Bruxelles: ce que dit la déclaration de politique régionale

Belga - Présentation de la Déclaration de Politique Générale bruxelloise
Belga - Présentation de la Déclaration de Politique Générale bruxelloise - © THIERRY ROGE - BELGA

Dans la déclaration de politique régionale, présentée ce lundi par les six partis qui ont participé à la négociation (PS, FDF, CDH et Open-VLD, SP-A, CD&V), les intentions du gouvernement bruxellois pour les 5 prochaines années sont écrites noir sur blanc. Le document propose le catalogue des promesses et les lignes maîtresses que suivront les ministres lors de la prochaine législature.

Il y a les grandes phrases : " Plus qu’hier, Bruxelles est à la croisée des chemins ", les belles intentions : "La première priorité est de redonner espoir à notre jeunesse " et les élans d’optimisme : " L’économie bruxelloise est plus que jamais sur le chemin d’un nouveau modèle de croissance ". Les 89 pages du document, scindées en cinq chapitres, déclinent les propositions concrètes, les idées neuves (ou déjà un peu plus anciennes)… et, enfin, apparaît ce qu’il faut lire entre les lignes.

Chapitre 1 - Economie et emploi

Le premier chapitre est consacré à la priorité affichée du gouvernement : l’emploi. Il s’intitule " Un nouveau souffle pour l’économie et l’emploi ". On y retrouve la volonté de créer une véritable " alliance emploi-formation avec les mondes de l’enseignement et de l’entreprise ", la pérennisation grâce à des fonds régionaux de la " Garantie pour la Jeunesse " (un stage ou une formation dans les six mois après l’inscription chez Actiris pour les 18-25 ans) ou encore la création du Contrat de Première Insertion (un contrat de douze mois dans une entreprise publique comme privée, pour les jeunes inscrits chez Actiris depuis 18 mois et qui n’ont pas décroché d’emploi.

La politique des ACS (agents contractuels subventionnés) va également être analysée pour la " réorienter vers une politique qui active mieux les publics visés vers les lieux qui en ont le plus besoin " (par exemple la petite enfance). L’accord veut faire de ces postes subventionnés un " tremplin vers un emploi durable". Faut-il comprendre que ces contrats seront désormais limités dans le temps ? 6000 personnes sont concernées.

Autre point fort : l’enseignement, comme levier vers un meilleur taux d’emploi des Bruxellois. La région réclame des accords de coopération avec les Communautés. De quoi avoir les coudées un peu plus franches pour mettre en place plusieurs projets, notamment liés à l’emploi des langues : création de "au moins" une école normale bilingue, plus de moyens pour l’apprentissage d’une seconde langues, écoles en immersion en maternelle et en primaire,…

Au chapitre économique, on notera la création de pôles de compétitivité régionaux, et les ambitions de la capitale au niveau touristique. Avec un objectif : " exploiter la politique touristique pour créer de l’emploi et de la richesse ". L’accord prévoit notamment " l’ouverture avant la fin de la législature d’un Musée d’Art Moderne et contemporain dans le bâtiment Citroën, place de l’Yser "

Chapitre 2 - Aménagement du territoire : 10 nouveaux quartiers et 6500 logement publics

C’est par l’aménagement du territoire que les autorités bruxelloises peuvent modeler la ville. C’est pourquoi " dans les six mois de son installation, le Gouvernement mettra à l’enquête publique le projet de Plan régional de Développement durable (PRDD) " qui doit proposer une approche transversale pour répondre aux défis de la mobilité, de l’aménagement de l’espace, des infrastructures, de la qualité environnementale, du logement…

Parmi les grandes zones visées : la zone du canal appelée à devenir " la colonne vertébrale " de la Région, ainsi que 10 nouveaux quartiers qui seront créés (ou réaménagés) pour faire face à l’explosion démographique. Pour faciliter ces grands projets, le gouvernement veut simplifier les règlements urbanistiques (révision du COBAT, simplifier la procédure des PPAS…). En ce qui concerne la rénovation des quartiers, les "contrats de quartier" passent de 20 à 10 sur la législature. Un nouveau principe apparaît : le "contrat de rénovation urbaine", qui peut couvrir le territoire de plusieurs communes. Cinq de ces contrats seront décidés dès l’entame de la législature. Pour les particuliers, le système des primes à la rénovation et à l’énergie va également être réévalué. Les deux dispositifs seront, notamment, regroupés.

