Bruxelles: le bunker anti-aérien de la place du Jeu de Balle est définitivement classé

L'abri anti-aérien situé sous la place du Jeu de Balle à Bruxelles est classé définitivement: c'est la décision prise par un récent conseil des ministres bruxellois, comme l'a appris la RTBF. Ce vestige de la Deuxième Guerre mondiale est protégé, impossible désormais de détruire ou transformer ces souterrains.

L'idée d'une sauvegarde de ce site qui occupe un rectangle de 35 mètres de long sur 5 mètres de large remonte à fin 2014. A l'époque, l'ancien bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) envisage de construire un parking automobile sous la place du Jeu de Balle. Les riverains s'y opposent. Des associations de quartier et de défense du patrimoine montent également au créneau pour empêcher le projet. Regroupées sous la Plateforme Marolles, elles rappellent l'existence de cet abri anti-aérien et réclame son classement au travers d'une pétition.

Creusé en 1942

Comme le signale la Direction régionale des Monuments et Sites, "l’accès se faisait autrefois par deux entrées situées de part et d’autre de l’abri, près des extrémités nord-ouest et sud-est. L'abri anti-aérien a été construit dans le cadre de l'organisation générale de la protection passive (Défense Aérienne Passive - DAP). Les premières directives en matière d’abris datent de 1939 et visaient à prendre des mesures pour protéger la population contre les attaques aériennes, notamment par la construction d’abris. Le 17 février 1941, la DAP créa à Bruxelles (devenu administrativement le "Grand Bruxelles") le "Service des Abris", rattaché au service des travaux publics de la Ville de Bruxelles. Ce service construisit de nombreux abris dans l’agglomération bruxelloise, soit en renforçant des caves existantes, soit en édifiant de nouveaux abris, souvent en remployant des structures souterraines antérieures. L’abri de la place du Jeu de Balle fut construit durant la Deuxième Guerre mondiale, probablement en 1942. Il est ainsi un ouvrage fonctionnel qui présente une incontestable valeur commémorative qui nous rappelle cette page noire de l’histoire qu’est la deuxième guerre mondiale."

Trois années de procédure

Début 2015, sous la pression, le Collège de la Ville de Bruxelles fait marche arrière et renonce au projet de parking souterrain. Mais la procédure de classement, elle, suit son cours. En octobre 2016, les Monuments et Sites se rendent sur place et confirment le caractère authentique de l'abri et son intérêt patrimonial. On y retrouve encore des banquettes, des toilettes et des lignes téléphoniques utilisées par les Bruxellois lors des alertes. "Une étude relative à la structure de la cave a ensuite été réalisée. Cette étude a notamment démontré que la voûte fut construite en béton non armé. Grâce à une consultation des archives de la Ville de Bruxelles, il a pu être confirmé que le bunker date très probablement de 1942", rappelle le cabinet de Rudi Vervoort (PS), ministre-président en charge du Patrimoine.

La Ville de Bruxelles contredite

Le 28 juin dernier, après trois années de procédure, le dossier aboutit enfin: l'abri anti-aérien est définitivement classé. Voilà qui contredit les premières déclarations des responsables de la Ville de Bruxelles. En 2014, l'échevine des Travaux Publics Els Ampe (Open VLD) avait précisé que cet abri n'avait aucune valeur patrimoniale. "Les services patrimoniaux n'ont jamais investi dans cet abri. Et tout à coup, maintenant qu'il y a un projet de parking, tout le monde s'intéresse à cet abri", avait-elle encore déclaré à l'époque. Elle avait également qualifié d'"un peu hypocrite" l'attitude des initiateurs de la pétition.

C'est la Ville de Bruxelles qui est propriétaire du bunker. Consultée en 2016 concernant la demande de classement, la Ville n'a jamais émis le moindre avis.

"C'est une satisfaction"

Pour Gwen Bresse, de la Plateforme Marolles, c'est la satisfaction. "Parce que c'est une initiative citoyenne, pas une initiative d'une autorité publique. Même si la demande de la Plateforme, qui avait reçu un avis favorable des Monuments et Sites, portait initialement sur l'ensemble des bâtiments remarquables de la place", rappelle Gwen Bresse. "Finalement, il n'y a que le classement de l'abri qui a été retenu. Cela, c'est dommage.

Aujourd'hui, une autre question se pose: faut-il ouvrir l'abri au public, dans le cadre de visites? Pour Gwen Bresse, ce sera difficile à organiser. "Si on ouvre l'accès au public, dans l'état dans lequel l'abri se trouve actuellement, il ne restera rapidement plus rien de cet abri. Ce qu'il faut donc rapidement, c'est la prise de mesures de préservation. Ensuite, il y a une réflexion à long terme à avoir. Les abris sont des endroits intéressants en terme de mémoire. Mais en faire un endroit accessible de manière permanente, cela pose des questions. L'accès se situerait en plein au centre de la place du Jeu de Balle. Cela créerait des tensions avec l'activité principale de la place, à savoir la tenue quotidienne d'un marché aux puces depuis 1873."

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