Avec Charleroi, un célèbre photographe italien remporte un prix mondial

Giovanni Troilo
Giovanni Troilo - © www.giovannitroilo.com

Il s’appelle Giovanni Troilo. Il est Italien, photographe et il vient d’obtenir un prix prestigieux dans la catégorie "Histoires" ("Stories") du "World Press Photo" avec un de ses reportages. Une série de clichés réalisée en 2014 à Charleroi.

Giovanni Troilo a 33 ans et n’est pas un inconnu dans les domaines de la photo, du cinéma et de la publicité. Il s’est passionné pour l’art du cliché dès son adolescence et, en une quinzaine d’années, il a travaillé pour des firmes commerciales comme Nike, Versace, Saab ou Redbull. Il a aussi réalisé quelques documentaires pour des chaînes de télé comme la Rai, la 7 ou History Channel.

En 1956, une partie de la famille de Troilo a déménagé dans la région de Charleroi pour travailler dans la sidérurgie. Ce sont ces racines qui ont poussé le photographe à venir à Charleroi en 2014 pour voir comment les choses avaient changé et photographier le présent de cette terre promise où deux générations ont grandi depuis.

Pour lui, Charleroi est apparu comme une ville, voire une région, sinistrée. Il parle d’une aide sociale qui fait désormais partie de la vie des citoyens, d’un chômage stagnant, de la régression du bien-être, de la criminalité, des routes défoncées et des paysages industriels recouverts d’une végétation spontanée. Et, de ce portrait, il fait un rapprochement avec ce qui se passe, dans une autre mesure, à l’échelle de l’Europe. Et, face aux populations réunies jadis pour un travail qui n’existe plus actuellement, le photographe pose des questions pas forcément négatives : " Y-a-t-il un sens à rester ensemble quand la mission initiale a presque raté ? Est-il possible d’obtenir une autre chance ? C’est la question pour l’Europe, c’est la question pour Charleroi, le cœur sombre de l’Europe. "

Un reportage intrigant voire provocant

Pour son reportage photographique, Giovanni Troilo s’est donc laissé inspirer par les traces d’un passé industriel lourd qui zèbrent le paysage et par le cœur des habitants de certains quartiers carolos. " Le Cœur sombre de l’Europe " est un reportage où le scénario met en scène des photos sensibles mais très sombres, à la fois intrigantes et provocantes.

Parmi elles, il y a celle-là, aux couleurs étranges, où sont alignées quatre petites maisons ouvrières en briques avec des toitures sombres et un ciel rouge dans lequel une conduite de gaz énorme passe. Vous pouvez visionner cette photo en cliquant sur le lien ICI. C’est un paysage désolé qui rappellera bien des choses à ceux qui vivent à Charleroi, où à Liège d’ailleurs, et qui sont familiers de ces scories du passé qui ne sont pas que laides quand on les a connues vivantes.

C’est sans doute ce qu’avait parfaitement perçu Giovanni Troilo, qui avait traîné son appareil photo dans Charleroi il y a quelques mois, et qui s’en félicite aujourd’hui : le voilà récompensé d’un des prix les plus prestigieux de la photographie mondiale.

Alain Vaessen, Daniel Barbieux

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