Arkose, le géant français des murs d’escalade va ouvrir une salle de 2800 mètres carrés à Bruxelles

2800 mètres carrés, 170 mètres de murs, 200 blocs. Mais aussi une cantine, un magasin dit responsable, une zone yoga, une brasserie locale qui produira la Oskare, un rooftop, une scène, un coin expositions pour les artistes, une bibliothèque et un coin TV… Tout ce qu’il faut pour monter aux murs et "chiller".

Nous sommes à l’Allée verte 52, dans les anciens bureaux/dépôt de JC Decaux. Le leader de l’affichage et du mobilier urbain publicitaire a déserté avant la crise sanitaire son immense hangar coincé entre Tour et Taxis et la Gare du Nord pour la périphérie. Le nouveau locataire se nomme Arkose, une société française fondée en 2013 par quatre associés : Samy Camarzana, Steve Guillou, Grégoire de Belmont et Lyes Mekesser. Leur but : rendre l’escalade accessible à tous dans un cadre durable et respectueux de l’environnement.

L’espace Arkose en cours d’aménagement dans le quartier du canal à Bruxelles présente un concept alternatif et des dimensions hors normes. Le chantier suit son cours et devrait, lorsqu’il sera terminé, ravir les amateurs de grimpe et d’escalade ainsi que toutes celles et ceux qui gravitent autour de cette discipline. Inauguration prévue, si les mesures Covid le permettent, le 15 juin prochain.

Arkose a ouvert son premier "blocpark", une salle d’escalade avec des murs limités à 4,5 mètres, à Montreuil, en région parisienne. La suite ? Un développement éclair. Arkose, c’est aujourd’hui 18 sites dans 12 villes de France. Et bientôt dans la capitale de l’Europe. Bruxelles devrait être la vitrine internationale pour ce groupe de plus de 300 salariés et dont le chiffre d’affaires (exercice 2018) dépasse les 16 millions d’euros. Chaque année, 1,2 million de grimpeurs fréquentent les salles Arkose.

Les salles Arkose sont de véritables lieux de vie

Combien seront-ils en Belgique, dans un site qui présente des dimensions bien plus grandes que la plus grande salle française ? Le succès sera-t-il au rendez-vous ? "Ce véritable lieu de vie" comme le présente Arkose est censé attirer une clientèle urbaine, branchée, soucieuse de son environnement et connectée.

Comme nous l’explique Grégoire de Belmont, l’un des fondateurs, "au lieu d’être des salles de sports classiques, les salles Arkose sont de véritables lieux de vie, organisés autour d’une pratique sportive qui est l’escalade de bloc, l’une des disciplines de l’escalade, sans corde, sans baudrier, sur des murs par très hauts avec des tapis assez gros au sol. C’est une activité ludique, ouverte à tous et conviviale. On profite du sport pour créer du lien social. Les salles Arkose sont toutes organisées pour maximiser ces moments de convivialité. On propose de la restauration locale, un bar avec des boissons locales, un espace enfant… On va passer un moment qui va s’étendre au-delà de la pratique."

Un investissement de deux millions d’euros

Après la France, place au développement à l’étranger. Il y a deux ans, Arkose a levé 10 millions d’euros gravir le marché européen qui passe d’abord par Bruxelles qui accueillera la plus grande salle de l’entreprise où l’ensemble du concept, des blocs à la brasserie artisanale et locale, la cantine, le shop, au rooftop, en passant par le coin yoga, sera intégré.

"C’est notre plus grande salle et de très loin. L’investissement est conséquent à Bruxelles et s’élève à deux millions d’euros", nous dit Grégoire de Belmont qui espère recruter une quarantaine de collaborateurs.

300 à 600 grimpeurs par jour

Pour quels résultats espérés ? "L’escalade est un sport en forte croissance. A Bruxelles, il y a assez peu de salles sur un concept un peu moderne. Il existe une offre mais assez ancienne. Notre offre est neuve et va intéresser au-delà du cercle de grimpeurs déjà existant à Bruxelles. On peut donc raisonnablement tabler sur une fréquentation de 300 à 600 grimpeurs par jour sur la première année, sachant qu’on sera ouvert sept jours sur sept, de 8h à minuit."

Mais comme Basic-Fit dans le monde du fitness qui a tué les petites salles, Arkose ne va-t-il pas écraser ses concurrents souvent présents en Belgique et à Bruxelles en particulier depuis parfois des dizaines d’années ? Pour le Club Alpin belge, la fédération francophone d’escalade, d’alpinisme et de randonnée, il y a du pour et du contre à l’ouverture d’un Arkose à Bruxelles. Florian Delcoigne, grimpeur depuis 15 ans, est administrateur de la fédération. Il prévoit lui aussi d'ouvrir sa propre salle, à Ixelles.

Actuellement, toutes les salles sont saturées

"De manière générale, c’est une bonne nouvelle. Arkose est un grand groupe, structuré, qui cherche à venir en Belgique où il y a un marché", analyse Florian Delcoigne. "D’autre part, on a sept salles d’escalade à Bruxelles, lesquelles ont un certain âge, la première salle datant de la fin des années 80 rue de Terre-Neuve. Le parc des salles est relativement vieux. Arkose, qui a un levier financier, propose des salles modernes de bonne qualité. Une bonne chose pour les pratiquants."

Les sept salles sont, de l’aveu de cet acteur du secteur, saturées. "C’est bondé ! Moi, en tant que grimpeur, je dois souvent grimper en dehors de Bruxelles. Il y a un réel problème de surpopulation dans les salles d’escalade. A moyen terme, Arkose ne sera pas un problème. A plus long terme, d’autres projets réalisés par des acteurs belges arriveront. Un groupe comme Arkose, aussi gros soit-il, ne nous fait pas peur en tant que gérants ou pratiquants."

"Il y a selon moi encore de la place à Bruxelles pour d’autres salles", pense Florian Delcoigne qui rappelle l’ouverture de "Petite-Ile" récemment à Anderlecht.

Le concept Arkose va toutefois certainement obliger les salles belges destinées prioritairement aux purs grimpeurs, à renforcer leurs spécificités quand Arkose s’adresse d’abord à "une nouvelle population de grimpeurs qui recherche aussi un aspect social". Ceci dit, "si Arkose devient une machine à sous, les purs grimpeurs n’iront plus car on aura perdu l’authenticité et les valeurs chères à notre milieu."

Tout l’engouement généré bénéficie à l’ensemble de l’écosystème

"Quand on s’installe dans une ville, notre offre est assez forte", reconnaît Grégoire de Belmont, d’Arkose. "En parallèle, on développe un marché assez exponentiel qui se répartit assez bien géographiquement entre les différentes offres."

Pas de concurrence frontale, pas de dommages collatéraux laissent entendre les responsables d’Arkose. "Tout l’engouement généré bénéficie à l’ensemble de l’écosystème. Il y a la qualité de l’offre et la proximité de notre salle qui va jouer énormément aussi. On le voit dans les habitudes des consommateurs. A Paris ou à Lyon, on peut démultiplier le nombre d’implantations sans que cela nuise à l’un ou l’autre acteur présent, tant que l’offre reste dans un niveau comparable. Le marché de l’escalade a de formidables années devant lui. Les Jeux olympiques cet été à Tokyo, où l’escalade sera intégrée, vont 'dynamiser cette dynamique'."

Après Bruxelles, Arkose prévoit d’ouvrir deux salles en Espagne, à Madrid et Barcelone. Le déploiement est retardé en raison du contexte sanitaire. D’autres grandes villes européennes, où la densité urbaine est importante, sont visées.

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