Amougies : l'éternel combat du petit commerçant

C'est un combat mené par de nombreux petits commerçants. Celui contre l'arrivée d'une plus grande surface. C'est une lutte menée depuis des décennies. "Mais à Mont-de-l'Enclus, nous pensions être protégés de cela. Il faut croire que nous avions tort", soupire Isabelle Verbeke, gérante de la superette La Gourmandine à Amougies.

Côté politique tout d'abord, elle a démissionné de son poste de conseillère CPAS pour le compte du CPAS de Mont-de-l'Enclus. Une décision actée ce jeudi soir par le conseil communal (Nicole Martin la remplacer). Elle s'est sentie trahie par le bourgmestre Jean-Pierre Bourdeaud'huy et son parti, le MR, en majorité absolue. Et ce, pour plusieurs raisons. Elle se doute qu'au moins le maïeur était au courant des intentions du groupe Colruyt d'implanter un Okay à Amougies, avant que les promoteurs ne poussent les portes de commune. D'ailleurs, Okay compte s'installer sur le site appartenant à la famille Cousaert, des proches du bourgmestre. " Si cela s'était su avant les élections, Jean-Pierre n'aurait pas fait autant de voix. Quand je pense que je ne voulais pas me représenter et que j'ai accepté après qu'ils ont insisté... "

Mais soit. Le collège a remis un avis favorable. Il y a de la place pour un Okay et des petits commerçants, soutient le bourgmestre. La réalité dit plutôt le contraire... D'ailleurs, l'échevine Magda Mas a voté contre le projet et l'a bien fait savoir à l'audience ce jeudi soir au conseil communal.

Isabelle se sent encore blessée, trahie, mais elle préfère garder son énergie pour son combat. Elle est gérante depuis 11 ans de la superette d'Amougies. " Dans leur demande de permis d'exploitation, Okay dit qu'il n'y avait pas de magasin à 7km du lieu d'implantation, mais ils m'ont oublié. Et Chez Vava à Anseroeul. Et les Jardins du Mont à Orroir. Nous savons que nos petits magasins font du dépannage, nous sommes contents comme cela. Nos clients vont déjà aux plus grandes enseignes de Celles, d'Avelgem ou de Renaix, qui sont très proches. Alors, pourquoi un nouveau magasin ? "

Pour Isabelle, les moyennes surfaces vont venir grignoter le chiffre d'affaires qui restait, avec le passage de la crise, des superettes. A Anseroeul, Chez Vava, le bail ne sera pas reconduit dans quelques mois. Cela fait un de moins déjà...

" Et puis, les gens ne sont pas demandeurs. Ils ne sont pas demandeurs. D'ailleurs, nos pétitions dans les superettes de l'entité ont déjà récolté 770 signatures. Le bourgmestre parle de création d'emplois mais il sait très bien que, dans un premier temps du moins, ce ne seront pas des emplois locaux. Et puis, que fait-il de mon emploi et de celui de mes employés ? "

Si le projet voit le jour, Isabelle craint de se retrouver en difficulté. " Je fais confiance à ma clientèle mais quand mon magasin se trouve à 50 mètres du Okay et que les gens n'auront qu'à changer de trottoir... Et puis, je rends des services, je vais livrer chez les gens, les clients viennent plusieurs fois par jour au magasin pour discuter, pour parler de l'actualité... "

Avec la disparition du petit commerce local, plane le risque du délitement du lien social.

Isabelle Verbeke compte se battre, et, avec l'aide de son syndicat, elle a déposé un recours auprès Comité socio-économique national pour la Distribution (CSEND), pour faire avorter le projet du Okay.

Laurent Dupuis

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