Bientôt des théologiennes dans les mosquées belges pour accompagner les femmes musulmanes

Bientôt des théologiennes dans des mosquées pour accompagner les femmes musulmanes
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Bientôt des théologiennes dans des mosquées pour accompagner les femmes musulmanes - © Photo by afiq fatah on Unsplash

Des femmes vont bientôt occuper des postes à responsabilité dans et autour des mosquées belges. L'Exécutif des Musulmans de Belgique va engager 18 théologiennes et prédicatrices. La procédure est en cours, l'examen se profile et l'entrée en fonction est prévue dans les jours/semaines qui viennent. Ces femmes seront chargées d'accompagner spirituellement les femmes et les filles de la communauté musulmane, mais pas seulement. 

Des femmes aux ressources théologiques solides 

Quand on lui demande si jusqu'ici, la question religieuse, dans les mosquées, est une affaire d'hommes, Souade Taje dément: "La plus grande spécialiste de l'islam, c'était une femme! Les grands hommes venaient la voir, elle! Et aujourd'hui encore, de nombreuses femmes suivent des formations, des séminaires, elles sont souvent plus nombreuses que les hommes d'ailleurs! Elles sont actives dans la transmission de la religion". 

Mais si l'on parle de compétences théologiques solides, de connaissance des textes, là,"il est vrai qu'on pourrait compter ces femmes sur les doigts de la main". Souade Taje sait de quoi elle parle. Aujourd'hui à son compte, elle a travaillé plusieurs années comme médiatrice sociale au Centre Islamique. Là-bas, il fallait répondre aux questions de certains fidèles, hommes ou femmes : "Ce sont des questions de la vie quotidienne, autour du divorce et du mariage, par exemple la manière de se laver après un rapport sexuel, ce qui est permis, ce qui ne l'est pas". Ces questions sont posées généralement aux imams. Même quand elles sont intimes: " Je me souviens d'une femme qui avait une question à poser sur l'avortement. Elle me disait: je préfère te poser la question à toi et toi, tu la poses à l'imam".

Comme un imam, à l'exception de la prière 

Alors pour que les femmes, les filles aient une personne de référence qui puisse les accompagner dans leur spiritualité, l'Exécutif des Musulmans de Belgique est en train d'engager des théologiennes et des prédicatrices. "Le projet remonte à plusieurs années", explique Salah Echallaoui, vice-président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique. "On s'est rendu compte que beaucoup de jeunes filles étaient touchées par le phénomène de radicalisation et qu'il y avait un manque d'encadrement de la communauté musulmane en général, mais en particulier des femmes et des filles. A l'exception de prédicatrices 'autoproclamées' qui sillonnaient les mosquées sans aucune reconnaissance officielle".

Leur rôle sera "à peu près le même qu'un imam", détaille Salah Echallaoui, "à l'exception de la direction de la prière qui est dirigée par les hommes dans toute la communauté musulmane. Ces théologiennes et prédicatrices participeront à la vie religieuse de la communauté, elles seront dans et autour des mosquées, elles pourront donner des conférences, participer aux cérémonies religieuses comme les circoncisions, les mariages. Etre à l'écoute des personnes, résoudre leurs problèmes de couples qui sont en lien avec un aspect religieux et théologique". Ces théologiennes et prédicatrices ne dépendront pas d'une mosquée en particulier, elles seront 'volantes', elles sillonneront les mosquées, dans les trois régions. 

Au-delà du symbolique 

Au Maroc, ce projet existe depuis plus d'une dizaine d'années. On les appelle les Murchidât. "L'expérience était très intéressante au début pour sa symbolique", nous explique Asma Lamrabet, théologienne marocaine, "féminiser le leadership théologique au sein de l'islam, c'est très novateur et très bon pour l'islam en général. Au-delà de la symbolique, les Muchidâts ont un rôle social très important. Elles accompagnent les femmes violentées, ou dans la lutte contre l'analphabétisme et ont de bons résultats. Mais pour ce qui est de l'expérience au Maroc, cela s'est un peu essoufflé. Au delà de la symbolique, ces femmes n'ont fait que transmettre un système patriarcal très conservateur et enraciné dans la mentalité des gens".

"Ce qui me préoccupe aussi dans un contexte européen", continue Asma Lamrabet, "c'est de savoir quelles valeurs de l'islam vont transmettre ces théologiennes? Si c'est un islam ouvert adapté au contexte européen, si elles auront le droit de requestionner tout le système discriminatoire qui existe aujourd'hui dans notre religion et les autres aussi d'ailleurs, alors oui ce sera formidable d'avoir des théologiennes comme ça". 

Quelle interprétation des textes fondateurs? 

Pour Asma Lamrabet, au-delà de la présence féminine, importante et symbolique, l'étape suivante sera donc de dénoncer tout ce qui est discriminatoire au sein du religieux ou du discours islamique ambiant. "Parce que cela n'existe pas dans les textes fondateurs. C'est une interprétation patriarcale, une construction sociale faire par des hommes qui ont toujours le pouvoir de légitimer au nom du sacré cette discrimination". 

L'Exécutif des Musulmans de Belgique assure quant à lui que les balises seront bien présentes: "Nous avons imposé des conditions de recrutement (diplômes, casier judiciaire vierge, etc..). Et puis lors de l'entretien devant une commission de théologiens et théologiennes, on vérifiera les connaissances en théologie des candidates, mais aussi leurs conceptions, l'évolution de la lecture des textes, de leur interprétation".

Les théologiennes et les prédicatrices bénéficieront ensuite de formation continue, comme les imams. Il existe aussi des contrôles, comme pour les ministres de culte dans les mosquées reconnues. "Quand il y a un dérapage, on peut sanctionner si nécessaire". Et Salah Echallaoui de rappeler que ce réseau de théologiennes fait partie "du chantier de créer une religiosité bien ancrée dans notre société, une religiosité bien éclairée, qui n'entre pas en contradiction avec la société moderne."

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