A Molenbeek, les perquisitions sont toujours dans les esprits

Ambiance plutôt sereine, à Molenbeek-saint-Jean. Mais les perquisitions d'hier sont toujours dans les esprits
Ambiance plutôt sereine, à Molenbeek-saint-Jean. Mais les perquisitions d'hier sont toujours dans les esprits - © Tous droits réservés

Les rues de Molenbeek étaient très calmes, ce vendredi matin. Pas de tension perceptible; mais un certain malaise lorsqu'on demande aux passants comment ils vivent les événements de ces dernières heures; en l'occurence, les perquisitions menées jeudi soir dans leur commune et dans d'autres entités du pays. De nombreux citoyens n'ont pas souhaité s'exprimer. D'autres ont cependant accepté de nous faire quelques commentaires.

"On a une crainte pour soi-même et pour les autres personnes", affirme un facteur du quartier des Étangs Noirs. "On ne sait jamais ce qui peut se passer; mais on fait son travail." "On a très peur", nous dit une jeune femme de confession musulmane. "Tous les musulmans ont peur. On a tous peur et nos enfants aussi. On a peur quand on les amène à l'école. Nous aussi, nous sommes concernés. La communauté musulmane est la première victime de ces terroristes qui n'ont rien à voir avec la religion. Nous subissons aussi ces extrémistes. De plus, nous sommes aussi victimes d'amalgames. La meilleure solution face à la situation actuelle, c'est de parler, d'éduquer... et éduquer surtout les jeunes. Il faut aussi expliquer les choses dans les mosquées. Car notre religion est une religion d'amour et de respect".

Devant un commerce, un musulman tient à relativiser les récents événements. "Voyez par vous-même; tout est calme ici à Molenbeek. Et ce n'est pas quelques petits cons (les terroristes présumés) qui vont changer quelque chose, hein! S'ils font leur misère, ils sont neutralisés et c'est fini". Dans une taverne, un jeune homme rappelle que les perquisitions ne sont pas un fait exceptionnel. "Des perquisitions et des actions anti-terroristes, il y en a déjà eu souvent. Mais les médias dramatisent. Surtout après ce qui s'est passé en France. Je pense qu'il ne faut pas avoir peur. Ce serait faire un cadeau à ces terroristes qui veulent semer le trouble. Je crois que les policiers ont très bien fait leur travail. Et Molenbeek est une commune où une majorité de gens vivent en harmonie".

Les médias montrés du doigt

Sans vouloir le dire à notre micro, plusieurs Molenbeekois ont condamné l'attitude des médias. "Vous les journalistes", dit un passant, "vous voulez surtout vendre un maximum de journaux. Certains d'entre vous jettent de l'huile sur le feu. L'emballement médiatique entraîne une véritable angoisse ainsi que des amalgames. Par ailleurs, j'ai lu et entendu beaucoup d'informations erronées ou contradictoires. Hier, j'ai entendu parler d'émeutes à Molenbeek. Or, ce n'était absolument pas le cas. Si on parlait moins de tout cela, la situation serait beaucoup plus calme".

Info, intox

Plus interpellant, ces commentaires sur la théorie du complot. "J'ai vu sur internet beaucoup de personnes qui disent que l'attentat contre Charlie Hebdo est un coup monté. Et si c'était vrai? Vous les avez vus, vous, les tueurs? Qui dit vrai?"

Un peu plus d'une semaine après la tragédie parisienne, les langues se délient. Chacun y va de sa petite version des faits. Mais force est de constater que les fantasmes sont souvent au rendez-vous lorsque la polémique s'amplifie. D'autres événements dramatiques ont déjà suscité commentaires en tous sens par le passé. Surtout quand des zones d'ombres subsistent dans certaines enquêtes.    

Jean-Claude Hennuy   

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK