ArcelorMittal: "On est en train de mourir", commentent les travailleurs

ArcelorMittal: "On est en train de mourir", commentent les travailleurs
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ArcelorMittal: "On est en train de mourir", commentent les travailleurs - © Tous droits réservés

Un conseil d’entreprise extraordinaire a eu lieu ce jeudi matin chez ArcelorMittal. Le thème de la convocation: l'évolution du site de Liège. La direction a annoncé l'arrêt définitif de plusieurs outils. 1300 emplois directs sont concernés. Les syndicats, eux, appellent à la grève sur tous les sites liégeois. Quant aux travailleurs, la plupart sont groggy et amers.

Les installations qu’ArcelorMittal envisage de fermer définitivement sont : la cokerie de Seraing, les centrales d'énergie d'Ougrée et de Seraing (le train à large bande de Chertal), une des deux filières de laminage à froid de Tilleur, les lignes de galvanisation 4 et 5 à Flémalle, les hauts-fourneaux 3 et 4 à Marchin, la ligne de production numéro 2. Au total, sept outils sur douze sont ainsi mis à l'arrêt.

D’après la CSC, 1300 travailleurs seraient concernés (sur les près de 2700 que génère la phase à froid). Auxquels il faudra bien évidemment ajouter les emplois indirects. Selon nos journalistes présents sur place, les syndicats sont quelque peu sonnés: ils ne s'attendaient pas à un arrêt d'une telle ampleur.

Près de 200 travailleurs se trouvaient ce jeudi matin devant le centre acier, à Flémalle. On rappelle que la décision d’ArcelorMittal de fermer la phase à chaud avait déjà entraîné la perte de quelque 800 emplois dans le bassin sidérurgique liégeois. L'annonce du jour peut donc s'assimiler à un nouveau bain de sang social.

La direction se justifie

La direction justifie son intention d'arrêter définitivement un certain nombre d'installations de la phase à froid "en raison de la dégradation de l'économie européenne induisant un faible niveau de demande pour ses produits", explique-t-elle dans un communiqué.

Depuis octobre 2011, lorsque la direction avait annoncé l'arrêt définitif de la phase liquide, les perspectives économiques se sont encore détériorées. "La demande d'acier en Europe a chuté de 8-9% en 2012 par rapport à l'année précédente et est actuellement 29% en dessous des niveaux d'avant crise. En conséquence, il n'y a pas de demande suffisante pour supporter la continuité des installations flexibles de Liège et aucune amélioration n'est prévue à moyen terme", détaille la direction qui précise que, "malgré la fermeture des hauts-fourneaux, le site de Liège a accusé une lourde perte opérationnelle de plus de 200 millions d'euros pour les neuf premiers mois de 2012".

La décision de fermer la cokerie de Seraing a été prise car elle "n'est plus viable en raison des excès de capacité de production de coke en Europe."

Concernant les 1300 emplois menacés par cette décision, la direction s’engage "à rechercher une solution socialement acceptable pour les personnes concernées."

"Nous reconnaissons que cette annonce est très difficile pour les membres du personnel de Liège, particulièrement dans un délai aussi proche de l'annonce de fermeture de la phase liquide. Nous avions espéré que cette fermeture soit suffisante pour nous adapter à la demande réduite", a encore déclaré Bernard Dehut (le PDG d'ArcelorMittal Liège).

Les syndicats lancent un appel à la grève sur tous les sites liégeois d'ArcelorMittal

Les organisations des travailleurs l'ont annoncé à l'agence Belga à la sortie du conseil d'entreprise extraordinaire. "Nous allons mettre sur pied un plan d'actions syndicales", a affirmé un des représentants.

Plusieurs assemblées générales du personnel se tiendront lundi sur les différents sites. Les représentants syndicaux vont aussi interpeller les responsables politiques à qui ils reprochent leur inertie. D'autres actions syndicales sur d'autres sites ne sont pas à exclure.

