Ath : "Je dois être un peu fou pour avoir accepté ce challenge, mais aucun regret"

Bruno Lefèbvre
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Bruno Lefèbvre - © Charlotte Legrand

Il y a un an tout juste, Bruno Lefèbvre (PS) remportait les élections dans la Cité des Géants. Un fameux pari pour l’ancien bourgmestre de Chièvres, confronté au bourgmestre sortant Marc Duvivier. Confronté aussi à des défis de taille. Le premier : redresser les finances, dans le rouge.

Dans ses rêves les plus fous, Bruno Lefèbvre doit imaginer qu'il découvre un trésor, un gigantesque trésor, avec lequel il pourrait immédiatement renflouer les caisses de la ville. Aujourd’hui encore, certains se demandent comment il a pu quitter la commune de Chièvres, "c’est sûr, c’était plus confortable", sourit le jeune bourgmestre. "J’ai sans doute un côté un peu fou, mais le défi est tellement beau… Ça valait le coup, c’est certain".

Les comptes sont toujours dans le rouge, mais de nouvelles balises ont été fixées. "La ville d’Ath ne doit plus vivre au-dessus de ses moyens. C’est la première chose. Ensuite, toute une série de plans ont été adoptés : un plan de gestion, un plan stratégique. C’est un travail considérable, il reprend l’ensemble des services de la ville, les patrimoines etc. Nous avons voulu travailler avec les chefs des différents service, et les personnes qui y travaillent. Cela a été très enrichissant et cela a pu conduire à un plan de gestion crédible. Cela va nous permettre de redresser la situation, et limiter les pertes qui étaient astronomiques quand on est entré dans le jeu ".

Parmi les mesures concrètes annoncées, on trouve par exemple des ventes immobilières. "Nous sommes propriétaires de toute une série de patrimoines qui n’ont parfois aucun sens. Un demi-hectare perdu au milieu d’un champ. Des parties de bois. Des maisons inoccupées". L’organisation des services, parfois disséminés aux quatre coins de la commune, doit être repensée. Quant au personnel qui part à la retraite, chaque départ est soumis à évaluation. Faut-il ou pas le remplacer ? "Il n’y a plus de remplacement systématique". Le spectre du "bain de sang social", brandi lors de la campagne électorale, a cependant été évité. "Certains ont dit que j’allais licencier à tour de bras, supprimer des services, que je ne respecterais pas mes engagements… Vous vous souvenez du climat d’il y a un an… C’était très compliqué. Mais on a tenu notre promesse de ne pas supprimer des emplois, ne pas mettre fin à des services offerts à la population".

Les mentalités et les méthodes de travail ont dû évoluer, pour permettre "d'avancer" malgré tout et d'avoir encore des projets. "Sans cela, il n'y a pas d'avenir pour notre ville!", ponctue Ronny Balcaen, échevin ECOLO de l'environnement, de la mobilité douce, du bien-être animal. "On ne fait pas ceinture sur tous les investissements, mais on regarde en priorité ceux qui sont subsidiés". Il nous cite un projet de nouvelle liaison cycliste (Ath-Blaton), des modernisations à apporter à l'abattoir communal…"en combinant toujours la nécessaire rigueur financière et une volonté d'avancer".
 

De son côté, l’ancien homme fort de la ville, Marc Duvivier est relégué dans l’opposition depuis octobre 2018. Sa formation politique "la Liste Athoise" avait malgré tout obtenu 31% des suffrages, arrivant juste derrière les socialistes (35%) et décrochant...10 sièges. "Mais je ne suis pas amer", affirme-t-il, "c’est le jeu politique". Marc Duvivier n’a toujours pas avalé les reproches qui lui ont été adressés, concernant sa gestion des finances de la ville. "On m’a pointé du doigt, m’accusant de mauvaise gestion, alors que l’un des éléments majeurs permettant d’expliquer les problèmes budgétaires de la ville, c’est cette fameuse cotisation de responsabilisation" (ndlr : l’État fédéral oblige les communes à financer les pensions de son personnel non statutaire, ce qui grève chaque année le budget de plusieurs millions d’euros). Pour l’heure, Marc Duvivier reste au balcon, "j’attends de voir si tout ce qui a été annoncé pendant la campagne se réalise bel et bien". Il donne un carton d’avertissement au nouveau bourgmestre, pour sa mise en application de la "bonne gouvernance". "On avait dit plus de transparence. Or, les membres de mon groupe n’ont pas accès à tous les dossiers, ni à des discussions à huis clos. Parfois nous sommes prévenus à la dernière minute. Nous pourrions amener de bons éléments aux débats". Quant aux mesures mises en place pour récupérer des avoirs financiers, et les ventes de biens immobiliers, là c’est carrément la carte rouge que dégaine l’ex-bourgmestre athois. "A l’heure où le besoin de plus de logements publics se fait sentir, pourquoi aller revendre des immeubles, des terrains ? Pourquoi ne pas rénover, construire, puis toucher des loyers ? Pour moi cela manque de réflexion. On vend pour obtenir des cacahuètes. Cela aurait mérité plus de discussions en conseil communal ! Bien sûr le CRAC est là (ndlr : Centre Régional d’Aide aux Communes – organisme de tutelle), et réclame des actions pressantes, mais faut-il toujours plier devant le CRAC ?". Bref, Marc Duvivier "attend de voir", et met en garde son successeur contre des mesures précipitées, "comme le retrait des ALE des écoles, est-ce réellement une bonne solution ?"

 

Un an après, l’ombre de Marc Duvivier continue de planer sur la ville, mais Bruno Lefèbvre est solidement arrimé à son siège de bourgmestre. Pour asseoir sa popularité, et faire accepter certaines mesures d’économie, il mise sur les rencontres citoyennes, "13 en 10 mois, c’est quand même pas mal". Et le week-end… Pas de secret… Il faut faire le tour des festivités locales. "Je fais le tour des kermesses, un maximum, pour rencontrer les gens, être sur le terrain, expliquer, écouter…'". Dans son bureau, il s’est entouré d’objets glanés lors de sa "première Ducasse", la première en tout cas avec l’écharpe de bourgmestre. "Là ce sont des tresses de géant, ici des cartouches…" Sur l’appui de fenêtre, quelques bouteilles de "Gouyasse" attendent une occasion pour être débouchées. "Je suis content des défis qu’on a déjà relevés, des objectifs vers lesquels on tend et je pense qu’en continuant comme ça, on peut faire de belles choses, pour que la ville d’Ath continue d’être une ville qui rayonne". A lui et son équipe PS-MR-Ecolo de viser juste pour combler au mieux, et au plus vite, les plus gros trous budgétaires. 

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