Alost: de nouvelles caricatures de Juifs sur les chars, mais les carnavaliers ne veulent "pas faire mal"

Le carnaval d’Alost persiste et signe. Un an après la polémique sur les chars ornés de caricatures antisémites, de nouvelles figures étaient présentes ce dimanche dans le cortège de la ville flamande. Parmi elles, des sculptures d’hommes avec un schtreimel, le traditionnel chapeau de fourrure des Juifs orthodoxes, sur le char du groupe 'Vismooil'n'. "C’est un petit clin d’œil, on ne doit pas exagérer, on ne veut pas faire tort aux gens, explique un carnavalier. A Alost, on rit avec tout le monde mais on ne veut pas faire mal, ajoute un autre. Eux aussi doivent avoir du respect pour nous", affirme même un troisième.

Les demandes de modération ou même de suppression des chars polémiques n’ont pas été suivies d’effet. Ici, le carnaval et la moquerie ont tous les droits. Le bourgmestre l’a rappelé lors d’une conférence de presse en fin de matinée : "Bienvenue à Alost, la charmante ville de l’humour, de la créativité de la satire et du savoir-faire. Alost est une ville très chaleureuse, ouverte et démocratique. Ce n’est pas une ville raciste ni antisémite."

On peut également apercevoir dans le cortège un groupe de carnavaliers déguisés en "klaugmier", des fourmis coiffées d'un schtreimel. Certains se sont indignés sur Twitter de cette représentation.

D'autres ont montré des personnes déguisées en officiers de "l'Unestapo", un jeu de mots qui fait référence à la décision de l'Unesco de retirer le carnaval de la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Ce n'est pas la première fois que des carnavaliers font référence au nazisme : en 2018, certains avaient fait un parallèle entre les SS et la N-VA.

La communauté juive n’est pas la seule à récolter des moqueries à Alost : d’autres chars mettent en scène des Asiatiques ou des Noirs. Delphine Boël et Kim Clijsters en prennent aussi pour leur grade. On a même pu voir... des Gilles de Binche !

Un peu plus tard dans l'après-midi, la Première ministre Sophie Wilmès a réagi dans un communiqué. "Le Gouvernement fédéral tient à rappeler que la Belgique est une démocratie fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d’expression. Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer, écrit-elle. Mais elle précise que "cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l’antisémitisme". "L’utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble", ajoute le communiqué, qui appelle "au dialogue et à l'empathie" entre les individus.

Bourgmestre d'Alost : des parodies qui ne peuvent être qualifiées d'antisémites

Le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese (N-VA) a commenté la journée en début de soirée. Il ne voit aucun problème avec les représentations de juifs qui ont été visibles lors du carnaval de sa ville, ce dimanche. Elles ne peuvent selon lui pas être qualifiées d'antisémites. Entre 60.000 et 80.000 personnes avaient fait le déplacement, selon des chiffres provisoires.

La météo n'a pas perturbé le cortège, dont le départ a cependant été reporté d'une heure par précaution. Un incident sérieux a été signalé. Un individu d'une trentaine d'années a dû être maîtrisé par la police après avoir causé du grabuge et sorti un couteau dans une auberge. Tous les regards étaient tournés vers les représentations juives après la polémique de l'an dernier. À ce titre, les carnavaliers n'ont pas été refroidis par la décision de l'Unesco, qui a retiré l'événement de la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. Un groupe a même présenté les juifs sous forme d'insectes, ce qui a été dénoncé par des organisations se sentant assimilées à de la vermine. L'appel à l'interdiction du carnaval par le ministre israélien des Affaires étrangères a été mal vécu par les Alostois, ce qui semble avoir décuplé leur désir de provocation. "J'ai essayé d'éviter l'escalade ces derniers jours. Il y avait de l'animosité, mais les parodies ne peuvent pas être taxées d'antisémites", estime le bourgmestre. Le cortège sera à nouveau de sortie lundi. L'événement se prolongera jusqu'à mercredi.