Brass'Art à Molenbeek: le candidat classé premier mais évincé va introduire un recours

Le Brass'Art est installé sur la place communale de Molenbeek.
Le Brass'Art est installé sur la place communale de Molenbeek. - © BRASS'ART

A Molenbeek-Saint-Jean, le projet Brass'Art, sur la place communale, est sur les rails depuis de nombreux mois et porte ses fruits. Mais il devrait faire l'objet d'une contestation de la part de Ridoine Daali et de son avocat Maître Ibrahim Akrouh. En octobre dernier, Ridoine Daali a rentré un projet dans le cadre d'un appel à manifestation d'intérêt lancé par la commune de Molenbeek et l'ancienne majorité MR-cdH-Ecolo. But: exploiter l'espace commercial situé au numéro 28 (environ 200 mètres carrés) avec un fort accent culturel.

"Mon projet s'appelait "La Marée bleue"", raconte Ridoine Daali à la RTBF. "Il s'agissait d'un restaurant de poissons et crustacés avec des comptoirs pour pouvoir déguster des huîtres, des coquilles Saint-Jacques... Un concept totalement inédit sur la commune et plutôt haut de gamme. J'envisageais également, pour le volet culturel, de proposer des expositions sur le thème de la mer, des concerts..."

"La Marée bleue", un comptoir de poissons

Pour "La Marée bleue", Ridoine Daali décide de s'entourer de professionnels. Les plans d'aménagement sont réalisés par un bureau d'architectes espagnol. Le "business plan" est confectionné par un conseiller financier. "Les études nous disent qu'il y a un potentiel", se rappelle le promoteur du projet qui n'ignore pas les obligations "sociales, culturelles et/ou éducatives" du lieu. Comme le veut la commune, le futur espace doit être ouvert et diversifié. Ainsi, la vente de boissons alcoolisées est un critère qui sera mis dans la balance lors du choix final par les autorités. Ridoine Daali, qui exploite déjà l'établissement sans alcool "Delice Coffee" à quelques mètres de là, ne l'ignore pas. "Cela n'était pas un problème pour moi."

En novembre tombe la décision. Le projet "La Marée bleue" est recalé par le collège des bourgmestre et échevins . La commune préfère le projet de Molenb'Art porté par Christophe Madam, Mohamed Meshabi, Mimoun El Yaalaoui, Abdou Mekkeoui et Greet Simons. Certaines de ces personnes exploitaient les lieux à titre précaire depuis plusieurs mois. Cette fois, ils pourront pérenniser leur concept.

Classé premier par le jury de sélection

Mais c'est l'incompréhension pour Ridoine Daali qui demande à avoir accès à son dossier et aux délibérations. Le résultat du jury de sélection est sans appel: "La Marée bleue" est le premier choix du jury (70/100 contre 68/100 pour Molenb'Art) qui loue "la création d'emplois locaux, la formation des employés, le mélange multiculturel, la volonté d'attirer un public venant de l'autre côté du canal". Le jury est plus critique concernant le projet Molenb'Art: absence de capitale suffisant, les insécurités juridiques et financières de l'ASBL Molenb'Art, une ASBL ne peut avoir une activité commerciale principale...

La vente d'alcool

"Comment expliquer que mon projet qui arrive premier ne soit pas retenu", s'interroge M. Daali. "En fait, ce n'est que plus tard que nous avons appris qu'un élément avait été rajouté dans mon dossier." Car la commune a décidé entre-temps de lancer une évaluation du "Delice Coffee", le premier établissement de M. Daali, propriété communale également. C'est une affaire qui tourne mais la commune regrette que la promesse faite d'y servir de l'alcool ne soit toujours pas tenue. "Mais quel est le rapport entre le "Delice Coffee" et "La Marée bleue"?", se demande M. Daali. "Ce sont mes deux projets mais ils sont totalement différents. Et puis je n'ai jamais dit que je ne vendrai pas d'alcool au "Delice Coffee". Mais il se trouve que la clientèle actuelle n'est pas en demande. Je pense également comme un entrepreneur: je ne vais pas lancer un concept qui risque de ne pas fonctionner sur base du public et donc de me ruiner. Pour ce qui est de "La Marée bleue", c'est différent. Mon projet précise qu'on y servira de l'alcool. Dès lors, je ne comprends pas."

