Assises de Namur: l'accusé est "arrogant, sûr de lui et manipulateur"

Le palais de justice de Namur.
Le palais de justice de Namur. - © RTBF

L’attitude de Daniel Derlet tout au long de l’enquête mais aussi lundi, lors de son interrogatoire au premier jour de son procès, et hier, quand il a refusé de venir à la cour d’assises, en dit long sur sa personnalité. L’homme de 45 ans est accusé d’avoir assassiné son ex-compagne, Carine Ruth, 39 ans, le 4 septembre 2012 à Bois-de-Villers.

"Manipulateur, déplaisant, arrogant, et sûr de lui", c’est ainsi que l’a qualifié la juge d’instruction venue témoigner hier. Daniel Derlet avait déjà fait fort en répondant lundi de manière agacée et insolente lors de son interrogatoire. Hier, il a encore monté d’un cran son manque de respect en refusant la fouille obligatoire à la prison de Lantin avant son transfert vers la cour d’assises de Namur. La cour, le jury, les témoins, les avocats… ont tous attendu patiemment durant une bonne heure dans la salle des pas perdus du palais de justice de Namur que l’accusé accepte enfin la fouille (après d’âpres négociations) et fasse le trajet à bord d’un combi de police pour la suite de son procès.

Après cet incident, le public a dû sortir de la salle pour que la cour puisse visionner à huis clos les auditions vidéo-filmées de Téo, 6 ans, et Zoé, 13 ans, les enfants de Carine Ruth. Le cadet se trouvait dans la salle de bain où sa mère a été abattue d’une balle dans la nuque. Autant dire que le traumatisme était grand pour ce petit garçon qui s’est muré dans son silence. Sa grande sœur était plus loquace et a fourni quelques détails sur ce qu’elle a entendu dans l’appartement le jour des faits. Selon une psychologue qui a discuté avec les enfants, les propos de l’adolescente étaient cohérents et on peut y accorder de la crédibilité. Elle a en outre relevé un grand détachement émotionnel chez la jeune fille qu’elle attribue à un mécanisme de protection.

Comme si l’audience n’avait pas pris assez de retard, une panne de courant généralisée au palais de justice a allongé la liste des couacs. Heureusement, tout est rapidement rentré dans l’ordre et les autres témoins ont pu être entendus. On retiendra notamment le témoignage de la juge d’instruction qui assimile le comportement de Daniel Derlet à celui du pédophile et tueur, Michel Fourniret, pour son caractère glacial, insolent, je-m’en-foutiste, dépourvu de tristesse ou de regret. Elle considère que c’est un menteur et un grand manipulateur capable de "balader" les enquêteurs en disant par exemple qu’il a jeté son arme dans la Sambre alors qu’après des recherches longues et coûteuses, elle n’a jamais été retrouvée. "Il cherche à imposer sa manière de fonctionner et de penser à ses interlocuteurs", a-t-elle expliqué. Daniel Derlet est décrit comme narcissique, égocentrique, et il faut parfois longuement parlementer pour qu’il daigne faire ce qu’on lui demande. "Il est allé jusqu’à me faire téléphoner à la prison où il était incarcéré pour que je le convainque de participer à la reconstitution", a ajouté la juge d’instruction qui n’en revenait toujours pas. Plusieurs fois lors de l’instruction, l’accusé lui a parlé sur un ton très désagréable. "Ça voulait vraiment dire ‘Allez vous faire voir’ !", a-t-elle confié. Ce qui est sûr, c’est que cette attitude fera encore moins peser la balance de son côté lorsque les jurés devront trancher sur la culpabilité en fin de semaine.

Julie Douxfils

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