Archéologie : Et si Jules César était passé par Thuin ?

Un des sites de fouilles à Thuin
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Un des sites de fouilles à Thuin - © Nicolas Rondelez

Une campagne de fouilles de huit semaines, menée par l’ULB et la Région Wallonne, vient de prendre fin dans le Bois du Grand Bon Dieu à Thuin. Depuis les années 1980, on sait, suite à de premières investigations qu’une activité s’est tenue sur une surface de 12 hectares, dans la forêt thudinienne, au néolithique (vers 3500 avant Jésus-Christ) puis à la fin de l’ère celte (1er siècle avant Jésus-Christ). Les premières observations ont permis de constater la présence d’une forteresse grâce, notamment, à la découverte de remparts à l’entrée supérieure du bois.

De Bello Gallico

Dans le deuxième des sept tomes qui composent le récit de sa conquête de la Gaule, Jules César, lors de la campagne contre les peuplades belges, décrit une forteresse entourée d’une rivière et dont des remparts barrent l’entrée naturelle, située en haut d’un promontoire. Cette forteresse serait le principal refuge des Aduatuques, une de ces peuplades belges.

Le Bois du Grand Bon Dieu, à Thuin, correspond assez bien à cette description. La partie haute du bois est entourée de flancs escarpés, eux-mêmes léchés par la Biesmelle, une rivière qui se jette dans la Sambre, un peu plus loin. Et comme déjà expliqué, à l’entrée supérieure du bois, ont été retrouvés des vestiges de remparts.

C’est lors de fouilles autour de ces remparts qu’ont été découvertes des armes qui attestent qu’il y a eu une opposition entre des troupes romaines et les occupants gaulois des lieux. Entre autres des balles de frondes en plomb. Un plomb analysé et dont les caractéristiques permettent d’affirmer qu’elles ont été fondues en Espagne. Or, lorsque Jules César bataille dans nos régions contre les peuples belges vers l’an -57, l'Espagne, elle, est déjà sous le contrôle romain.

Si la description de l’empereur romain, la topographie des lieux et les découvertes faites sur place permettent un rapprochement, Nicolas Paridaens, archéologue à l’ULB, tempère : "on a des indices, on a des objets qui montrent qu’il y a eu une bataille ici entre gaulois et romains. Mais on n’a pas assez d’éléments pour prouver qu’il s’agit de l’épisode de la Guerre de Gaules. Il pourrait aussi s’agir de combats qui datent d’un peu avant cette guerre. Ou encore d’affrontements postérieurs qui seraient liés à la stabilisation du pouvoir romain dans la région".

 

Avant la guerre des Gaules, un lieu communautaire

Ce qui apparaît de plus en plus évident, au fur et à mesure des fouilles qui se tiennent sur les lieux, c’est que la forteresse gauloise de Thuin a été occupée de manière occasionnelle avant l’épisode des combats qui s’y sont tenus. Mais il ne s’agissait pas d’un village ni d’une ville. Aucune trace d’habitation pérenne n’a été découverte. En revanche la nature des objets mis au jour permet d’envisager le Bois du Grand Bon Dieu comme un lieu de rassemblements ponctuels. Des rassemblements aux caractères festifs, religieux ou cérémoniaux. Il s’agit de poteries élaborées, d’objets en cuivre et en or, d’une incroyable parure en bronze, ornée de motifs en pâte de verre rouge vif… Bref essentiellement des objets de type "luxueux". Pas beaucoup de découvertes, en revanche, d’objets usuels de la vie quotidienne.

Encore des surprises

La campagne de fouilles qui vient de prendre fin, la deuxième en deux ans, a donc révélé de belles surprises. Mais la forteresse gauloise s’établissait sur douze hectares. Un seul a fait l’objet d’une étude vraiment approfondie. Un troisième chantier de fouilles aura lieu à l’été 2020. Un chantier qui pourrait encore amener à la mise au jour de belles choses. C’est en tout cas ce qu’espère Céline Paquet, archéologue à l’ULB : " en plus des poteries et des parures, on pourrait s’attendre à trouver de l’armement, par exemple. Des épées, des boucliers très travaillés. Des pièces d’arnachement, des pièces typiques de l’époque celte que l’on retrouve sur des sites comme celui-ci. Mais nous n’avons pas encore tout révélé des découvertes faites lors de ces huit semaines de fouilles. On garde encore quelques surprises".

Car le fruit de cette campagne de fouilles sera présenté au public lors d’une exposition au Centre Culturel de Thuin au mois d’octobre. L’équipe des archéologues promet des choses absolument exceptionnelles.

 

Gare aux voleurs

À plusieurs reprises, des "chasseurs de trésors" ont été vus dans le bois, équipés de détecteurs de métaux. Sachez toutefois que le Bois du Grand Bon Dieu est classé en tant que réserve archéologique et qu’il est absolument interdit d’y introduire un tel détecteur et d’y mener des fouilles. Les contrevenants s’exposent à de lourdes amendes. Sachez également que si, au gré d’une promenade, vous faites la découverte d’une pièce archéologique, par hasard, elle ne vous appartient pas. Vous avez l’obligation endéans les 72 heures de la déclarer et de la remettre aux autorités communales ou à la Région Wallonne.

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