Bruxelles : l'histoire d'une adoption réussie de fauconneaux orphelins

Bruxelles: l'histoire d'une adoption réussie de fauconneaux orphelins
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Bruxelles: l'histoire d'une adoption réussie de fauconneaux orphelins - © Didier Vangeluwe

C’était une opération délicate et inédite, mais elle se solde par un succès : des fauconneaux, qui ont perdu leurs parents, ont été adoptés par d’autres couples de faucons bruxellois. L’un niche sur l’Eglise Saint-Hubert à Watermael-Boisfort.

Leurs parents, morts, les fauconneaux étaient condamnés

"Regardez, là ! On voit qu’il vole encore comme un maladroit, par rapport à l’adulte". Nez en l’air, jumelles autour du cou, Didier Vangeluwe, ornithologue à l’Institut des sciences naturelles de Belgique, vient prendre des nouvelles du fauconneau. C’est un nouvel environnement pour cet oiseau de 6 semaines qui a perdu ses parents il y a quelques jours : "En allant baguer jeudi passé une nouvelle nichée à l’Eglise d’Helmet, surprise totale ou plutôt drame total, à côté de deux fauconneaux proches de l’envol, il y avait les deux parents, morts. Manifestement, ils n’ont pas été tirés. Mais on suspecte tout de même une mort violente. Les fauconneaux étaient laissés à eux-mêmes depuis 4 ou 5 jours. Ils étaient condamnés".

Voler, chasser, des semaines voire des mois d'apprentissage 

Parce que ces premières semaines sont essentielles pour les différents apprentissages: "ils doivent absolument apprendre à chasser, à découvrir leur environnement, à voler", énumère Didier Vangeluwe, "à comprendre comment fonctionnent les courants aériens, en présence de leurs parents. Et ça, c'est un apprentissage, une stimulation qui dure plusieurs semaines voire plusieurs mois. Donc la solution de les élever à la main puis de les relâcher n'était pas valable pour les faucons pèlerins". 

Il faut donc prendre une décision, "rapidement aller les mettre dans un autre nid pour éviter une période de transition, de stress". L'un est alors 'placé à l'adoption' à Woluwé-Saint-Pierre, sur le toit de la maison communale. L'autre à Watermael-Boisfort, au sommet de l'Eglise Saint-Hubert. Avec l'aide du SIAMU, des pompiers de Bruxelles. "C'était vendredi dernier, on est monté avec la grande échelle, à 23 mètres de hauteur, pour replacer le fauconneau dans la corniche", raconte l'ornithologue.

Les faucons n'identifient pas leurs petits à l'odeur 

Le fauconneau orphelin rejoint une nichée de quatre. Et l'accueil se passe plutôt bien. Parce qu'en fait, "les oiseaux ne reconnaissent pas leurs petits par l'odeur et en plus, ils sont incapables de compter. Donc, si on rajoute un jeune dans une nichée, a priori, il n'y a pas de problème, si ce n'est qu'il faut faire très attention à avoir une concordance d'âge entre le petit que l'on va apporter et les adoptants. Les parents faucons apportent des tailles de proies différentes en fonction de l'âge de leurs fauconneaux et donc s'il y a une trop grande différence, cela va leur poser un problème".

Cette nichée a donc été sélectionnée parmi une dizaine d'autres sur Bruxelles - Il y a en a 14 sur la région, 170 couples en Belgique. Une sélection qui a été rendue possible parce que les faucons pèlerins font l'objet d'une attention particulière. "Depuis 20 ans, on a mis en place un système d'observation et de surveillance de la population de faucons pèlerins. C'est un oiseau qui avait complètement disparu de Belgique et il a pu revenir grâce à une directive européenne concernant la conservation des oiseaux sauvages. Avec ce système, on compte le nombre de couples, on étudie la typologie des habitats, on visite les nids, on compte le nombre de fauconneaux, on les bague". Sans cette observation permanente, les fauconneaux n'auraient certainement pas pu être sauvés.  

Cette adoption, un processus très rare qui sera documenté

Ce processus a, sans doute, été déjà réalisé ailleurs dans le monde. Mais selon Didier Vangeluwe, "cela reste totalement exceptionnel, parce que trouver les deux adultes morts dans le nid, c'est exceptionnel. L'aspect très intéressant pour nous, c'est de pouvoir documenter ce qui se passe et de pouvoir constater que cela fonctionne. Le faire, c'est déjà un défi, mais observer le fonctionnement et prouver par l'image que cela fonctionne, c'est encore une autre dimension. Et on va pouvoir communiquer nos résultats à d'autres collègues dans le monde". 

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