ASBL La Rambarde: "Il faut indemniser plus vite les victimes de la route"

Michèle Descamps, accidentée de la route et fondatrice de l'asbl La Rambarde
Michèle Descamps, accidentée de la route et fondatrice de l'asbl La Rambarde - © RTBF

Sa vie a basculé il y a bientôt six ans, le 23 juillet 2013. Ce jour-là, Michèle Descamps est seule au volant de sa voiture et se rend chez une amie. Soudain, à la sortie du village de Grez-Doiceau (Province du Brabant wallon), un bus TEC venant en sens inverse dévie de sa trajectoire, percute de plein fouet la camionnette devant elle et vient rebondir sur son véhicule avant de s'encastrer dans un muret. Le chauffeur de la camionnette trouvera la mort, le conducteur du bus en sortira indemne, Michèle Descamps, elle, en réchappera mais avec de graves blessures qui la font toujours souffrir aujourd'hui.

La jambe gauche brisée, un accident vasculaire cérébral dans l'ambulance, Michèle Descamps passe de longs mois en hôpital puis en centre de rééducation : "Quand je me suis réveillée, j'ai dû tout réapprendre : calculer, me laver, m'habiller, marcher... J'étais vraiment comme un bébé à qui on devait tout enseigner". Très vite, elle réalise qu'elle pourra difficilement mener la même vie qu'avant l'accident. Comment chanter dans une chorale quand on a déjà du mal à parler ? Comment s'asseoir dans l'herbe ou sur la plage quand on ne sait plus plier les jambes ?

Seule, face à une pile de documents

Elle finit bien par sortir et réintégrer sa maison, mais aux douleurs physique et psychologique viennent alors se greffer d'autres ennuis. "Quand vous êtes hospitalisé, vous êtes comme dans un cocon. Mais quand vous sortez, vous devez assumer tous vos problèmes et il n'y a plus personne pour vous aider !" Michèle Descamps est amenée à lire et à remplir de nombreux formulaires et à entamer une quantité impressionnante de démarches administratives ; elle doit faire reconnaître son handicap par la sécurité sociale, faire intervenir les assurances, trouver un avocat pour le procès à venir etc. "Certains documents sont difficiles à comprendre. Pour moi, c'était déjà très compliqué, alors imaginez pour quelqu'un qui a vraiment perdu tous ses moyens... Est-ce qu'on ne pourrait pas simplifier la façon dont ces documents sont rédigés ? C'est un obstacle énorme alors qu'on souffre déjà tellement de notre situation."

Autre complication, son handicap lui coûte cher et elle n'a pas les reins assez solides pour financer ces nouvelles dépenses. "Ma mutuelle me versait bien un certain montant mais c'était largement insuffisant... Une fois que vous avez payé votre loyer, vos factures et vos soins, il ne vous reste plus rien, même pas de quoi manger correctement. J'ai dû aller au CPAS pour demander de l'aide et voilà comment après tout ça je me suis retrouvée dans la précarité."

En tant que victime, elle aurait pu prétendre à des indemnités mais pas avant que toute la procédure ne soit terminée devant les tribunaux, ce qui peut prendre plusieurs années selon les délais de la Justice. "Vous pouvez avoir l'indemnité, mais si vous n'allez pas jusqu'au jugement final, vous risquez de devoir tout rembourser. C'est pour ça que beaucoup de gens arrêtent en cours de route, parce qu'ils ne veulent pas courir ce risque ou parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer un avocat." 

Témoigner pour aider les autres

Aujourd'hui, Michèle Descamps va un peu mieux. Elle a retrouvé sa capacité à se déplacer et à conduire seule, même si elle ne se sépare plus de ses béquilles ; elle peut à nouveau s'exprimer et se faire comprendre, même si parler longtemps la fatigue ; elle peut à nouveau penser à l'avenir, même si demain lui paraît encore lointain. Sa douloureuse expérience, Michèle Descamps veut à présent en faire profiter les autres accidentés de la route. Avec Françoise, l'ex-compagne du chauffeur décédé dans le même accident, devenue une amie et une confidente, elles ont créé l'asbl La Rambarde, "comme une rambarde à laquelle on s'accroche quand on risque de tomber" nous souffle-t-elle. "Ce qu'on veut faire, c'est accompagner les personnes déboussolées par leur accident. Par exemple, les aider à classer les documents qu'on risque de leur demander des années plus tard. Les aider à trouver un avocat, ce genre de choses."

Michèle Descamps espère aussi susciter un débat sur le statut de victime dans la société. Elle estime qu'on accorde trop d'attention aux auteurs présumés d'un accident de la route et pas assez à ceux qui en subissent les conséquences, quelles que soient les responsabilités de chacun devant la Justice. "Pour moi, il faudrait changer la loi, il faudrait que les victimes soient reconnues plus rapidement comme telles. Elles souffrent dans leur chair donc on ne doit pas leur dire, comme je l'ai entendu dans la bouche d'un juge, qu'elles recevront l'argent plus tard. Ce n'est pas 'plus tard' qu'elles en ont besoin, c'est 'maintenant' qu'elles doivent se soigner. J'entends qu'il y a des gens qui attendent parfois cinq, dix ou même quinze ans, c'est aberrant !"

Un témoignage à retrouver dans un livre intitulé Manou Boum, la triple peine des victimes d'accidents de la route, Michèle Descamps, 2018, La Rambarde asbl

 

 

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