ArcelorMittal : une réunion de conciliation est prévue ce jeudi

Le siège liégeois de la direction d’Arcelor, à Flémalle.
Le siège liégeois de la direction d’Arcelor, à Flémalle. - © Belga

2000 emplois directement menacés dans la phase à froid liégeoise: direction et syndicats sont engagés dans un véritable bras de fer. Difficile de dire qui en sortira le moins blessé. Ce mardi matin, en tous cas, les travailleurs ont décidé de ne pas partir en grève. Ils veulent que la direction et les syndicats se remettent autour de la table. En attendant, on apprend qu’une réunion, sous la houlette du conciliateur social du ministère de l'Emploi, est prévue ce jeudi matin à Seraing.

Le nœud du conflit, c'est l'absence d'accord sur la procédure Renault dans la phase à chaud. ArcelorMittal estime que les négociations ont trop duré. Le groupe menace du coup d’annuler les investissements de 138 millions prévus dans le froid. Ce qui mettrait fin directement à quelques 2000, voire 10 000 si l’on tient compte des filiales et sous-traitants.

En d’autres termes : le géant de l'acier menace de ne plus investir 1 euro dans la sidérurgie à froid, sur Liège, si les négociations sur la fermeture de la phase à chaud ne sont pas terminées d’ici fin octobre. Les syndicats sont évidemment furieux. Le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt, parle – lui – de prise d'otage. Et tout le monde se rejette mutuellement la responsabilité du blocage.

Des assemblées générales ont été organisées lundi pour expliquer la situation aux travailleurs. Une nouvelle assemblée a également été organisée par le SETCa et la CNE mardi pour les employés.

"L’une des parties met la pression sur l’autre"

Dans les faits, la direction d'ArcelorMittal a donc bel et bien fait usage de l'arme qu'elle avait brandie à la fin de la semaine dernière. "Je crois que cette déclaration s’inscrit dans la logique des derniers jours, déclare Didier Van Caillie (professeur en stratégie d'entreprises à HEC-Ecole de gestion de l'Université de Liège), où l’on a senti la tension monter entre la direction d’ArcelorMittal et les organisations syndicales. Une des parties semble vouloir plus que jamais mettre la pression sur l’autre."

Sans investissement, impossible pour le froid de Liège d'être compétitif. Mais pourquoi les choses sont-elles allées aussi loin ? La direction pointe une responsabilité syndicale, ou au moins d'une partie des syndicats puisque qu'elle affirme qu'un accord était proche avec certains. La CSC avait en effet accepté, à contre cœur, de signer les propositions de la direction. Pas la FGTB.

"Ce n’est pas une négociation, c’est un diktat !", estiment les syndicats

Côté syndical, c'est l'attitude générale de la direction qui est mise en cause. "En fait, depuis le début, la direction nous avait remis un document dans lequel elle disait que l’on ne pouvait travailler que sur le wording, détaille Jean-Luc Rader (secrétaire régional des métallos FGTB). Autrement dit, uniquement sur les virgules et les points. Pas sur le fond. Ce n’est pas une négociation, ça… C’est un diktat !"

Dans un communiqué du ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, figure notamment cette phrase: "Je demande à toutes les parties, et en particulier à la direction d'ArcelorMittal, de prendre conscience de la situation dans laquelle est plongé l'ensemble des travailleurs." Le gouvernement wallon tiendra une réunion sur le sujet dans le courant de cette semaine.

Négocier, c'est également la volonté de la ministre fédérale de l'Emploi, Monica De Coninck, qui a demandé à un conciliateur social d'intervenir pour remettre la direction et les syndicats autour de la table. De mémoire de syndicaliste, c'est d'ailleurs la première fois qu'un conciliateur intervient dans un conflit sidérurgique.

Les syndicats socialistes ouvriers et employés ont par ailleurs envoyé un courrier à Elio Di Rupo lui demandant d'intervenir directement dans ce dossier. La FGTB et le SETCA attendent du premier ministre qu'il agisse comme son homologue français qui soutient les travailleurs des sites en difficulté d'ArcelorMittal dans l'Hexagone.

L’analyse stratégique du conflit

Au-delà de la décision assez subite de ne plus investir dans le froid et de la charge émotionnelle qui s’y rapporte, nous avons tenté d’y voir plus clair sur les raisons qui ont poussé la direction à muscler les débats. Pour Didier Van Caillie, il y a une logique derrière tout cela.

"Si on n’investit pas, cela veut dire que l’on risque fort d’être dépassé sur le plan technologique. Et si on est dépassé sur le plan technologique, on sera vite dépassé en termes de coûts." Voilà résumés les deux objectifs – antagonistes à court terme – poursuivis par les deux parties présentes autour de la table. Une direction qui souhaite réduire ses coûts, et des travailleurs qui demandent des investissements pour garder leur outil à Liège.

Or, aujourd’hui, on constate que, pour rester compétitif sur le marché mondial, "la différenciation se fait au niveau technologique, essentiellement par la maîtrise des coûts énergétiques". Ce dernier point étant traditionnellement l’une des faiblesses du bassin liégeois, ajoute l’analyste.

Toujours selon Didier Van Caillie, cette rupture des négociations est donc hautement stratégique dans le sens où "c’est le moyen de mettre la pression sur, notamment, le monde syndical afin de l’amener à un accord." Stratégique également dans la mesure où le plan d’investissement porte sur un outil de production qui n’est pas essentiel pour le moment pour le groupe Mittal.

Derrière ces menaces et stratégies, certains se demandent tout de même si le souhait d’Arcelor ne pas simplement de tout fermer et de faire porter le chapeau aux syndicats. La réunion de conciliation qui se tiendra ce vendredi sera évidemment importantissime.

Que peut encore faire la Région wallonne pour éviter le pire ?

Son actionnariat a fondu de 75 à 1% en quelques décennies. Il représente toutefois encore 100 millions d'euros mais la marge de manœuvre est plus qu'étroite.

Côté syndical, on a rentré un plan de relance en quittant le groupe Mittal. Il nécessite 300 millions d'investissements rapides. Avec quels partenaires ? Le business plan demandé à la Région wallonne est, dit-on, terminé. Il pourrait être présenté ce mercredi lors d'une réunion spéciale du gouvernement wallon.

Christine Defraigne dénonce le cynisme de la direction

Dans un communiqué, la députée wallonne et cheffe de groupe MR au conseil communal liégeois Christine Defraigne a dit "partager l'inquiétude des travailleurs et de leur famille, une nouvelle fois victimes de cette annonce et plongés dans l'incertitude la plus complète". Elle dénonce le cynisme de la direction d'ArcelorMittal.

De manière plus générale, l'ensemble du MR liégeois regrette que les forces vives n'aient pas été associées aux discussions sur l'avenir de la sidérurgie liégeoise ; la libérale réitère donc son appel. Christine Defraigne interrogera d'ailleurs le Gouvernement wallon ce mercredi au Parlement wallon.

Martial Giot, Françoise Dubois

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