Archiver et numériser l'émotion collective de l'après 22 mars

Les archivistes numérisent les milliers de dessins déposés sur les lieux des attentats et à la Bourse de Bruxelles
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Les archivistes numérisent les milliers de dessins déposés sur les lieux des attentats et à la Bourse de Bruxelles - © Myriam Baele

Des milliers de messages ont afflué à Bruxelles après les attentats du 22 mars. Des mots écrits à la craie devant la Bourse, des lettres et des dessins d'enfants déposés devant l'aéroport ou la station de métro Maelbeek.

Pour qu'il en reste une trace au-delà de quelques mois et de quelques averses aussi, le service des archives de la Ville de Bruxelles a entrepris de les photographier et de les numériser. Le but est d’en faire un tri et d’en publier une grande partie sur internet, à disposition de tous.

Pour ces archivistes, c'est une vaste entreprise : un travail de bénédictin plus émouvant que d'ordinaire.

Au milieu des documents officiels, des dessins d’enfants

Les archives de Bruxelles ce sont cinq étages de boîtes, de fardes, de classeurs en carton bien alignés: des décennies de documents officiels émis par la ville de Bruxelles, documents d’urbanisme, actes de décès ou de naissance, etc.

Dans cette enfilade à l’ordre impeccable, un rayonnage détonne. Un lapin en peluche siège sur une étagère, près de fleurs en papier et de bougies rouges.

"On a repris quelques objets pour en avoir un échantillon et ceux qu’on n’a pas pu ramener, on les a photographiés" explique Frédéric Boquet, archiviste en chef.

Les archivistes ont photographié également jours les messages écrits à la craie devant la bourse: plus de 6000 photos.

Et ils ont rassemblé les milliers de dessins et de lettres déposés à la Bourse, à la station de métro Maelbeek et à l’aéroport de Zaventem.

Numériser pour se rappeler

Fin mars, ces lettres avaient d’abord été étalées sur les grandes tables en bois de la salle de lecture pour y sécher et puis la place a manqué et les messages ont vite recouvert le sol également: du jamais vu dans ce temple du vieux papier.

Depuis, chaque jour, deux archivistes numérisent ces messages bourrés d'émotion. "Certains messages touchent plus que d’autres. J’essaye de séparer le travail et ce que je peux ressentir", commente Nadège Fournié, devant l’appareil.

"On a voulu les préserver parce que cet élan de la population nous semblait assez inédit " explique Frédéric Boquet "mais aussi pour éviter ce qui a suivi d’autres événement, comme le drame du Heysel : que reste-t-il de ce que la population a ressenti ou a voulu montrer à ce moment-là ? On n’en a pas beaucoup de traces, si ce n’est par l’intermédiaire de la presse. Ici, on en aura la trace, laissée par la population elle-même". Un bout d’histoire collective qui pourra être consultée sur internet et éventuellement étudiée.

L’horreur du 22 mars restera dans l’histoire. Mais les archivistes sont convaincus que les jours d’après méritent aussi une mémoire.

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