Arcelor confirme des investissements à Liège, Marcourt pas satisfait

ArcelorMittal fera de Liège un site spécialisé en haut de gamme
ArcelorMittal fera de Liège un site spécialisé en haut de gamme - © BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Le commissaire européen aux Industries Antonio Tajani a rencontré Lakshmi Mittal cette après-midi. D'après lui, le patron d'ArcelorMittal s'est engagé à ne pas fermer totalement les sites de Liège et de Florange. Par ailleurs, les syndicats craignent que la phase à chaud soit sur le point d'être démantelée. Jean-Claude Marcourt juge les promesses de Mittal "insuffisantes".

Lakshmi Mittal a promis au commissaire européen qu'il y aurait des réductions de capacités mais aussi des investissements: 140 millions à Liège, 180 millions à Florange. Ces deux sites deviendront spécialisés dans des produits de haut de gamme destinés à l'automobile et à l'emballage.

En outre, les travailleurs qui perdront leur emploi pourront être réaffectés sur base volontaire dans d'autres sites du groupe.

Enfin, Mittal a annoncé qu'il ne procéderait plus à aucun restructuration en Europe au moins jusqu'au Plan Acier que doit présenter la commission en juin. 
 
Fin février, le commissaire européen avait déjà rencontré Lakshmi Mittal et lui avait demandé de suspendre ses restructurations dans l'attente de ce Plan Acier. Mais le patron avait refusé.
 
Pour rappel, Arcelor a annoncé en janvier son intention de fermer 7 lignes à froid sur les 12 que compte le bassin sidérurgique liégeois, mettant en péril quelque 1300 emplois. Il avait déjà, lors de l'annonce de la fermeture de la phase à chaud, promis un plan d'investissements de 138 millions dans le froid. Plan qui a donc été revu pour les cinq lignes restantes du froid.
 
Liège, shopping des autres sites ?
 
Ce mardi également, le front commun syndical FGTB-CSC a dénoncé la présence de techniciens français sur les sites de la phase à chaud d'ArcelorMittal Liège. Les représentants des travailleurs les ont surpris en train de vérifier la compatibilité de certains outils avec les leurs et craignent un démantèlement.
 
"On a l'impression que Liège va devenir le shopping des autres sites", constate Robert Rouzeeuw, président de la délégation FGTB chez ArcelorMittal. "Ces techniciens sont venus en repérage, vérifier la compatibilité de certaines pièces avec leurs outils. Ils nous ont dit que d'autres personnes viendraient plus tard les démonter. Il n'est pas question qu'on les laisse faire, alors que les négociations sont toujours en cours! "
 
Les syndicats ont relevé 26 équipements susceptibles d'intéresser les différents sites européens du groupe sidérurgique et se sont procurés une "shopping list" recensant les besoins en pièces détachées des uns et des autres. Ils précisent que "l'accès de tout technicien étranger et toute tentative de démontage sera empêchée, sans exception et quel que soit l'outil, dans le chaud comme dans le froid. Rien ne peut être fait qui compromettrait toute possibilité de maintenir en vie la sidérurgie liégeoise."
 
La direction reconnaît avoir demandé à ses bureaux d'étude d'estimer la valorisation de certains outils. "C'est une phase exploratrice, il ne s'agit pas de démantèlement", indique Sabine Huc, porte-parole d'ArcelorMittal Liège. "Si on doit démanteler, c'est la première chose qu'il faudra faire, mais nous ne sommes pas dans cette dynamique-là aujourd'hui. On s'inscrit plutôt dans la démarche de savoir combien coûtera l'assainissement des sites", a-t-elle ajouté. 
 
Jean-Claude Marcourt juge les annonces insuffisantes
 
Réagissant à ces différents nouvelles, le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, a affirmé dans un communiqué que "les engagements pris par Mittal sont une première avancée mais ils sont aussi totalement insuffisants en ce qui concerne Liège. Mittal confirme certes son intention d'investir 138 millions d'euros pour faire de Liège un centre d'excellence pour l'emballage, les aciers spéciaux et l'automobile ainsi que d'autres dispositions connexes. Mais il ne suspend pas jusqu'alors sa décision de mettre en œuvre le nouveau plan de restructuration annoncé il y a quelques semaines. Alors qu'il eût été plus cohérent et rationnel de suspendre le processus annoncé  à Liège comme à Florange avant le dépôt du plan acier".
 
Par ailleurs, Jean-Claude Marcourt s'étonne et s'offusque que des outils destinés à être fermés parce qu'ils seraient non rentables font déjà l'objet de l'attention d'autres sites.
 
Les syndicats perplexes, voire énervés
 
De leur côté, les syndicats ont préféré rester prudents sur les annonces faites au commissaire européen par Lakshmi Mittal. Pour Egidio Di Panfilo, secrétaire général du SETCa-Liège, "Mittal nous a si souvent trompés qu'il faut rester très prudent". Le syndicaliste constate tout de même que "l'Europe a enfin mis les moyens pour faire plier un grand groupe. Toutes les étapes et les rapports de force que nous avons mis en place ont porté leurs fruits. Le dossier a pris une dimension européenne."

De son côté, David Camerini insiste sur le fait que ce n'est pas suffisant. "Mittal a peut-être promis à Tajani qu'il n'y aurait pas d'autres plans de restructuration en Europe avant l'approbation d'un plan européen pour l'acier en juin, mais en attendant, il flingue Liège!"

Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC Métal, se demande même si "Tajani ne roule-t-il pas pour Mittal? Clairement, il n'aidera pas Liège. Il fait aveu d'impuissance, c'est une forme d'allégeance à Mittal." Pour le représentant du syndicat chrétien, le plan de 140 millions d'euros n'est rien d'autre que l'enveloppe de 138 millions d'euros déjà mise sur la table il y a quelques mois.

Jean-Luc Rader, secrétaire régional FGTB-Métal, ajoute que "le plan de 138 millions d'euros était préfinancé par la Région wallonne. Aujourd'hui, elle a bloqué tous les projets ArcelorMittal. Et Mittal ne sortira pas cet argent de sa caisse. C'est du pipeau, du bluff: Mittal ne dit pas plus la vérité à Tajani qu'à nous, à la Région ou à l'État français!" Pour le syndicaliste, il n'y a rien de neuf dans cette déclaration pour Liège et Florange. "Nous continuons le combat en comptant sur la Région wallonne pour nous sortir du pétrin."

 
RTBF et Belga
 
Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK