculteurs ou aux mairies, le biogaz produit au CVO est directement ré-injecté dans une cinquantaine de bus au gaz qui sillonnent les rues de la métropole lilloise. Et dont le dépôt est installé juste à la sortie de l'usine.

Les députés bruxellois intéressés, voire convaincus!

A la sortie de la visite, le député écolo Arnaud Pinxteren est conquis. "C'est très très inspirant ! J'espère vraiment que la majorité va pouvoir être sensible à cette réalisation, et qu'on puisse importer ce modèle qui fonctionne et dont on a pu être les témoins aujourd'hui." Qu'en pense-t-on du côté majorité ? Ahmed El Ktibi, PS, répond : "Il y a des idées qui sont intéressantes, que j'essaierai de défendre d'abord dans ma formation et puis, pourquoi pas, on peut certainement arriver à une attente au sein de la majorité. Vous savez, en politique, on évolue, c'est un peu comme dans la vie. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis." Le dossier de la station de biométhanisation pourrait donc revenir sur la table. D'autant plus que la collecte des déchets organiques qui est en test à Bruxelles va s'étendre à toutes les communes. La matière première (pour l'instant envoyée au centre de biométhanisation de Ypres sera donc plus disponible que jamais.

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