Brigitte Grouwels: "Sans le PS au pouvoir, le scandale du Samusocial aurait éclaté plus tôt"

Les auditions de la commission d'enquête parlementaire sur le Samusocial ont repris ce mardi. Les députés ont entendu d'abord l'Ecolo Evelyne Huytebroeck, qui fut ministre de l'Aide aux personnes pendant deux législatures, de 2004 à 2014.

Evelyne Huytebroeck a tenu à mettre les choses au point. Contrairement aux affirmations d'Yvan Mayeur, l'ex-bourgmestre de Bruxelles, les ministres du gouvernement bruxellois étaient loin d'être au courant de tout ce qui se passait au sein du Samusocial: "C'était quand même une asbl privée. Nous n'avions pas à mettre le nez non plus dans le fonctionnement de certaines choses de cette asbl. D'ailleurs ils s'en prémunissaient bien et, je vais être très claire, sur la gestion des jetons de présence, absolument jamais".

Vingt ans de tensions sur la gestion de l'accueil des sans abri

L'actuelle députée a mis l'accent sur les rapports tendus, les pressions et le bras de fer permanent entre les ministres bruxellois et la direction du Samusocial. Evelyne Huytebroeck a défendu son action. C'est elle, avec Brigitte Grouwels, qui envoie en 2013 un inspecteur des finances réaliser un audit sur le Samusocial. Les découvertes mettent la directrice, Pascale Peraïta, sur la sellette. Mais au sein du gouvernement, cela bloque. Il n'y a pas d'accord sur le contenu de la lettre que le gouvernement veut envoyer au Samusocial: "J'aurai peut-être pu être plus courageuse en envoyant, avec madame Grouwels, cette lettre, et tant pis pour le gouvernement et monsieur Vervoort n'a rien à dire. C'est oublier que vous êtes aussi dans un gouvernement et qu'il y a des moments où des consensus doivent se faire, et qu'il y a des choses qui ne s'envoient pas si vous n'avez pas un consensus".

Les représentants MR (opposition) de la commission se sont étonnés du temps qu'il a fallu pour commander un rapport à l'inspection des Finances. Evelyne Huytebroeck a précisé que cette démarche avait été entreprise "au moment où nous pensions que des choses ne nous paraissaient pas correctes".

"La Strada"

Evelyne Huytebroeck a brossé un tableau de quelque vingt ans de dissension autour de la lutte contre la pauvreté à Bruxelles. Cette tension fut, selon elle, perceptible dès les années '90 entre les associations actives dans le secteur, entre le Samusocial et les cabinets ministériels, et entre les partis politiques au sujet des modalités de création d'une association publique et d'un centre de référence.

Le centre de référence ("La Strada") a été partiellement créé sous forme de centre d'appui en 2007. Sa direction a été confiée à l'ex-présidente du CPAS d'Ixelles Anne Herscovici (Ecolo), sur base de ses seules compétences, au terme d'une procédure de sélection, a précisé l'ex-ministre.

Toujours selon l'ex-ministre des Verts, Yvan Mayeur et Pascale Peraïta ont refusé dès le départ toute collaboration avec cet outil de coordination, revendiquant que le Samusocial soit le seul interlocuteur du secteur sans abri. En 2013, le cabinet du ministre-président Rudi Vervoort (PS) a refusé la désignation d'un observateur du collège de la CCC pour siéger au C.A. de l'asbl Samusocial.

B. Grouwels (CD&V): Sans certaines pressions, on aurait été plus loin dans le contrôle

La commission a poursuivi avec l'audition de l'autre ministre en charge, côté néerlandophone, de l'aide aux personnes entre 2009 et 2014, la CD&V Brigitte Grouwels.

Elle a d'abord fait part de son respect pour le travail sur le terrain des collaborateurs du Samusocial, comme des autres organisations du secteur, en ce compris, sur le plan humain, pour la directrice du Samusocial Pascale Peraïta. A ses yeux, la difficulté des discussions avec celle-ci étaient liées à la gestion financière du Samusocial renforcé dans sa situation de "quasi-monopole" à partir de 2011, après l'appel à ses services pour l'accueil des demandeurs d'asile en 2011. Brigitte Grouwels a précisé qu'elle était elle-même partisane d'un financement structurel du dispositif hivernal, finalement accordé à partir de l'hiver 2014-2015. D'après elle, le recours au pré-financement des subsides du Samusocial via le CPAS de la Ville a affaibli la position de la Commission Communautaire dans les discussions. "Le Samusocial adoptait un style très agressif pour obtenir à chaque fois de nouveaux subsides", a-t-elle commenté dans ce contexte.

D'après l'ex-ministre, l'administration de la CCC n'était pas pressée d'exercer un contrôle - que son cabinet et celui d'Evelyne Huytebroeck voulaient accroître sur l'utilisation des deniers publics par l'asbl -, parce que l'association était de type privé, mais aussi en raison du "tempérament" de Pascale Peraïta dont certains fonctionnaires dénonçaient le "régime de terreur".

Forte pression

Brigitte Grouwels a encore dit que le cabinet du ministre-président PS, à l'époque Charles Picqué, avait été mis sous forte pression par la direction du Samusocial pour éviter l'envoi d'un observateur au Conseil d'administration du Samusocial. "Sans cela, on aurait été beaucoup plus loin", a-t-elle ajouté, laissant entendre que le dossier n'aurait pas pris l'ampleur des dernières années. Elle a toutefois jugé que le PS avait une "attitude assez diffuse à l'égard du Samusocial". En atteste, selon elle, la confidence que lui a faite Charles Picqué en 2013, satisfait de constater qu'un audit aurait lieu. Enfin, Brigitte Grouwels n'a pas écarté la possibilité que Pascale Peraïta ait pu bénéficier d'un double financement de son salaire, ce que n'a pu établir l'audit de 2013. Pour ce qui relève de la CCC, son salaire était payé à la hauteur du barème d'un directeur de l'administration, a-t-elle dit.

Ce vendredi 8 septembre, place aux ministres actuels, Pascal Smet (sp.a) et Céline Frémault (cdH).

Lundi prochain, la commission d'enquête entendra Rudi Vervoort et Guy Vanhengel, les numéros un et deux de l'actuel gouvernement bruxellois.

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