Batibouw: les femmes aussi pourraient trouver leur place dans le secteur

Batibouw : Les femmes aussi pourraient trouver leur place dans la construction
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Batibouw : Les femmes aussi pourraient trouver leur place dans la construction - © Tous droits réservés

S'il y a bien un domaine dans lequel les femmes ne parviennent pas encore à faire leur place, c'est bien celui de la construction. Elles représentent un seul pauvre pourcent des ouvriers contractuels. Pas de chiffre clair par contre parmi les indépendants parce que si on y trouve bien des femmes, les chiffres ne disent pas si elles manient les outils ou si elles font la paperasse.

Mais il suffit d'ouvrir les yeux en regardant un chantier, les femmes qui tiennent les outils sont presque inexistantes. Et celles qui osent/parviennent à entrer dans le secteur subissent des railleries, des regards déplacés et des discriminations.

Mais alors comment et pourquoi cette poignée de femmes continue t-elle à occuper un terrain que la société semble leur refuser?

Déborah a 36 ans. Elle conduit des camions de livraison depuis plusieurs années. En tenue de travail et gilet fluo, elle laisse passer deux petites tresses qui retombent vers l'avant de chaque côté de son bonnet.

D'abord dans la grande distribution, elle a ensuite sauté le pas vers le béton. Un passage difficile parce qu'elle entrait dans la famille de la construction. "On m'a plusieurs fois répondu que comme j'étais une femme, on ne me prenait pas." Elle a fini par trouver à la centrale Interbéton de Roux. Elle conduit des "malaxeurs" : ces camions équipés d'une sorte d'immense réservoir tournant à l'arrière.

Celui qui me critique, il est foutu !

Son boulot ce jour-là commence à 6h39. Heure précise du départ du camion pour sa première livraison. Direction Charleroi et un parking de supermarché où il faut boucher des tranchées soigneusement préparées par un groupe d'ouvriers, des hommes, néerlandophones. "C'est avec eux, les ouvriers sur les chantiers que c'est le plus dur. Avec mes collègues camionneurs ça va mais quand j'arrive quelque part, il y a toujours un commentaire. Je sens que je n'ai pas droit à l'erreur. Forcément si je fais une erreur, c'est parce que je suis une femme et que je n'ai pas ma place dans la construction."

Avec l'habitude, Déborah ne s'énerve plus de ces réactions. Elle s'y est habituée et s'est construite une barrière efficace. "Si j'ai fait une erreur, je peux la reconnaître. Sinon, il est foutu !" Elle s'explique dans un petit rire. "Je lui réponds comme il me parle, je ne me laisse pas faire."

Pendant qu'elle décrit son quotidien, le béton coule du camion et remplit les tranchées. "Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Les hommes, on ne les changera pas, je ne sais pas.... peut-être occuper la place et leur en faire voir de toutes les couleurs."

Parfois les choses se passent bien aussi

Dans un autre secteur de la construction, on retrouve Axelle. À 24 ans, elle installe des salles de bains avec une spécialisation dans le matériel pour les personnes à mobilité réduite.

On la retrouve dans une maison presque entièrement démolie à Ham-sur-Heure. Le travail aujourd'hui se fait à la pelle, au marteau-piqueur et à la brouette. Le bonnet enfoncé jusqu'aux yeux et le pantalon technique de travail, elle s'affaire avec son collègue. "Je voulais être puéricultrice avant. Mais ça na pas vraiment marché alors mon papa m'a dit qu'il fallait essayer autre chose et il m'a engagé dans sa petite entreprise de sanitaire. Ça fait cinq ans que je fais ça."

Elle travaille bien, c'est impressionnant de voir ça!

Pour Axelle, les choses se sont faites assez naturellement. C'est probablement le travail en famille qui a permis d'éviter les tensions. "Au début, j'avais pas mal de réactions de mes amis qui me voyaient le soir débarquer en habits de travail. Mais tout le monde s'est habitué. Le seul truc que j'entends encore c'est que les femmes travaillent moins vite qu'un homme. Mais je ne suis pas d'accord. Je trouve que je les suis bien." Dans le coin de la pièce, son collègue masculin ne dit pas autre chose. Bourru, il laisse échapper un "Elle travaille bien. C'est impressionnant de voir ça".

A la question de savoir pourquoi les femmes ne travaillent-elles pas plus dans la construction, Axelle n'a pas de réponse. "C'est quand même de la poussière et des charges à soulever et ça ne correspond pas à toutes les femmes. Mais comme je dis, il y a des hommes qui ne sont pas capable de faire ce que je fais".

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