Auderghem, la paisible, à l'aube de grands chamboulements

Auderghem est à l'aube d'une métamorphose urbanistique
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Auderghem est à l'aube d'une métamorphose urbanistique - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

On la dit discrète. Parfois même qu’elle ronronne. Il est vrai que la commune d’Auderghem, près de 34.000 habitants, est rarement sous le feu des projecteurs. Cette porte Sud de Bruxelles se plaît à revendiquer son côté villageois et vert (Forêt de Soignes, Rouge Cloître etc…) à quelques pas du centre de la capitale. C’est aussi un territoire coupé en deux, par le viaduc Herrmann-Debroux, qui a montré des signes de faiblesse en octobre 2017. Une commune qui changera de visage ces prochaines années.

Quelles sont les forces en présence ?

Auderghem, c’est le bastion du parti Défi et cela, depuis des dizaines d’années. Didier Gosuin, par ailleurs ministre bruxellois de l’emploi et de l’économie en est le bourgmestre empêché. Il fait partie du paysage politique depuis plus de 40 ans : tout d’abord échevin, puis bourgmestre depuis plus de 20 ans. En 2012, Défi (ex-FDF) remporte haut la main les élections (avec 64 %). Il s’associe avec le petit cartel néerlandophone Samen pour constituer sa majorité. Majorité confortable (23 sièges sur 31). Dans l’opposition, on retrouve principalement Ecolo (deuxième force politique de la commune) et le parti socialiste. Depuis 2014 et son poste de ministre régional, Didier Gosuin a passé le témoin à Christophe Magdalijns, la quarantaine. Il est le bourgmestre faisant fonction de la commune. 

Didier Gosuin plutôt que la nouvelle génération 

Le suspense à Auderghem, il résidait dans cette question : Qui allait emmener la liste de la Liste du Bourgmestre aux élections communales ? Didier Gosuin répétait qu'il voulait passer le flambeau à "la nouvelle génération". Et pour cela, il avait misé sur Christophe Magdalijns, bourgmestre faisant fonction. Sauf que ce dernier hésitait. En décembre dernier, il expliquait : " J’ai une vie professionnelle [il est inspecteur des finances], une activité communale et je pourrais avoir d’autres ambitions, à un autre niveau de pouvoir ". Avec le décumul des fonctions que défend DéFI, il devait choisir. Début 2018, c'est fait. Ce ne sera pas le maïorat. Quelques jours plus tard, Didier Gosuin se déclare candidat, un peu contraint et forcé: "Il n'y a pas la volonté, en tous cas, dans le chef de la nouvelle génération, d'assumer ce rôle de tête de liste et de devenir bourgmestre de plein exercice. Je respecte ces décisions. Et donc évidemment que j'ai une dette à l'égard de ma commune et j'ai décidé et les militants ont décidé de faire de moi la tête de liste aux communales".

Bilan de la majorité : exister face à la région bruxelloise  

A Auderghem, il n’y a pas de grandes dissonances entre la majorité et l’opposition. Tout le monde s’accorde à dire que le bilan de l’équipe en place est positif.

Du côté de la majorité, la commune défend sa vision à long terme.

Auderghem va vivre une grande métamorphose ces prochaines années, avec une réorganisation complète de l’axe de pénétration E411. La commune s’y prépare. " Notre force, c’est l’anticipation ", dit Didier Gosuin. " Il y a plus de 10 ans, nous avons lancé ce projet de réaménagement du viaduc Herrmann-Debroux. Tant mieux si c’est devenu un débat généralisé, à l’échelle de la région bruxelloise ". La commune veut être un gouvernail pour ces projets d’envergure et l’une des priorités, dit-elle, c’est de se faire entendre auprès de la région bruxelloise. Christophe Magdalijns explique : " La valeur ajoutée de la commune, c’est la compréhension du terrain. On a la capacité de relayer les besoins et les attentes des Auderghemois. On peut expliquer les enjeux, les risques. Et si avec la région, on travaille ensemble de manière positive, on ira vers des projets heureux ".

La majorité pointe aussi du doigt l’installation du nouvel hôpital CHIREC à Delta. La commune a porté le projet, elle a " dégagé le terrain ". Et selon elle, elle été un bon partenaire, ce qui a participé à la réussite de cette implantation.

