Assistants médecins au bout du rouleau: une plainte contre le CHU de Liège

De nombreux assistants en médecine dépasseraient le temps légal du travail
De nombreux assistants en médecine dépasseraient le temps légal du travail - © Hamilton Viana Viana - CC0

Travailler 60, 70 ou même 80 heures par semaine. Ce serait le lot de nombreux assistants en médecine, dans les hôpitaux. Les voix qui s'élèvent contre cette pratique sont peu nombreuses. Mais à Liège, un jeune médecin, a décidé de porter l'affaire en justice.

Il s’attaque à son ancien employeur, l’hôpital universitaire de Liège. Il assure qu’au CHU, ses responsables ont voulu l'obliger à travailler plus que ce que prévoit la loi.

Des pressions pour travailler toujours plus

48 heures, c’est en théorie un maximum. Mais dans certains cas, et si l’assistant accepte, le maître de stage peut lui demander d’en faire plus, de travailler jusqu’à 60 heures semaines. Pour cela, il faut signer un avenant au contrat.

Un papier que Sélim Sid, alors assistant en hématologie, refuse de signer. Pour " des raisons personnelles ", il choisit de ne pas aller au-delà des 48 heures légales de travail. Mais selon lui, son employeur n’a pas respecté ce choix. Sélim Sid aurait été victime de pressions, convoqué à plusieurs reprises par des supérieurs, son salaire raboté.

La peur de dire non

Il l’assure : son cas est loin d’être isolé, même si peu osent parler. " Mes collègues signent et se disent que c’est cinq ou six années difficiles à passer, qu’ils auront leur diplôme ensuite, " raconte le jeune médecin qui a depuis changé d’employeur.

Philippe Devos est médecin urgentiste et administrateur à l’ABSYM, un syndicat médical. Le quadragénaire confirme que des pressions existent, qu’en général les étudiants n’osent pas refuser ces heures en plus qu’on leur impose. " Ils ont peur pour leur carrière et peur d’avoir une image de tir au flanc. Il y a une pression évidente ", confirme-t-il. L’urgentiste rappelle aussi que c’est le maître de stage qui donne la note de fin d’année, à l’étudiant. Un 0 sur 20 est si vite arrivé…

Entre jeunes médecins et médecins aguerris, un choc des générations

Mais dans la profession, la problématique ne fait pas l’unanimité. Et ces divergences de vue seraient surtout affaire de génération. Luc Herry est l’un des responsables de l’ABSYM, ce même syndicat de médecins. Selon ce généraliste aguerri, 48 heures de formation par semaine, c’est trop peu pour former un bon médecin. " Le médecin en formation a intérêt à rencontrer un maximum de cas cliniques. Si on limite son temps de travail, on limite aussi son nombre de cas cliniques ", estime ce médecin liégeois. Lui se souvient de ses débuts, en 1980. A l'époque, les médecins "s'arrachaient les gardes". Des gardes certes mieux rémunérées, mais ce sont surtout les modes de vie qui ont changé. Aujourd'hui, dans le couple, les deux travaillent. Les loisirs et la vie de famille prennent de plus en plus de place.

Jeunes médecins, grande détresse

Une solution ? Permettre aux étudiants qui le souhaitent de se limiter aux 48 heures légales, quitte à allonger leurs études si nécessaire. C’est ce que souhaite Philippe Devos. Aujourd’hui maître de stage lui-même, il se souvient avoir souffert de ses années d’assistanat. Et il le martèle : oui, ces horaires à rallonge ont des conséquences... Parfois dramatiques. " Pendant mes cinq années de formation, deux de mes confrères se sont suicidés ", nous confie-t-il. Il évoque aussi les dangers sur la route, avec parfois de longs trajets en voiture, après 24 heures de garde, " puisque les étudiants ne choisissent en général pas l’hôpital où ils sont affectés. "  Le jeune médecin assure encore que les cas de burnout sont fréquents, " un terme qui a d’ailleurs été inventé pour le monde médical ".

Des patients reçus de manière moins humaine

Les patients aussi payent les pots cassés. Philippe Devos tempère : le risque d'erreur médicale reste faible. "Il y a toujours d'autres personnes autour pour vérifier ce qu'on fait", rassure l'urgentiste. Ce qui change surtout, c'est la façon dont le patient sera reçu et entendu : "il va être soigné de manière moins humaine. On n'aura pas envie de l'entendre parler de ses problèmes si on a déjà 24 heures de garde dans les pattes !"

Le tribunal du travail de Liège doit se prononcer au courant du mois de septembre sur le cas de Sélim Sim, l’hématologue qui porte plainte contre le CHU. En attendant le jugement, les responsables de l’hôpital universitaire ne souhaitent pas s’exprimer à ce sujet.

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