Assises de Namur: Carine Ruth, "victime d'une exécution" (parties civiles)

Maîtres Balleux et Devaux représentent la famille de la victime.
Maîtres Balleux et Devaux représentent la famille de la victime. - © SOPHIE KIP - BELGA

Daniel Derlet "a procédé froidement et de manière réfléchie a l'exécution de Carine Ruth", a souligné Me Devaux, avocat des parties civiles jeudi matin lors du procès de cet homme devant la cour d'assises de Namur. Daniel Derlet est accusé d'avoir assassiné Carine Ruth, 39 ans, le 4 septembre 2012 à Bois-de-Villers.

La préméditation ne fait aucun doute selon l'avocat des parties civiles: "A 19h15, quand il est dans la voiture, avec l'arme dans sa ceinture et qu'il démarre pour la rue Jules Borbouse, il est résolu à l'abattre. L'adresse est encodée dans le GPS et il va chez elle sans détour. A 19h30, le véhicule est aperçu au night-shop de Bois-de-Villers. Les faits durent trois minutes, il rentre par la porte-fenêtre, arme le chien du fusil, tue Carine Ruth et, dix minutes plus tard, il est déjà en route. Le déroulement des faits est indiscutable."

Daniel Derlet a fait preuve d'une "froide détermination". "Il ne lui a laissé aucune chance. Il s'agit d'un acte lâche. C'est un fait: Carine Ruth tournait le dos à l'agresseur qui lui a tiré une balle dans la nuque", a expliqué Me Devaux.

Comme l'ont révélé les témoignages de ses amies mercredi, Carine Ruth savait que cela finirait de cette manière, "un peu comme un condamné à mort", analyse l'avocat des parties civiles. "Il est capable de tout, même de me tuer de ses mains", avait-elle indiqué dans un mail à un ami peu après avoir subi des menaces. En mai 2012, Daniel Derlet, qui nie les faits, lui aurait tendu une arme en disant: "Tue-toi, ça vaudra mieux pour tout le monde". "Il envisage la mort de sa compagne comme une solution", a constaté Me Devaux.

Cette mère de famille était "une proie pour le chat", fragilisée sur le plan affectif lorsqu'elle a rencontré Daniel Derlet. "Cette soif que nous avons tous d'aimer et d'être aimé occupait une place particulière dans sa vie avec cette blessure qu'est la mort de Sandra, sa soeur, dans un accident de voiture", a expliqué Me Devaux.

L'avocat des parties civiles a révélé le "même schéma indéniable" dans lequel s'inscrivait l'accusé dans ses relations avec les femmes, à savoir la rencontre de "personnes vulnérables ou qu'il rend vulnérables, qu'il met en position de faiblesse" à qui, après "un climat idyllique", il montrait "sa vraie personnalité".

Daniel Derlet a été décrit par les experts comme quelqu'un de narcissique, à l'égocentrisme exacerbé, incapable d'empathie qui cherche chez l'autre "ce qu'il peut lui prendre et qui n'est jamais dans une relation authentique" avec les autres. "Il ne reconnaît pas l'altérité, et particulièrement l'altérité féminine. Quand on lui résiste, et particulièrement quand c'est une femme qu'il considère comme un être faible, cela le frustre et sa violence contenue grandit, lui qui n'a aucune résistance à la frustration", a précisé Me Devaux.

L'avocat des parties civiles a également mentionné l'attitude proche de la perversité et la quasi-obsession sexuelle de l'accusé "qui n'accepte pas qu'on lui dise non".

"Daniel Derlet n'a aucune prise de conscience, aucune remise en question, aucun regret. C'est Fourniret que la juge d'instruction a interrogé, un homme glacial qui veut tout contrôler. S'il reconnaît les faits, il les minimise, il n'est pas sincère, il ne joue pas carte sur table. Et deux ans après les faits, il n'a pas évolué. Je pense qu'il doit en assumer lourdement les conséquences", a poursuivi l'avocat des parties civiles.

Me Devaux a clôturé sa plaidoirie en rendant hommage à "l'extraordinaire dignité" des proches de Carine Ruth et en émettant le voeu que l'amour de cette mère de famille pour les autres "accompagne ses enfants et toute la famille tout au long de leur vie".

Le procès se poursuit jeudi avec le réquisitoire de l'avocat général et la plaidoirie de la défense.

Belga

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