Approvisionnement en eau : pourquoi Bruxelles semble épargnée par la sécheresse ?

Ah ! Le plaisir de profiter de la fraîcheur d’un jet d’eau au cœur de l’été, lorsque les températures grimpent ! Mais ce plaisir pourrait-il un jour disparaître ? Les pénuries d’eau menacent-elles Bruxelles ? Certes ces dernières années, des signaux se sont mis à clignoter en Flandre et en Wallonie. Certaines entités rurales ont même été frappées de mesures de restriction de la consommation d’eau. Jusqu’à présent, Bruxelles semble pourtant y échapper.

Certes, les besoins des consommateurs bruxellois sont bien différents. Ici, pas d’agriculture et beaucoup moins de piscines dans les jardins. Mais Vivaqua, la société bruxelloise de production et distribution d’eau, le confirme : il n’y aurait pas de risque de pénurie dans les communes desservies par l’intercommunale. Comment expliquer cette position avantageuse, a fortiori dans une région dont le sous-sol ne recèle que très peu d’eau ? C’est ce que nous avons souhaité comprendre.

Le châtelain de Modave répond à l’appel lancé par un certain Léopold II

Et pour ce faire, nous prenons la direction de Modave, en province de Liège. C’est ici, sous les 450 hectares de forêts qui entourent le château de Modave, que se trouve l’un des principaux sites de captage.

L’eau, qui ruisselle sous 10 mètres de roche, va rejoindre Bruxelles en suivant une pente douce sur 87 km de galeries. Une galerie creusée par les hommes, il y a plus d’un siècle. Un travail gigantesque, commencé en 1882 sous l’impulsion d’un certain… Léopold II.

Vivaqua exploite désormais vingt-six captages en Wallonie

A l’époque, constatant l’expansion démographique de sa capitale, le monarque lance un appel à projets pour fournir de l’eau potable à Bruxelles en quantité suffisante à Bruxelles. Le châtelain de Modave, Paul Van Hoegarden, propose à l’État belge d’exploiter les sources présentes sur sa propriété. Les travaux s’achèvent en 1922.

Au total, Vivaqua dispose aujourd’hui de 26 captages d’eau en Wallonie. Mais Le plus important d’entre eux exploite l’eau tirée directement dans la Meuse.

Près de la moitié de l’eau bruxelloise est captée directement dans la Meuse

L’usine de Taifer, près de Profondeville est nichée dans une courbe de la Meuse, en amont de Namur. L’eau pompée ici, subit un traitement physico-chimique destiné à la rendre potable.

240.000 mètres cubes sont ainsi tirés du fleuve chaque jour (soit 3 mètres cubes par seconde). Pas de quoi assécher la Meuse, dont le débit varie entre 100 et 200 mètres cubes par seconde. Il n’empêche, pour Stéphane Courtois, responsable de la production chez Vivaqua, "l’usine est soumise à des autorisations et sa production est parfois réduite pour s’adapter au débit du fleuve", comme c’est le cas en période de sécheresse.

Nous vendons une partie de notre production d’eau à la Flandre et la Wallonie

"L’eau de la Meuse nous assure entre 40% et 50% de la production d’eau potable", explique Laurence Bovy, directrice de Vivaqua. Et elle l’assure : "Il n’y a pour le moment pas de risque de restrictions, car la diversité de nos captages nous permet de faire face aux changements climatiques et à la sécheresse".

Mais qu’en sera-t-il dans dix ou 20 ans ? Personne ne sait, alors on travaille sur plusieurs scénarios. En pratique, Vivaqua a récemment engagé un hydrogéologue chargé d’évaluer un plan des besoins à 5 ans et à plus long terme, en tenant compte de la pluviosité et de l’évolution de la consommation. Car, précise Laurence Bovy, "l’approvisionnement n’est pas garanti à long terme. Il faut garder en tête que l’eau est précieuse et qu’il faut l’utiliser intelligemment".

Précieuse… Et plus rare ces trois dernières années : les étés étaient très secs et l’hiver 2019 également. "Il faut des modèles mathématiques qui tiennent compte de tous les paramètres", conclut la directrice de Vivaqua.

Et parmi ces paramètres, il y a l’approvisionnement des autres régions. Car Vivaqua vend aussi une grande partie de son eau à ses voisines. Sur les cent trente millions de mètres cubes d’eau potable produits chaque année, septante millions prendront la direction des entreprises ou des foyers bruxellois. Le reste (environ quarante pourcents de la production) alimentera la Flandre et la Wallonie dont les infrastructures peinent à répondre aux besoins de leurs habitants.

Des clignotants orange s’allument çà et là

Assurer l’approvisionnement en eau potable, tout le monde y pense et s’y prépare. Car les grands fleuves nous ont aussi montré leur vulnérabilité. Au début de l’automne 2018, le niveau du Rhin, dramatiquement bas à Cologne, avait frappé les esprits. Il rappelait que l’accès, sans réserve, à l’eau potable ne durerait peut-être pas ou qu’il faudrait un jour, y mettre le prix. En 2020 pourtant, le soleil, la chaleur et… L’absence de pluie reste encore pour beaucoup synonyme de plaisir, du moins sous nos latitudes.

La sécheresse a un impact sévère sur les moissons (Reportage dans notre JT du 22/07/2020)

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