Braine-l'Alleud : "Il ne faut pas que le coronavirus retarde le dépistage des cancers"

Les Dr Wachters et Gordewer insistent pour que les patients se fassent dépister le plus tôt possible
Les Dr Wachters et Gordewer insistent pour que les patients se fassent dépister le plus tôt possible - © S. Vandreck

La nouvelle Clinique de prévention et de dépistage des cancers a été inaugurée en mars 2020 au Chirec de Braine-l’Alleud, seulement quelques jours avant le début la crise sanitaire et du premier confinement. "La plupart des consultations, des chirurgies et des actes techniques non urgents ont été arrêtés. On n’avait par exemple plus accès aux coloscopies. Les gens ne pouvaient plus prendre rendez-vous", rappelle le docteur Laurence Gordower, médecin coordinateur.

Mais une fois le premier confinement passé, les patients n’ont pas été beaucoup plus nombreux à fréquenter ce nouveau service. Quelques dizaines tout au plus. "On sent que les patients sont encore relativement inquiets à l’idée d’une visite à l’hôpital, malgré toutes les mesures de sécurité et d’hygiène mises en œuvre", confirme-t-elle.

Lorsqu’on fait un diagnostic très précoce, on a des traitements qui sont plus efficaces et des chances de guérison plus grandes

Une attitude qui n’est pas sans conséquence sur la santé des patients. Tout au long de l’année 2020, les spécialistes ont martelé l’importance du dépistage précoce des cancers. Dans les centres de dépistage comme celui-ci, nul besoin d’ailleurs de venir sur base d’une prescription de son médecin ou à la suite de l’apparition de symptômes inquiétants. "L’objectif est évidemment de diagnostiquer un éventuel cancer avant l’apparition des symptômes, en tout cas le plus précocement possible. Lorsqu’on fait un diagnostic très précoce, on a des traitements qui sont plus efficaces et des chances de guérison plus grandes", insiste le Dr Gordower.

Et pourtant, en 2020, il y a eu beaucoup de retards dans ces diagnostics. "Les gens ont eu peur de venir à l’hôpital pour ce qu’ils considéraient alors comme des petites choses. Il y a eu des retards de diagnostics, et même un sous-diagnostic de l’ordre de 40% lors du premier confinement", témoigne le Dr Claire Wachters, chef du service d’oncologie de l’hôpital.

On a l’impression que le cancer est passé à la trappe pendant cette période

L’oncologue a ainsi constaté que des patients arrivaient dans son service avec des cancers à des stades plus avancés qu’habituellement. "Dans le cas du cancer du sein, par exemple, on va avoir des masses plus importantes, qui vont nécessiter une prise en charge chirurgicale plus lourde et un recours éventuel à la radiothérapie ou à la chimiothérapie. Alors que si on l’avait pris en charge plus tôt, on n’aurait finalement eu qu’une chirurgie", déplore la spécialiste.

Elle pointe aussi du doigt le suivi des traitements, qui n’a pas été optimal au cours de la première vague, aussi à cause de la peur de leur éventuelle toxicité. "Certains patients ont décidé d’eux-mêmes de ne pas poursuivre leur traitement adjuvant de chimiothérapie parce qu’ils avaient trop peur des risques", relate-t-elle. Sur le plan psychologique aussi, le fait de ne pas pouvoir être accompagné par ses proches en consultation, en traitement ou lors d’une hospitalisation, a également été mal vécu. "On a continué les traitements, mais on a l’impression que le cancer est passé à la trappe pendant cette période et que ça continue à être le cas", poursuit le médecin.

Faciliter la tâche du patient

Ces médecins insistent donc auprès des patients pour qu’ils reprennent le chemin des hôpitaux. Le nouveau service de dépistage leur allège d’ailleurs la tâche au niveau des démarches, comme les prises de rendez-vous. "On établit avec le patient un profil de risques et, suivant ce profil, on va lui recommander certains examens et avis spécialisés, explique le Dr Gordower. Si le patient est d’accord avec le plan de dépistage proposé, on va organiser tous les examens pour lui. On a même essayé d’avoir des délais raisonnables pour ces examens, avec un système de plages qui sont réservées à la clinique de dépistage".

De quoi encourager les plus réticents à se faire dépister au plus vite. D’autant que les oncologues redoutent une nouvelle vague de cancers, directement liés au changement de mode de vie pendant les confinements successifs. "Certains se sont remis au sport, mais d’autres se sont remis à fumer, ont consommé plus d’alcool, sont devenus plus sédentaires, déjà du simple fait de ne plus se rendre au boulot tous les jours, constate le Dr Wachters. Il faudra voir sur le long terme. Mais j’ai peur que dans les prochains mois, les prochaines années, on fasse face à de nouveaux diagnostics induits par des changements de comportement".

Moins de suivi des malades du cancer à cause du coronavirus (JT du 13/04/2020)

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