'Aparthotels' à Bruxelles : un marché locatif en pleine expansion au détriment du secteur hôtelier

L'aparthotel offre les commodités d'un appartement et les avantages d'un hôtel, comme une location possible à la nuitée
L'aparthotel offre les commodités d'un appartement et les avantages d'un hôtel, comme une location possible à la nuitée - © Belga (illustration)

Le marché locatif des studios et appartements meublés a la cote à Bruxelles. Mais il existe aussi un type de meublé un peu particulier, à savoir les 'aparthotels'. Il s'agit d'une formule de logement entre l'hôtel et l'appartement meublé individuel. Le problème, c'est que ces logements ne sont classés dans aucune catégorie juridique ou administrative précise, au grand dam du secteur hôtelier qui parle de concurrence déloyale.

Nous avons visité un 'aparthotel' comportant une quarantaine de logements. Tous appartiennent à des propriétaires différents. Il y a bien un gérant et une réception ; mais contrairement à un hôtel classique, cet 'aparthotel' n'offre pas les services et les commodités traditionnelles, comme un restaurant. Ici, le public-cible est différent. Steven Milguen, le gérant, explique la motivation des locataires pour ce genre de résidence : «La plupart des gens qui viennent ici recherchent un logement sur le court terme. Trouver un contrat de bail de moins d’un an à Bruxelles, c’est possible mais c’est fort improbable qu’on puisse trouver ça du jour au lendemain.»

Les principaux clients de ce type de meublé sont les consultants, les hommes d'affaires, les stagiaires des institutions européennes et les artistes, aussi, qui restent à Bruxelles quelques jours, voire quelques semaines. Catherine Livingstone est anglaise; son université l'a envoyée à Bruxelles, le temps d'organiser une conférence pour chercheurs : « Je pense que l’ 'aparthotel' offre vraiment plus d’indépendance, il y a plus d’espace que dans un petit hôtel. On peut facilement bouger, cuisiner. En bref, c’est plus pratique.»

Les 'aparthotels' coûtent en moyenne 1600 euros par mois!  C’est plus cher que le studio meublé d'un particulier, mais moins c’est moins cher qu'une chambre d'hôtel. Cela fait bondir le secteur hôtelier bruxellois, qui parle de concurrence déloyale, pour ce secteur qui profite d'un vide juridique et d'une demande en plein boom.

Entre 5 et 6000 'aparthotels' à Bruxelles

Jusqu’à présent, aucune étude officielle et indépendante ne recense les 'aparthotels' dans la capitale. Une première estimation vient toutefois d'être faite par l'association des hôtels bruxellois ("Brussels Hotel Association"). Rodolf Van Wayenbergh, secrétaire général, nous fait part des résultats : « Il n’y a pas de cadre réglementaire, législatif ou administratif concernant les 'aparthotels' à Bruxelles.  Certains, évidemment, se soumettent à la réglementation hôtelière mais ils sont très rares. Et d’après nos premières estimations, il y aurait environ cinq à six mille structures 'aparthotels' présentes dans la capitale.»

Pour le secteur hôtelier, le vide juridique pour les 'aparthotels' entraîne une concurrence déloyale : « Le problème, c’est que ces 'aparthotels' pratiquent des nuitées. Ils vendent donc leurs chambres à la nuit aux touristes. Ils visent ainsi la même clientèle que les hôtels. Certains 'aparthotels' ont d’ailleurs demandé la reconnaissance en tant qu’hébergement touristique mais ils ne jouent que trop rarement le jeu puisqu’ils ne se soumettent pas aux règles hôtelières, alors qu’ils exercent la même profession.»

Certains propriétaires d' 'aparthotels' échappent donc aux normes de confort et de sécurité strictes imposées aux hôtels classiques. En plein développement, le secteur pourrait aussi ôter du marché locatif une série de petits logements dont pourraient profiter les bas revenus ; un problème dans une ville confrontée au boom démographique et à la crise du logement.

Jean-Claude Hennuy - Delphine Hotua

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