Assises du Hainaut: Jean-Gabriel Matterne est accusé d'avoir assassiné Tay Cruz, sa maîtresse enceinte

Jean-Gabriel Matterne est accusé d'avoir assassiné sa maîtresse, Tay Cruz, en mai 2017.
Jean-Gabriel Matterne est accusé d'avoir assassiné sa maîtresse, Tay Cruz, en mai 2017. - © Belga - Virginie Lefour

Jean-Gabriel Matterne, accusé d'avoir assassiné sa maîtresse en mai 2017, a été longuement interrogé lundi matin, au premier jour de son procès devant la Cour d'Assises du Hainaut. L'homme prétend qu'il était prêt à assumer l'enfant qu'attendait Tay Cruz mais que les choses ont dégénéré en avril quand il a découvert qu'elle entretenait encore des relations avec d'autres personnes dans le cadre de son activité de prostitution, tout en étant en séjour illégal sur le territoire.


L'accusé prétend avoir décidé d'assumer cet enfant, «mais je ne voulais pas le reconnaître car j'ai déjà deux autres enfants».  Il ajoute qu'il avait peur que sa compagne l'apprenne car elle ignorait tout de sa double vie.

Les choses ont commencé à se gâter en mars. «Elle est revenue à la charge avec la reconnaissance du bébé, elle trouvait anormal que mes filles aient tout et que le bébé n'ait rien». Le couple a continué à se voir, «mais en avril, je suis tombé de haut car j'ai découvert qu'elle continuait son activité de prostitution».

Le 8 mai 2017, il est allé déjeuner chez Tay. Il l'a droguée avec des somnifères et l'a embarquée dans sa voiture. Il s'est dirigé vers la frontière française. Arrivé à Bléharies, village frontalier, il a étranglé la Brésilienne avant de bouter le feu à son corps, jeté dans un fossé. Vu l'endroit où a été trouvé le corps,  les policiers ont vérifié si des personnes étaient signalées «à rechercher» des deux côtés de la frontière.

Identifiée grâce à ses prothèses mammaires

Le 11 mai, la cousine de Tay Cruz a signalé sa disparition à la police d'Uccle. Au même moment, les policiers fédéraux ont appris que les prothèses mammaires retrouvées par le médecin légiste avaient un numéro de série. Elles étaient uniquement commercialisées au Brésil. Il s'agissait donc bien de la Brésilienne âgée de 38 ans.

La cousine a informé les policiers que Tay avait un petit ami, un certain Jean-Gabriel Matterne, propriétaire de son appartement situé le long de la rue Winston Churchill à Uccle.

Les enquêteurs ont également analysé la téléphonie. Alors que le portable de Jean-Gabriel Matterne n'a pas été actif le 8 mai, de 6h30 à 14h34, ce qui n'est pas habituel chez lui, le numéro de Tay a activé des pylônes en France et en Belgique. La voiture de l'accusé a en outre été filmée dans le village de Bléharies.

La tablette de la victime a aussi été passée au peigne fin. Entre le 18 janvier et son décès, la jeune femme a introduit des mots clés dans la barre de recherche Google qui interprètent son état d'esprit. Femme amoureuse, elle se posait ensuite de nombreuses questions sur sa situation de femme enceinte et en séjour illégal en Belgique.

Cependant, dès le mois de mars, elle a semblé avoir repris des recherches sur le site de rencontres via lequel elle avait rencontré l'accusé. Ces fréquentations ont augmenté en avril et en mai. L'homme prétend qu'il s'est ainsi senti trahi. «Il dit qu'il s'était rendu compte que cela allait provoquer un désastre dans sa famille», raconte la juge d'instruction.

L'épouse de l'accusé ignorait tout de sa double vie

Quelques jours après le meurtre, le 22 mai, Jean-Gabriel Matterne a été arrêté chez lui au petit matin. Son épouse ignorait tout se sa vie extra-conjugale. Selon un policier, elle ne semblait pas comprendre ce qui se passait. «A cause de ma lâcheté, je suis devenu un monstre», a craqué l'accusé dans son box quand le président a évoqué l'état dans lequel a dû se trouver sa compagne, le jour de son arrestation.

Lors de sa première audition chez le juge d'instruction, Jean-Gabriel Matterne a déclaré qu'il s'était rendu compte que la maternité de sa maîtresse allait provoquer un désastre dans sa vie familiale.

La Cour s'interroge donc sur le mobile du crime: se débarrasser d'une femme enceinte et de son enfant ou le fait d'avoir été «pigeonné» par une femme qui continuait à se prostituer? L'accusé soutient la seconde thèse.

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