De plus, Ridoine Daali s'étonne que la presse ait fait état de l'attribution de l'appel à projets avant qu'il n'en soit lui-même informé. Pour Maître Ibrahim Akrouh, son avocat, plusieurs éléments sautent aux yeux. "Tout d'abord, la presse communique sur une procédure avant que les principaux intéressés n'en soient informés. Sur base des informations de presse, mon client a essayé d'obtenir confirmation officielle. Il reçoit alors un courrier quelques jours plus tard lui disant que rien n'a été décidé. C'est tout de même déconcertant! Enfin, nous nous étonnons d'un commentaire sur les réseaux sociaux de l'échevin de l'époque en charge du dossier, Karim Majoros. Sur Facebook, il écrit sa satisfaction que le projet Molenb'Art ait remporté l'appel et insiste sur le fait que la commune ait soutenu ce projet dès le début. Il y a là un manque flagrant d'impartialité."

Il n'y avait rien de contraignant

Aujourd'hui dans l'opposition, Karim Majoros, l'ex-échevin Ecolo des Propriétés communales ne comprend pas la réaction de M. Daali. "Tout d'abord, il ne s'agissait pas d'un marché public au sens propre mais d'un appel à manifestation d'intérêt avec un classement qui n'était pas contraignant", insiste Karim Majoros auprès de la RTBF. "Lorsque le collège des bourgmestre et échevins, avec toutes ses composantes politiques, a décidé de choisir Molenb'Art, c'est parce que nous avons estimé qu'il n'était pas prudent de confier à un même gestionnaire, M. Daali, deux emplacements commerciaux à deux endroits stratégiques de la commune et à quelques mètres l'un de l'autre. Car si l'un de deux venait à être défaillant, cela aurait eu une implication sur l'autre." Une réaction prudente pour le propriétaire qu'est la commune, dit l'ex-échevin.

Karim Majoros ajoute: "Oui, le gestionnaire du "Delice Coffee" avait promis la présence d'alcool dans son établissement, dans un souci de mixité. Comme cette promesse n'est à ce jour toujours pas rencontrée, le collège a également souhaité ne pas se jeter dans le canal et d'à nouveau se retrouver avec un gestionnaire qui ne tient pas ses promesses. Finalement, le projet Brass'Art a suscité une unanimité car il propose une vraie mixité sans nier les identités culturelles, avec une proposition d'événements largement accessibles. Ce projet a d'ailleurs déjà fait ses preuves puisqu'un Brass'Art bis vient d'ouvrir à Laeken. Ce projet a donc rehaussé l'image de Molenbeek."

Faux prétextes 

Pour Ridoine Daali et son avocat, ces arguments ne sont pas suffisants. Ils estiment que "La Marée bleue" a été écartée sur base de faux prétextes. "Tout laisse à penser que le lauréat était déjà connu à l'avance et que tout a été fait sur mesure pour qu'il remporte l'appel", ajoute Maître Akrouh. "En clair, les autorités ont trouvé un prétexte pour exclure M. Daali. La commune a ajouté des exigences qui n'étaient pas prévues initialement, exigences (comme la vente d'alcool) pour lesquelles mon client n'a jamais eu de réticences du reste. De plus, mon client a engagé plusieurs milliers d'euros de frais pour bâtir un dossier solide. Son projet est classé premier mais n'est pas retenu. On ne comprend pas!"

Pour ces raisons, un recours sera introduit. Soit auprès de la tutelle régionale soit auprès du Conseil d'Etat. "Nous sommes en train d'examiner la procédure la plus adéquate."

 

 

 

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