Bruxelles: l'arriéré judiciaire est "sur la bonne voie", estime le procureur

Bruno Bulthé quittera ses fonctions à la tête du parquet de Bruxelles, courant 2014.
Bruno Bulthé quittera ses fonctions à la tête du parquet de Bruxelles, courant 2014. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L’actuel procureur du Roi était l’invité de VivaBruxelles ce mardi matin. A un peu moins d’un an de la relève, Bruno Bulthé est revenu pour nous sur ses six années passées à la tête du parquet bruxellois. Il évoque tour à tour la scission de l’arrondissement judiciaire en cours, porte un regard sur la criminalité dans la capitale et maintient ses positions dans le dossier de la surpopulation carcérale. Et puis, il y a aussi la question qui aurait pu fâcher, celle de l’arriéré judiciaire.

En fonction depuis 2007, le procureur du Roi de Bruxelles, Bruno Bulthé, cèdera sa place à Jean-Marc Meilleur (l’actuel porte-parole du parquet bruxellois) courant 2014. Au cours de ces six années, Bruno Bulthé a tenté d’améliorer le fonctionnement du parquet et de moderniser l'outil informatique. Un exemple : il a insisté pour que ce soit le même substitut qui suive un dossier du début de l'instruction jusqu'au réquisitoire. Histoire de fluidifier un peu la procédure et de ne pas perdre de temps et d'énergie en cours d’instruction. Ses détracteurs, par contre, lui reprochent un style assez directif, trop parfois.

On vient de le dire, la transmission de témoin aura lieu – au mieux – en avril prochain. L’occasion de dresser un premier bilan de son travail à la tête du plus gros parquet du pays. Alors, peut-on dire que celui-ci fonctionne mieux en 2013 qu’en 2007 ? L’arriéré judiciaire est-il moins important qu’en 2006 ?

"Il faut savoir que nous venons de loin, nuance d’emblée Bruno Bulthé. A l’époque, on traitait seulement entre 50 à 60 % des affaires dans l’année. On s’est mis au travail pour atteindre en 2007 les 80%. On n’en est pas loin aujourd’hui,  on est à 78-79% d’affaires traités dans l’année. Je ne parle pas de grosses affaires d’Assises ni des grosses affaires financières évidemment. Nous sommes donc sur la bonne voie, surtout en fonction des moyens dont nous disposons actuellement."

Le parquet de Bruxelles est un gros parquet, avec des effectifs importants. On parle de 570 personnes. Un nombre que l’actuel procureur du Roi espère pouvoir encore faire monter afin d’améliorer le fonctionnement des différents services. "Il faut savoir que, tant au niveau administratif qu’au niveau des magistrats, on a toujours quasiment travaillé avec 20-25 personnes trop peu. J’espère qu’à l’avenir ce manque sera pallié avec la réforme en cours et la scission de ce parquet."

La scission ? "Important, historique même"

Justement, l’un des gros dossiers de cette rentrée judiciaire, c’est la scission de l’arrondissement judiciaire. Dans le cas de parquet de Bruxelles,  la scission aura-t-elle un impact important ? "Je crois qu’effectivement, cette scission est importante. C’est même historique. Le problème, c’est qu’une partie du personnel ici quitte la maison mère pour rejoindre un nouveau parquet (à Asse). " Et Bruno Bulthé de souligner l’importance de la bonne transmission des connaissances ainsi que le volet plus opérationnel que cela sous-entend. " Nous en sommes parfaitement conscients. Nous y travaillons depuis plusieurs mois (depuis un an environ). Durant les deux premières années, on sait que ce sera difficile, tant à Asse qu’à Bruxelles."

La surpopulation carcérale : "Ce n’est pas au bourgmestre à gérer la politique criminelle"

Observateur de la criminalité à Bruxelles, Bruno Bulthé porte aussi un regard sur l’évolution de celle-ci au cours de ces six années passées à la tête du parquet bruxellois et, plus globalement, au travers de ses trente années passées à exercer sa fonction de magistrat. Une criminalité qui a indubitablement changé. "Comme dans d’autres sociétés occidentales modernes, la criminalité s’est  métamorphosée. Elle est devenue plus violente. Nous devons donc y répondre en adoptant notre politique criminelle, malheureusement."

Observateur mais également homme de conviction qui n’hésite pas à aller au combat quand c’est nécessaire, on se souvient d’une de ses sorties – récemment – sur la surpopulation carcérale à Forest. Bruno Bulthé avait alors déclaré que le bourgmestre n’avait pas le droit d’interdire de mettre des personnes en prison, que ce n’était pas à lui de gérer la politique criminelle d’un pays ou d’un parquet. Une prise de position forte qui avait fait réagir à l’époque. Aujourd’hui, le chef du parquet bruxellois n’a pas changé d’avis. "Le bourgmestre de Forest a fait ce qu’il estimait devoir faire. D’autre part, le procureur du Roi de Bruxelles a une politique criminelle à mener. Cela dit, je conçois parfaitement que la situation à la prison de Forest soit intolérable (et ce depuis 30 ans). Je le conçois d’autant mieux que je la pratique depuis 40 ans… mais la politique criminelle de cette maison ne peut pas dépendre d’éléments extérieurs tel que le problème de surpopulation. Même si c’est un problème réel pour lequel il faut trouver une solution." A chacun ses compétences, donc.

Véronique Fievet

 

 

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