Bruxelles comme vous ne l’avez jamais vue : un film datant de 1908 restauré et colorisé

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La place De Brouckère, en 1908. © YOUTUBE

La place Rogier avec l’ancienne gare du Nord, les boulevards du centre, la place De Brouckère, la Bourse, la rue de la Loi et le rond-point Schuman, le parc du Cinquantenaire, le parc royal, la cathédrale des Saints Michel et Gudule, la rue de la Régence… Le film qui nous montre ces différents sites n’est pas récent : il a plus d’un siècle. Filmé en 1908 et long de huit minutes, il vient d’être restauré d’une manière époustouflante par un Youtubeur hollandais.

Sa chaîne "Rick88888888" s’est spécialisée dans la diffusion d’archives vidéos (entrées dans le domaine public) après colorisation, traitement informatique et numérisation. Les archives exploitées, selon la chaîne, proviendraient de la collection Prelinger, qui fournit un accès libre à du matériel d’époque.

La vidéo originale en noir et blanc, d'une qualité très dégradée, avait déjà été mise en ligne en 2013 sur le compte Youtube de la Cinematek, qui l'attribue à une société de production britannique (à voir ici).

Le travail de restauration réalisé sur ce document est en tout cas bluffant. La bande sonore d'accompagnement que l’on doit au compositeur suédois Hampus Naeselius (un de nos contemporains) nous transporte dans un univers nostalgique et émouvant à la fois.

Canotiers et chapeaux à plumes

C’est un temps que les moins de 20 ans (et même beaucoup plus) ne peuvent pas connaître. La caméra vraisemblablement posée sur un pied balaie d’abord la place Rogier, devant l’ancienne gare du Nord, démolie dans les années 60 pour laisser place à la tour Rogier.

En 1908, les hommes portent beau : costume, haut de forme, canotier ou chapeau melon sur la tête et canne à la main… Pour les dames, c’est chapeau à plumes et longue jupe. C’est la Belle époque, celle de l’Art nouveau et de la Belgique florissante sous Léopold II.

La mode est identique lorsque l’auteur de la séquence, cette fois installé à bord d’un tram, nous transporte boulevard Anspach. L’artère est très fréquentée. Carrosses, charrettes tirées par des chevaux, piétons (adultes et enfants), transports en commun électrifiés s’entrecroisent. Des bicyclettes traversent le champ de la caméra. Aucune voiture à cet endroit, à cette période. Un piétonnier, en quelque sorte, avant l’heure.

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Le boulevard Anspach et De Brouckère au fond : un piétonnier un siècle avant l’heure. © Youtube

La place de la Bourse, elle, a peu changé. Par contre, la rue de la Loi, lorsqu’on la remonte vers ce qui deviendra le rond-point Robert Schuman, n’est plus la même. Le quartier n’a pas encore été saccagé par les institutions européennes. Par contre, on distingue les arcades du Cinquantenaire, en trois parties et pas une arche unique comme c’était le cas entre 1875 et 1905.

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La place qui deviendra plus tard le rond-point Schuman. © YOUTUBE

Retour dans le centre-ville, la rue Royale, le parc royal… Toujours ces mêmes scènes de Bruxellois qui marchent et déambulent à la Bourse, au pied de la cathédrale des Saints Michel et Gudule (avant le percement de la jonction Nord-Midi et la démolition de tout un quartier), sur la Grand’Place avec un manège au centre et un marchand de glace qui coupe l’axe de la caméra.

La place de Brouckère permet de voir l’ancien Hôtel Continental bien avant la pose du panneau publicitaire Coca-Cola. Avant aussi le déménagement (quai aux Briques) de la fontaine Anspach, réalisée en hommage à l’ancien bourgmestre Jules Anspach (mort en 1879), le "Haussmann bruxellois", l’architecte politique des immeubles du centre-ville tel qu’on les connaît encore aujourd’hui. Prestigieuses, drapées d’enseignes et de messages commerciaux, ces bâtisses semblent tout droit sorties des cartes postales d’antan.

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La place De Brouckère et sa fontaine Anspach. © YOUTUBE

Les huit minutes trente que dure le film atterrisse plus tard dans la forêt de Soignes. Le caméraman ou la camerawoman sont toujours à bord d’un tram le long de l’avenue de Tervueren, avant d’arriver aux jardins du Musée de l’Afrique centrale, qui vient d’être achevé.

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Le musée de l’Afrique Centrale. © YOUTUBE

La dernière partie montre une vue panoramique de Bruxelles, d’ouest en est, captée semble-t-il depuis les hauteurs de l’avenue Albert à Forest. Au loin, la Porte de Hal, le palais de Justice, l’église Notre-Dame de la Chapelle, l’hôtel de ville de Saint-Gilles. Plus près : une peinture publicitaire pour un magasin de meubles du boulevard Anspach, le début de la rue Eugène Verheggen, l’avenue Ducpétieaux et la prison de Saint-Gilles.

Un document tout simplement épatant que l’on doit à ce Youtubeur. "L’objectif principal de cette chaîne est de fournir des images de films historiques restaurées, principalement d’avant la Seconde Guerre mondiale, pour que les téléspectateurs puissent en profiter et en apprendre", dit ce Hollandais. "De nombreux films historiques ont été numérisés avec des scanners obsolètes, ce qui donne des images bancales, pâles et floues. De nos jours, beaucoup peut être réalisé en termes d’amélioration de l’image au moyen de logiciels sophistiqués, y compris l’intelligence artificielle."

Mon hobby : obtenir les meilleurs résultats de restauration de films possibles

Une technique de stabilisation du mouvement a été utilisée ainsi qu’un outil de correction de la vitesse, du contraste, de la luminosité, de la netteté, de l’élimination de la poussière et des taches avant une mise en haute définition.

"C’est mon hobby d’obtenir les meilleurs résultats de restauration de films possibles", dit-il dans son texte de présentation, "en utilisant mes 15 ans d’expérience et mes connaissances en combinaison les derniers logiciels. La plupart des films de ma chaîne ont subi un processus de peinture en quatre étapes qui prend du temps avant de télécharger les résultats sur Youtube. Beaucoup de mes films sont accompagnés de légendes."

Cet amoureux des films d'époque a déjà restauré des archives montrant Vienne, Berlin, Londres et Rotterdam, au début du siècle précédent.

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