Arrêt de travail chez Oxybel

Un nouvel arrêt de travail est observé ce jeudi chez Oxybel, filiale d'ArcelorMittal et dont le site de l'île Monsin à la sortie de Liège est menacé de fermeture. Le travail devrait reprendre vendredi. Une réunion s'est tenue ce jeudi dans le cadre de la procédure Renault. La décision de se croiser les bras a été prise notamment en réaction à l'annonce de la fermeture de plusieurs outils de la phase à froid chez ArcelorMittal. Les travailleurs d'Oxybel, entreprise spécialisée dans le traitement des tôles, espéraient un reclassement chez ArcelorMittal.

A l'issue de la réunion qui s'est tenue jeudi dans le cadre de la procédure Renault, les ouvriers et les employés d'Oxybel ont décidé à l'unanimité d'arrêter immédiatement le travail.

Le 11 janvier dernier, la direction d'Oxybel avait annoncé son intention de fermer le site de l'île Monsin, qui occupe 35 personnes. La phase d'information et de consultation de la procédure Renault avait été immédiatement enclenchée. Jeudi, des réponses ont été apportées par la direction à certaines questions posées par les organisations syndicales.

Les travailleurs ont toutefois décidé de se croiser les bras. "Une des pistes pour les travailleurs d'Oxybel est le reclassement chez ArcelorMittal. Or, le groupe, en annonçant son intention de mettre à l'arrêt définitivement des lignes supplémentaires, est en train de nous fermer des portes. Les travailleurs sont très inquiets", a déclaré René Petit, secrétaire syndical CSC Metea.

La prochaine réunion programmée dans le cadre de la procédure Renault a été fixée au 11 février. Une assemblée du personnel sera organisée à l'issue de cette réunion. "Elle décidera souverainement des actions à mettre en œuvre", annoncent les syndicats.

Les travailleurs sous le choc

"On pensait que seules quelques lignes allaient être touchées, reconnaît cet ouvrier, groggy. Je n'imaginais pas qu'ils allaient arrêter la cokerie. Je dois avouer que je suis complètement perdu. Je ne sais pas où je vais."

Des travailleurs amers qui espéraient, évidemment, une autre issue. Surtout après avoir déjà du vivre la fermeture du chaud. "On nous traîne depuis 18 mois, à attendre, à nous dire de faire ceci pour espérer sauver cela... Finalement, on se rend compte qu'il n'y a rien! C'est le principe de l'hémorragie. On a une quantité de sang dans le corps. Une fois qu'il y en a plus une seule goutte, on meurt. Et nous, on est en train de mourir!"

1300 emplois passent ainsi à la trappe. "C'est énorme! Personnellement, je travaille sur une ligne dite stratégique. Mais de nos jours, on ne travaille plus tant que cela sur ces lignes stratégiques. On se demande de quoi sera fait demain."

Des travailleurs malgré tout lucides: "Désormais, on a un talon d'Achille: on a des lignes de production en moins, on ne sera donc plus une sidérurgie intégrée. A terme, c'est sûr qu'on va payer les pots cassés. Ce n'est qu'une question de temps..."

Des rumeurs qui couraient déjà dans le bassin liégeois

Cette semaine, des stocks de bobines d'acier ont été déménagés. Pour les syndicats, qui craignent une nouvelle annonce désagréable, c'est un indice. Même si c'est un client, un constructeur automobile, qui a demandé que ses matériaux soient stockés ailleurs qu'à Liège - parce que ce client a peur des humeurs sociales liégeoises.

Entre Marchin et Chertal, les rumeurs courent le bassin. La FGTB a pris les devants. Elle a publié un tract - auquel la CSC ne s'est pas associée. Elle y redemande la nationalisation. "Mittal, Go home !", dit ce papier.

Le groupe programme la fin du bassin sidérurgique liégeois. L'espoir d'un retour dans le giron public n'est pas éteint. Sur cette éventualité, le cabinet Marcourt laisse entendre que les règles européennes rendent l'opération très difficile. Il faudrait prouver que ce serait rentable. Or, l'acier se vend très mal. Et puis ce serait cher. Et la Région n'est pas riche. Où trouver l'argent pour indemniser le propriétaire ? Sans un partenaire, impossible.

RTBF

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