Au-delà de ces grands projets, la majorité souligne les enjeux de politique locale courante :

  • Les infrastructures : rénovation de trois écoles et trois crèches, une quatrième en cours. En deux législatures, la commune dit avoir augmenté de plus de 200 les places dans les écoles en maternelle. Auderghem compte la première école en immersion dès la maternelle. La majorité veut " miser sur la jeunesse, l’avenir".
  • Urbanisme : le logement remplace petit à petit une partie des bureaux à Auderghem. La volonté était de lutter contre le vide commercial sur la Chaussée de Wavre.
  • La criminalité est en baisse (Mais comme partout ailleurs).
  • Et la commune se vante d’être bien gérée, les finances sont en équilibre et dans le même temps, " nous avons le taux d’imposition le plus bas de la région bruxelloise ".

Le point de vue de l’opposition : " le conseil communal dure en moyenne 30 minutes "

L’opposition souligne le bon travail de la majorité. Les relations sont constructives, mais Ecolo pointe du doigt plusieurs points noirs :

  • La mobilité : A Auderghem, " c’est le tout à la voiture ". Il y a encore du travail à faire en termes d’aménagement de pistes cyclables et de sécurité routière, selon Elise Willame, tête de liste Ecolo. Or, le réaménagement de la Porte Sud de Bruxelles est une opportunité pour tout repenser. 
  • La gouvernance : le conseil communal dure en moyenne 30 minutes, " si l’opposition intervient ". Tout est décidé en collège ou en commission et Ecolo le regrette. "Il n’y pas de déni de démocratie, on pose les questions que l’on veut, mais tout semble cadenassé. Il y a assez peu d’interpellation citoyenne." Pour reconnecter le citoyen avec la vie politique locale, Ecolo a proposé que les séances du conseil communal soient filmées et diffusées en streaming.
  • Développement durable : Ecolo considère que la commune est un peu à la traîne, en termes de développement durable. Un exemple : le cahier des charges pour les cantines scolaires manque d’ambition. L’Agenda 21 vient seulement de commencer, parce que les subsides viennent d’arriver. C’est souvent comme cela à Auderghem, " on attend les subsides avant de se lancer ", regrette Elise Willame

La nouvelle liste libérale MR-Open VLD, emmenée par Jeremy Van Gorp, espère elle, redynamiser les quartiers et créer une place communale. "C'est mort, le centre d'Auderghem. Il faut que ça bouge, la majorité est écrasante, il faut apporter de nouvelles idées. Cela fait 8 mois que l'on rencontre les Auderghemois, que l'on fait du porte-à-porte. Il faut aussi aider les commerçants, plus d'accompagnement". 

En 2018 : de 5 à 8 listes déposées 

En résumé, à Auderghem, la grande question qui se pose, c'est qui exercera réellement le mandat de bourgmestre? Didier Gosuin est toujours ministre bruxellois de l'emploi et de l'économie et il a dit qu'il irait jusqu'au bout de la législature, soit jusqu'en mai 2019. Il faudra donc désigner un bourgmestre pour faire la liaison entre les deux élections. Qui? Peut-être Sophie De Vos, deuxième sur la liste du Bourgmestre. Et ensuite? Est-ce que Didier Gosuin redeviendra bourgmestre? Il nous l'assure. Sauf "si la nouvelle génération se sent prête à reprendre le flambeau"... Comprenez: L'heure de la vraie décision, ce sera plus tard, à l'aube du scrutin régional. 

Une dernière question, si DéFI gagne les élections avec une majorité absolue, comme en 2012 et 2018, la liste va-t-elle s'ouvrir à d'autres partis? 
Depuis, le paysage politique a changé. De 5 listes, on passe à 8 listes déposées. A côté d'Ecolo, du PS, de Samen, il y a de nouvelles listes: la Liste citoyenne 1160 avec notamment quelques candidats CDH, le MR qui se désolidarise de DéFI et lance son propre programme. Enfin, la NVA et le PP ont aussi déposé une liste, mais elles ne sont pas complètes. 

Ecolo ne cache pas son envie de monter dans la majorité, avec qui ça se passe bien. Comme la liste MR-Open VLD, le parti a un atout, des candidats néerlandophones.

Bref, Auderghem ronronne peut-être. Mais elle est à l’aube d’une grande métamorphose urbanistique... 

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