Anderlues: la maison finira-t-elle par tomber dans le gouffre ?

En 2008, Francis Navez constate que le terrain qui jouxte sa propriété commence à s’affaisser dans le lit de la Haine, la rivière qui coule à une vingtaine de mètres de sa maison. Cela fait alors 30 ans que Francis et son épouse Eugénie vivent là et ils n’avaient jamais observé un tel phénomène. Passer par la rivière, c’était courant pour les enfants, puis les petits-enfants lorsqu’ils partaient jouer sur le terril du puits N°6, juste de l’autre côté du cours d’eau. Face à ce début d’érosion, Francis avertit alors la commune. Puis le temps passe.

Le temps passe et rien ne se passe… ou plutôt si, car le phénomène prend de l’ampleur. Et au fur et à mesure que le terrain s’effondre et que le « trou » se rapproche de son habitation, la rivière, elle, creuse son lit un peu plus profondément. En 2010, Francis retente sa chance auprès des autorités communales. Et finalement en 2012, une visite des lieux est organisée et la situation est jugée relativement critique.

Sept ans plus tard, la situation est désormais catastrophique. Le trou n’est plus qu’à quelques mètres de la maison et chaque semaine, ce sont des mètres cubes de terre qui se détachent et plongent dans ce gouffre. La rivière, elle, coule désormais plus d’une dizaine de mètres plus bas que son niveau d’origine. L’habitation est plus que menacée.

Pourquoi rien n’a-t-il été fait ?

Il faut savoir que la Haine est répertoriée comme voie d’eau non navigable de catégorie 3. La commune doit, à ce titre, veiller au curage et assurer le bon écoulement des eaux. Mais elle n’est pas obligée d’intervenir en cas d’érosion qui n’affecterait pas ce bon écoulement. Le terrain appartenant à un privé, la commune ne s’estime donc pas responsable de cet effondrement.

Toutefois, le couple s’est vu proposer un logement mais qui ne correspondait pas à ses attentes, bien plus modeste que son actuelle habitation. Ensuite, une expropriation a été suggérée, avec l’appui d’une étude de la Région Wallonne, mais l’offre financière a été jugée trop basse. Enfin, en 2017 et pour sa sécurité, un ordre de quitter les lieux a été adressé à Francis et son épouse… mais qui n’y ont pas donné suite, insatisfaits du traitement qui leur était réservé. Ils occupent donc toujours leur maison d’Anderlues et voient chaque jour le trou se rapprocher, immuablement.

Une situation qui pourrait s’aggraver ?

A quelque 200 mètres de la maison des Navez, en aval sur la Haine, la station d’épuration d’Anderlues. En 2004, les bâtiments administratifs et une partie des bassins de cette station ont subi un effondrement de terrain. Le bâtiment administratif a été littéralement coupé en deux par l’affaissement d’un pan de terril. Les travaux de réparations ont pris du temps et coûté beaucoup d’argent.

Le problème, c’est que la cause de ces effondrements n’est pas connue. Il pourrait s’agir de la Haine qui naturellement érode les flancs de son lit et fragilise les berges. Mais rappelons aussi que les lieux, autant l’habitation des Navez que la station d’épuration, jouxtent un ancien site minier. Difficile sur ces anciens sites de connaître avec précision la nature des sols et les activités géologiques en sous-sols.

L’IDEA, intercommunale de développement économique et d’aménagement du cœur du Hainaut, propriétaire et gestionnaire de la station d’épuration s’est associée en 2018 à la Société Publique de Gestion de l’Eau en Wallonie pour mener une vaste étude de stabilité de l’ancien site minier et particulièrement aux abords de la Haine. Les résultats de cette étude qui durera plus d’un an pourraient mener à la mise sous pertuis du cours d’eau. Mais on parle de longues échéances.

Consciente de la situation du couple et de la fragilité des lieux, d’initiative, l’IDEA a par ailleurs signalé à la commune sont droit de tirage, d’un montant de 551.000 euros. Le principe consiste à réserver à chaque associé au sein de l’IDEA un montant destiné à la réalisation de travaux : locaux sportifs, aménagements urbains, crèches, bâtiments publics… L’IDEA suggérait qu’une partie de ce montant serve au rachat de l’habitation des Navez. Mais encore une fois, la commune, ne se sentant pas responsable de la situation, a décidé de ne pas exercer ce droit de tirage.

 

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