Blue monday, dépression saisonnière: pourquoi avons-nous le moral dans les chaussettes à la mi-janvier?

Plus de patients consultent pour dépression saisonnière en cet hiver particulièrement maussade
Plus de patients consultent pour dépression saisonnière en cet hiver particulièrement maussade - © Pixabay - domaine public

Le carnet de rendez-vous de Marion Gosselin, esthéticienne à Mons, ne désemplit pas pour le moment. Ce que les clients demandent le plus ? des massages, des soins du visage, de quoi se faire dorloter. "Les gens sont plus déprimés, ont envie d’être en été. Ils veulent prendre du temps pour eux, se détendre. Certains demandent même à changer en dernière minute le soin qu’ils avaient réservé pour un massage", confirme-t-elle. Et c’est vrai qu’en cette période d’après-fêtes, quand les journées sont courtes et sombres et que les prochaines vacances semblent encore loin, nous n’avons pas trop le moral.

On n’en peut plus de cette grisaille ! 

Ce troisième lundi de janvier a même été surnommé blue monday, le jour déprimant de l’année. Il s’agit-là d’une invention de publicitaires pour booster les réservations dans les agences de voyage. Mais tout ça a néanmoins un fond de vérité. "C’est vraiment la déprime, depuis décembre, on n’en peut plus de cette grisaille !", témoignent deux jeunes femmes croisées sur la Grand-Place, café et jus de fruit frais à la main, pour se redonner du tonus.

Dans le magasin de produits naturels de Martin Dewolf, les ventes de compléments alimentaires pour se rebooster le moral et compenser le manque de vitamine D sont en hausse cet hiver: "Il y a peut-être un effet de la météo de cet hiver, avance le commerçant, mais les clients se tournent aussi de plus en plus vers des alternatives naturelles". Parmi les plantes qui cartonnent : le safran, le millepertuis, le rhodiola… Le Dr Juan Tecco, chef du service psychiatrie du CHU Amboise Paré à Mons, spécialiste de la dépression, conseille plutôt les sorties entre amis pour prévenir la dépression hivernale. Et quand les cas de dépression saisonnière sont avérés, ce qui est le cas en particulier cet hiver, il prescrit des cures de luminothérapie, le seul traitement vraiment efficace à ce jour, selon lui.

3 questions au Dr Juan Tecco

Qu’entend-t-on par dépression saisonnière?

"Tous les êtres vivants ont une horloge biologique interne. Celle-ci doit être synchronisée par des stimulations extérieures. La meilleure de ces stimulations est l’alternance de lumière et d’obscurité, plus puissante en été qu’en hiver. En hiver, cette resynchronisation se fait donc moins bien. Le symptôme principal de cette dépression saisonnière n’est pas la tristesse, mais plutôt une envie de ne rien faire, de la fatigue. Chez certaines personnes, elle se manifeste aussi par une augmentation de l’appétit, essentiellement sous forme de grignotages de choses sucrées."

Toutes les baisses de moral qu’on peut avoir en cette période ne sont pas pour autant de la dépression?

"Non, il ne faut pas courir chez le psychiatre dès qu’on a le moindre symptôme. Il y a des choses à faire avant. Il faut trouver d’autres moyens de stimulation, voir ses amis, se divertir. La période des fêtes de fin d’année est aussi pour certaines personnes une période difficile, qui n’a pas grand-chose à voir avec la lumière. Certains ont connu des deuils, des séparations familiales et ne vivent pas Noël facilement, et ça peut les amener à consulter aussi."

Y a-t-il moyen de prévenir cette dépression saisonnière?

"Si on est conscient d’avoir cette difficulté, il est judicieux d’avoir un appareil de luminothérapie chez soi et de s’en servir dès les premiers symptômes. Ils sont reconnaissables chez les personnes qui sont atteintes de dépression saisonnière car ça revient tous les ans, ça s’aggrave même avec l’âge. C’est un traitement presque naturel, sans effet secondaire, mais qui est curatif. Il vaut mieux donc le commencer le plus tôt possible. Passer une semaine au soleil avant le début de l’hiver peut faire du bien à ceux qui ont des blues plus légers, mais ce ne sera pas suffisant pour quelqu’un qui souffre d’une vraie dépression saisonnière clinique."

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