Mons : le calvaire de la victime d'une fausse couche à Ambroise Paré

Magalie Dénaro perd son bébé faute d'assistance médicale à Ambroise Paré
Magalie Dénaro perd son bébé faute d'assistance médicale à Ambroise Paré - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Dans la soirée de mercredi à jeudi, enceinte de cinq mois, Magalie Denaro, se présente aux urgences de l’hôpital Ambroise Paré avec de fortes douleurs au ventre. Mal diagnostiquée, transportée d’un service à l’autre et livrée à elle-même, elle finira par faire une fausse couche et perdre son bébé. Toujours sous le choc, elle dénonce aujourd’hui l’inhumanité de certains membres du personnel.

Magalie Denaro n’a cessé de répéter qu’elle souffrait de violentes contractions mais le monitoring et l’échographie n’avaient rien révélé d’anormal.  Le gynécologue de garde a donc pensé qu’il s’agissait d’une pierre aux reins ou d’une appendicite mais certainement  pas d’une fausse couche imminente.

Enceinte de cinq mois, cette habitante de Cuesmes, brancardière de profession attendait un petit garçon qu’elle avait eu grâce à une insémination artificielle.

Suite au diagnostic du gynécologue, toujours en proie à d’intenses douleurs, Magalie Denaro insiste, demande à son compagnon d’aller chercher de l’aide et on l’envoie aux urgences.  La jeune femme attend plus d’une heure l’arrivée d’un radiologue de garde qui habite Bruxelles.

Des remarques déplacées

Pour le compagnon de Magalie, Giuseppe Lombardo, également présent,  «cette hospitalisation a été un vrai cauchemar du début à la fin », il se déclare « indigné, frustré et révolté ».  « La souffrance de ma femme a facilement duré deux heures vraiment,  contractions sur contractions, et là on m’a fait des réflexions vraiment du genre (ndlr à ce moment, le cas gynécologique n’avait pas été pris au sérieux et le médecin soupçonnait que Magalie souffrait d’une pierre aux reins) le radiologue ne va pas se faire flasher sur l’autoroute pour venir vous voir …ou quand je ne savais plus quoi faire et que je demandais de l’aide à une infirmière on m’a dit on est surchargés, le pire c’est qu’elle se trouvait dans la pièce d’à-côté, on l’entendait crier, on l’entendait hurler , il y avait même l’appareil qui mesurait son rythme cardiaque qui s’emballait, qui sonnait et on ne venait même pas voir ce qu’il se passait »

Parquée dans une pièce sombre, sans aucune assistance médicale, Magalie finit par perdre son bébé sous les yeux de son père arrivé entretemps à l’hôpital.

Un manque total d'humanité

«Au moment où le radiologue termine mon écho(graphie) foie, vésicule, pancréas, le rein, tout, là mon papa a vu le bébé…ils me ramènent  aux urgences dans une pièce où il faisait tout noir  et là j’ai dû attendre ½ heure avant que quelqu’un puisse venir du bloc accouchement …avec mon bébé entre les jambes, personne pour venir, au moins lui dire au revoir, personne n’a eu la présence d’esprit de me donner au moins ce moment de dignité».

Les accoucheuses sont descendues une bonne demi-heure après et là, Magalie Denaro a dû se rendre en salle d’opération pour retirer le placenta qui ne se décollait pas.  Pour elle, ce qu’elle a subi, «c’était horrible, inhumain»   Elle confie que l’hôpital a fait déplacer une psychologue qui la prendra en charge « après l’enterrement de mon petit garçon, je vais être suivie par un psychologue de l’hôpital.

Le président du Conseil d'Administration a réagi

Dimanche, le bourgmestre de Mons, Nicolas Martin, également  président du Conseil d’administration de l’hôpital Ambroise Paré a téléphoné à Magalie d’abord pour lui signifier qu’il était profondément désolé de ce qui s’était passé, ensuite pour lui proposer une rencontre avec la direction, proposition tout de suite acceptée par Magalie.

«Il ne s’est pas prononcé au niveau de la part de responsabilité de l’hôpital, poursuit Magalie, mais qu’il y avait des décisions qui allaient être prises au niveau de ces infirmiers, de ces médecins qui ne se sont pas occupés de moi cette nuit-là ».

Sous le choc, la famille Denaro dénonce aujourd’hui la façon dont ils ont été traités par certains membres du personnel présents, ce soir-là, à l’hôpital Ambroise Paré.  Une autopsie du corps a été demandée et, en fonction des résultats de celle-ci, une plainte pourrait être déposée.

Au-delà de la fausse couche -qui était peut-être inéluctable- ce que pointe le plus Magalie et son entourage c’est l’absence totale d’assistance dans ces moments extrêmement douloureux, aussi bien physiquement que psychologiquement  dans un endroit où, par définition, l’accompagnement  et la prise en charge devraient relever de l’évidence.

Ambroise Paré a finalement réagi ce mercredi en fin d'après-midi

Du côté de la direction de l’hôpital Ambroise Paré, il y a d'abord eu très peu de commentaires, une enquête a lieu en interne et les différents acteurs des services concernés sont entendus.  Mercredi en fin d'après-midi, Catherine Winant, médecin-directeur adjoint de l'hôpital Ambroise Paré, a accepté de donner le point de vue de l'hôpital au micro de Stéphanie Vandreck.  Ecoutez ses explications ci-dessus.

Nicolas Martin, bourgmestre de Mons ff., mais également membre du Conseil d’Administration à Ambroise Paré, s’est dit très touché et extrêmement concerné par ces événements.  Il a indiqué qu’une enquête interne avait été demandée et que les conséquences seraient tirées si des négligences apparaissaient dans la prise en charge de cette patiente.

Fabrice Gérard, Vincent Clérin

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK