Assassinat de Sadia Sheikh: les parents à nouveau devant les Assises

Le père et la mère de Sadia avaient écopé de 25 et 20 ans de prison lors du premier procès aux Assises.
Le père et la mère de Sadia avaient écopé de 25 et 20 ans de prison lors du premier procès aux Assises. - © Belga

Pour ce deuxième procès, les parents de Sadia Sheikh vont devoir répondre, devant la cour d’assises de Namur, de l'accusation d'avoir été co-auteurs ou complices de l'assassinat de leur fille en octobre 2007, à Lodelinsart, avec la circonstance aggravante qu'il s'agissait d'un crime d'honneur.

Pour rappel, Sadia, 20 ans, a été tuée par son frère, avec l'aide de sa sœur cadette, parce qu'elle refusait un mariage arrangé au Pakistan. Devant la cour d'assises de Mons, voici un an, les parents avaient été condamnés à de lourdes peines, mais la cour de cassation a cassé l'arrêt les concernant pour raisons techniques.

Bien qu'il n'y ait aucune preuve matérielle contre eux, le père et la mère de Sadia avaient écopé de 25 et 20 ans de prison. Le jury avait estimé qu'il y avait un faisceau de présomptions suffisant à leur égard, et accréditait l'hypothèse d'un complot familial. Ce que réfute Michel Bouchat, l’avocat du père de Sadia, Mahmood Sheikh Tariq. "La vérité judiciaire, elle est de dire qu’un garçon et sa sœur ont participé à la commission d’un crime. Quels sont les membres de la famille que vous intégrez dans le complot familial ? La famille au sens large ? Au sens étroit ?"

Vincent Dussaucy, l'avocat de Parveen Zahida, la mère, estime qu'on est dans le procès d'intention. "Celle-ci est évidemment considérée comme présumée coupable. Maintenant, le principe qui prévaut, c’est la présomption d’innocence. Il appartiendra évidemment à l’accusation d’avancer des éléments de preuve plus solides que ceux retenus par le jury de la cour d’assises de Mons."

Les deux accusés dorment en prison depuis 1 an. Une épreuve difficile pour ce couple âgé dont deux des enfants sont aussi incarcérés. "Il espère beaucoup de ce second procès, déclare Michel Bouchat (avocat du père). Mais on sent que c’est un homme très fatigué et cela se ressent dans son comportement."

Mudusar et Sariya n'ont pas contesté leur condamnation, ils viendront au procès en tant que témoins cette fois. Le procès, lui, devrait durer trois semaines.

L'audience de ce lundi

Le procès s'est poursuivi ce lundi par la lecture des actes de défense par Me Bouchat et Me Dusaucy.

En cassant l'arrêt rendu le 12 décembre 2011 par la cour d'assises du Hainaut, la cour de cassation a remis en cause les motivations invoquées par les jurés pour décider. Elle a considéré que les parents ne pouvaient pas être condamnés comme auteurs/co-auteurs et en même temps comme complices des faits.
Me Dusaucy a notamment déploré la mise en détention de sa cliente depuis le 9 décembre 2011. Pour lui, "C'est un statut bien inconfortable pour une personne toujours présumée innocente. Elle n'avait jamais été détenue depuis les faits d'octobre 2007 et avait comparu libre aux assises de Mons".
Me Bouchat a quant à lui insisté sur la rigueur de raisonnement et d'analyse dont devront faire preuve les jurés. "Rendre la justice n'est pas une affaire de sentiments", a-t-il commenté, ajoutant que Mahmood Sheikh Tariq était toujours présumé innocent. Ce dernier a ensuite pris la parole lors de son interrogatoire.

Christine Borowiak et Belga

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