Apprendre et mémoriser : plus difficile quand on respire de l'air pollué

Que la pollution de l'air affecte les capacités pulmonaires ou cardiaques, on le savait depuis longtemps mais ce que l'on sait moins, c'est qu'un air pollué influence aussi les facultés d'apprentissage et de mémorisation des enfants en âge scolaire. Des chercheurs de l'Université de Hasselt ont ainsi soumis à plusieurs reprises, les 310 enfants de trois écoles primaires limbourgeoises à des tests d'attention et de mémoire. Ils ont aussi tenu compte de l'environnement intérieur et extérieur dans lesquels vivaient ces enfants.

L'étude a montré que dans un air pollué, la réactivité des élèves diminue, leur mémoire fonctionne aussi moins bien. Et quand ces enfants grandissent dans une habitation où l'air est aussi pollué, cela ajoute aussi un effet négatif à leurs prestations. "Cela peut dès lors avoir un impact indirect sur leurs performances scolaires mais d'autres facteurs vont aussi entrer en jeu, c'est le cas du niveau d'éducation des parents" , précise encore le Professeur Tim Nawrot, qui a piloté cette étude.

Les effets de la pollutions de l'air sont sous-estimés

En 2015, une étude espagnole publiée dans le journal médical Plos Medicine, montrait que des enfants fréquentant des écoles où ils étaient exposés à un haut niveau de pollution atmosphérique, avaient un développement cognitif un peu plus lent que les élèves qui évoluaient dans un environnement plus sain. Plus récemment, une équipe de chercheurs canadiens publiaient dans le journal "The Lancet" les résultats d'une vaste enquête. Ils ont analysé les données de 6,5 millions d’habitants de l’Ontario sur une période de onze ans et selon leurs conclusions : Le fait de vivre à moins de 50 m d’une voie de circulation importante augmenterait de 7 % le risque de développer une démence.

Catherine Bouland, directrice de la section "santé environnementale" à l’École de Santé Publique de l'ULB , est d'ailleurs convaincue que les risques liés à la pollution de l'air sont actuellement sous-estimés, en général, et à Bruxelles en particulier. Elle a lu attentivement l'étude publiée par l'équipe de Hasselt.

"Ces résultats ne sont pas totalement neufs, mais les chiffres présentés ici sont un peu plus précis. Ils mettent en avant des effets au niveau cognitif, mais d'autres recherches semblent montrer que la pollution de l'air peut aussi augmenter le risque d'hyperactivité, voir même d'obésité." Selon Catherine Bouland, ce sont les plus fines des particules fines qui sont les plus dangereuses. Et leurs effets sur les cellules du cerveau sont encore en grande partie méconnus.

Des mesures trop lentes, trop tièdes pour lutter contre la pollution de l'air?

Annika Cayrol fait partie de ces bruxellois inquiets pour la qualité de l'air de leur région. Naturellement, l'étude de l'Université d'Hasselt nourrit son inquiétude. La Région bruxelloise a bien adopté adopté en juin 2016 un Plan Air climat Énergie qui prévoit notamment, d'interdire progressivement sur le territoire, les véhicules les plus polluants.

Mais pour un petit groupe de citoyens regroupés au sein de la plateforme "Bruxelles Air Propre", ce plan de va pas assez loin et pas assez vite. En septembre dernier, ils ont d'ailleurs déposé plainte contre la région pour dénoncer la mauvaise qualité de l'air. Ce vendredi 12 janvier, le tribunal de 1ère instance de Bruxelles devrait d'ailleurs se pencher sur ce dossier.

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