En ce qui concerne le logement public, " le Gouvernement se fixe comme objectif de lancer la production de 6500 logements publics, dont 60% de logements sociaux (…) et 40% de logements modérés et moyens pour le locatif et l’acquisitif ".

Chapitre 3 - Qualité de vie dans tous les quartiers : mobilité, propreté, sécurité, environnement.

"Plus marcher et plus pédaler", voilà le premier axe développé dans la déclaration. Le nombre de piétonniers, d’aménagements pour piétons et cyclistes doit augmenter dans les années à venir. "Le Gouvernement a pour objectif de mettre en place un réseau 100% cyclable". Toute la petite ceinture, par exemple, sera dotée d’une piste cyclable séparée. Les transports publics feront l’objet d’investissements importants : on estime le début des travaux de l’extension du métro vers Schaerbeek et Evere à 2019. Le tracé de l’extension du métro vers Uccle sera étudié dès le début de la législature.

Parmi les initiatives en matière de propreté, on notera que le gouvernement s’engage à " multiplier par 5 l’offre de parcs à conteneurs en 5 ans ".

Pour la tranquillité des riverains bruxellois, le Gouvernement réclame un nouveau Plan de survol aérien de Bruxelles et une "réduction significative des nuisances ".

Chapitre 4 – Bruxelles, capitale du vivre ensemble

Dans ce chapitre, le Gouvernement loue les bienfaits de la diversité de la Région (plus de 170 nationalités différentes, et une grande proportion de jeunes adultes). Après avoir rappelé le principe de l'égalité des chances ("Tous les citoyens doivent être traités de façon égale et sans discrimination, quels que soient leur sexe, leur origine, leur identité, leur état de santé, leur croyance et conviction philosophique ou religieuse, leur orientation sexuelle"), la nouvelle équipe affirme que la lutte contre les discriminations et le racisme sera le fil rouge de toutes ses politiques.

C'est surtout la discrimination à l'embauche qui est dans la ligne de mire. Les entreprises bruxelloises qui embaucheront des personnes issues de quartiers défavorisés seront récompensées par des aides économiques et autres leviers de la Région. Et l'administration régionale devra engager, dans les cinq ans, 10% de Bruxellois en plus, par rapport à 2013 (sans pour autant augmenter le nombre total d'agents publics). Le Gouvernement veut aussi voir plus de professeurs et de policiers habitant Bruxelles.

La santé est aussi pointée comme un levier pour lutter contre la pauvreté et la précarité. Ici, des idées sont lancées: dissuader les consultations hospitalières qui ne sont pas nécessaires, ou soutenir l'actuelle réorganisation des services de gardes de médecine générale. Les CPAS ne sont pas oubliés: les travailleurs sociaux verront notamment leurs barèmes augmenter.

Le sport et la culture, enfin, bénéficieront de nouvelles infrastructures. Le récent cadastre du sport a pointé de fortes inégalités en matière d'équipements sportifs; les investissements se feront donc surtout dans le Nord et l'Ouest de Bruxelles, avec un "intérêt particulier aux sports d'équipe, aux terrains synthétiques, et à l'athlétisme. Quant à la culture, "la Région travaillera en lien étroit avec les deux Communautés", et elle s'engage à faciliter l'accès à des lieux susceptibles d'accueillir des projets. Elle promet, prudemment ("dans la mesure des moyens disponibles"), de renforcer le soutien financier aux lieux existants, comme le Musée Horta.

Chapitre 5 – Révolutionner la gouvernance

Le dernier chapitre sur la gestion de la ville renferme la déclaration de politique régionale, avec un maître-mot : rationaliser. Le Gouvernement compte mener quatre grandes réformes des structures publiques régionales : celles de l’Aménagement du Territoire (création d’une plate-forme territoriale avec deux entités distinctes), celle du tourisme - matière régionalisée (les six institutions en charge du tourisme fusionnent pour créer une SA de droit public), celle du développement économique et celle du secteur de l’eau (fusion d’Hydrobru et Vivaqua, pour fin 2018).

Une nouvelle politique fiscale va également voir le jour, que le gouvernement veut " plus juste pour les Bruxellois et les entreprises bruxelloises ".

Hélène Maquet

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