Le centre de Bruxelles piétonnier: "Ce serait la mort des commerces"

Rendre le centre-ville de Bruxelles aux piétons, c'était la revendication des manifestants de pic-nic Brussels le 9 juin dernier
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Rendre le centre-ville de Bruxelles aux piétons, c'était la revendication des manifestants de pic-nic Brussels le 9 juin dernier - © BRUNO FAHY - BELGA

Le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS) annonce un piétonnier boulevard Anspach entre la place De Brouckère et la Bourse. Yvan Mayeur veut une décision pour la fin du mois. Touring et une association de commerçants se montrent inquiets quant à la création d'un tel projet qui desservirait les commerces, ce que dément Picnic The Streets. Ecolo, dans l'opposition, se méfie.

Derrière cette sortie médiatique dans Le Soir de jeudi, il y a une idée qui n'est pas neuve, la majorité libérale-socialiste avait annoncé cette intention il y a plus de six mois. Mais ce ne sera pas moins une petite révolution au centre de Bruxelles.

Place De Brouckère sans voitures, place de la Bourse sans voitures, et entre les deux, pas de circulation automobile non plus. C'est le centre du centre de Bruxelles qui sera dédié aux piétons. Avec, du coup, plus de fluidité dans les déplacements des piétons entre la Grand-Place et Sainte-Catherine. Mais c'est la fin d'une voie royale pour voitures, un axe direct entre les gares du Nord et du Midi.

"Il faut décider vite sinon je sais ce qui va se passer. On va être confronté à un tas d'experts et de comités qui vont donner leur avis bien entendu négatif. Sans compter les procédures légales qui sont une vraie partie de plaisir", a précisé dans Le Soir le bourgmestre socialiste qui souhaite avancer par étapes.

Mais on ne sacrifie pas facilement un tel axe de passage. Toute la circulation du centre-ville doit être repensée : comment traverser ce boulevard en voiture, et où ? Un bureau d'étude avait été chargé, en mai, d'évaluer l'impact d'un tel changement et de proposer des solutions aux bouchons qui se profilent.

L'idée en tout cas, exposée clairement dans l'accord de majorité de la ville, c'est de diminuer le trafic automobile au centre ce qui implique de le reporter sur la petite ceinture. Cette fameuse petite ceinture déjà bien embouteillée et dont la Région a réduit par endroit le nombre de bandes pour y placer une piste cyclable.

Ecolo attend du concret

Dans Le Soir encore, Marie Nagy (Ecolo) réagit en demandant à voir : "Il est temps d’agir. Depuis 2006, il y a des projets pour réaménager le centre-ville de Bruxelles". "Il faut le faire, mais avec un projet concret. Je demande donc qu’Yvan Mayeur réalise ce projet. Pourtant, beaucoup de choses restent à faire, notamment pour la sauvegarde des habitants et des commerces. Que faire pour la livraison des marchandises par exemple ? De même pour les transports en commun, les bus passent par ces grands boulevards".

La conseillère Ecolo propose de travailler par étapes "en fermant provisoirement quelques places, pour voir ce qu’il ressort de l’expérience" et en réaménageant le centre-ville.

Touring et les commerçants du centre-ville flinguent le projet

L'association de mobilité Touring et le Groupement des commerçants du centre-ville de Bruxelles sont en colère : "Nous sommes contre le fait de couper dans les grands axes", pointe Isabelle Norro, de Touring, qui insiste principalement sur l'importance économique du boulevard. "La campagne est à la campagne, et une ville reste une ville", résume-t-elle. "La ville est tout d'abord un centre économique."

Une même inquiétude concernant les commerces est exprimée du côté du Groupement des commerçants du centre-ville. "Ce projet de piétonnier, ce serait la mort des commerces", tranche Alain Berlinblau, président de l'association. "Il y a déjà très peu d'axes de pénétration menant au centre-ville. Et nous savons que 60% de la clientèle des commerces d'Anspach vient faire ses courses en voiture".

Tous deux se montrent très critiques quant à la volonté d'Yvan Mayeur de prendre une décision au plus vite, par crainte que le projet soit ralenti par "un tas d'experts et de comités qui vont donner leur avis bien entendu négatif" ou des "procédures légales qui sont une vraie partie de plaisir". "Nous lui rappelons que nous sommes une démocratie", lance Isabelle Norro. "Aucune décision ne peut être prise concernant le centre-ville sans que toutes les éventuelles conséquences aient été analysées". Alain Berlinblau confirme quant à lui que le groupement des commerçants n'a pas (encore ?) été consulté.

Picnic The Streets prudent

Le mouvement Picnic The Streets qui avait organisé de sit-ins à la Bourse pour demander un piétonnier se dit "content" dans Le Soir, mais "espère que le résultat sera là".

Le philosophe de l’UCL Philippe Van Parijs à l'origine du mouvement souhaite que le bourgmestre "communique ouvertement (...) La seule crainte qu’on ait, c’est que les gens ne suivront pas directement et que l’opposition attaquera de suite en disant : 'Vous voyez, ça ne marche pas'. Il faut un plan global (...). Il faut aussi veiller à ce qu’il y ait aussi moins de voitures en ville en général. Sinon, tous les conducteurs vont se rabattre dans la rue de Laeken et la rue Van Artevelde".

Philippe Van Parijs juge aussi les critiques de commerçants "insensées" et basée "sur un chiffre faux en disant que 60 % des gens viennent en voiture en ville", citant les chiffres d'Atrium qui donne 14% de chalands motorisés.

RTBF avec Belga


 

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