Borinage: des stations de pompage sauvent chaque jour les habitants sans qu'ils ne s'en doutent

Borinage : des stations de pompage sauvent chaque jour les habitants sans qu'ils ne s'en doutent
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Borinage : des stations de pompage sauvent chaque jour les habitants sans qu'ils ne s'en doutent - © Tous droits réservés

C'est un travail vital pour la région du Borinage et pourtant il est méconnu : depuis plus de 60 ans, vingt-cinq stations de pompage doivent pomper en permanence vingt-cinq millions de mètres cubes d’eau chaque année pour éviter qu’une immense zone habitée ne soit tout simplement totalement inondée... Un problème hérité du passé minier de la région, qui a fait s’affaisser les sols. De nos jours, l’intercommunale IDEA veille toujours au bon fonctionnement de ces stations de pompage et empêche les habitants de la région de finir les pieds dans l’eau sans qu’ils ne s’en doutent...

La station de pompage Saint-Ghislain Sud date de 1963 et le bâtiment semble un peu défraichi par endroits mais les gigantesques pompes qui s'y trouvent sont elles par contre en parfait état et régulièrement inspectées par une équipe de maintenance : "On fait des tests de vibrations et un graissage pour s'assurer qu'elles tournent correctement" nous explique Michaêl Vandepitte, le technicien de maintenance de passage le jour de notre visite. "Rien qu'au niveau des pompes d'assainissement, on en a quatre différentes. Comme ça on est sûr qu'il y en aura toujours une en état de marche si jamais un problème se présentait" détaille-t-il. Dans ce type de station de pompage, la règle c'est de toujours avoir une solution de secours car l'arrêt total des machines pourrait être une catastrophe pour la région, surtout par temps orageux : "ce que l'on pompe ici ce sont essentiellement les eaux de pluie qui tombent dans les alentours de Saint-Ghislain" nous racontent Etienne Nys, l'un des ingénieurs chargés de surveiller les installations. "A l'origine, le trrain naturel était plus haut que le niveau de la rivière donc les eaux de pluie s'écoulaient naturellement. Mais du fait de l'affaissement des terrains, ces eaux d'orages n'ont plus de sortie possible. C'est comme une grande flaque d'eau, elles s'accumulent, elles s'accumulent et en viennent à inonder les régions" ajoute-t-il.

Des villages entiers transformés en gigantesques flaques d'eau, c'est exactement ce qu'il se passait il y a moins d'un siècle, lorsque les sols se sont tellement affaissés sur eux-même qu'ils ont baissé de plusieurs mètres. "L'exemple type c'est Cuesmes" poursuit Etienne Nys, "le centre ville de Cuesmes est douze mètres plus bas qu'il ne l'était auparavant. Donc on peut imaginer qu'en cas de montée des eaux, ça s'accumulerait sur plusieurs mètres de hauteur, sur plusieurs étages d'abitation même. Ce serait une catastrophe évidemment". "Vingt-cinq millions de mètres cubes d'eau pomper chaque année c'est l'équivalent de nonante piscines communales chaque jour" précise encore l'ingénieur, "autant d'eau qui resterait dans les cuvettes que sont devenues certaines parties du Hainaut si l'on ne faisait rien pour l'évacuer".

Mais comment ces terrains ont-ils ainsi baissé de plusieurs mètres de hauteur ? Il s'agit en fait d'un héritage du passé minier de la région : "Quand les charbonnages ont commencé à fermer, le corollaire a été le non-entretien des galeries de mine qui ont commencé à lentement s'affaiser" nous raconte Caroline Decamps, la directrice générale de l'Intercommunale IDEA."Et donc cet affaissement massif sur l'ensemble du territoire a provoqué au fil des années des inondations. Des inondations qui étaient devenues récurrentes, annuelles et majeures. Au point que ça a poussé les bourgmestres de l'époque à s'unir pour trouver une réponse" continue-t-elle. La réponse sera la création d'IDEA en 1956, qui assure aujourd'hui beaucoup d'autres missions dans la région (création de zones économiques, géothermie, infrastructures de mobilité, etc.) mais sont la première fonction reste toujours d'assurer le bon fonctionnement de la vingtaine de stations qui permet à la région d'être habitable : "On veille sur plus de 280.000 habitants, dans une zone de 37.000 hectares où se trouve aussi mille entreprises et mille bâtiments publics. Donc vous voyez que c'est une activité quotidienne avec laquelle les habitants vivent quelque part sans le savoir. On les protège mais ils ne sont pas au courant. Chez IDEA on a coutume de dire que c'est parce qu'on fait bien notre travail" plaisante Caroline Decamps.

Et à l'heure où on reparle d'un plan de délestage pour cet hiver, elle a dû rappeler qu'il était hors de question que ces stations manque d'électricité ne fût-ce qu'une seule journée : "Si on avait un délestage et qu'on arrête l'alimentation électrique de ces pompes ce serait grave évidemment. Donc on a travaillé avec le centre de crise pour être en "zone zéro" (ndlr : sans perte d'électricité en cas d'activation du plan de délestage). On ne peut absolument pas arrêter les stations, même un quart d'heure c'est potentiellement plusieurs mètres d'eau d'inondation donc c'est juste inenvisageable" insiste Caroline Decamps.

De nos jours, le changement climatique et ses orages toujours plus violents, même chez nous, viennent encore un peu plus compliquer la tâche de ces stations et des ingénieurs qui en ont la charge. Vingt millions ont d'ailleurs été débloqués par la Région Wallonne pour moderniser certaines d'entre elles et augmenter leurs capacités de pompage.

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